Perdre une Plume

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vendredi 6 février 2015

Sous les couvertures

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur !
Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…
Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité. Où l’on découvrira, entre autres, à quoi servent les classiques, en quoi les livres ressemblent à leurs auteurs… et pourquoi, à l’habit des académiciens, on a ajouté une épée.

Choisi et lu dans le cadre du Prix littéraire de la rentrée Priceminister, je n'ai finalement pas pu lire ce livre à temps pour que ma note et ma chronique soient prises en compte :s Le titre a malheureusement été reçu très tardivement et en période de fête le temps passe bien vite !
Reste que je voulais tout de même vous parler de ce livre qui parle livre et aux amoureux des livres :)

Sous forme de courts chapitres on passe de la vie du libraire, à celle de son employée et encore à celle de la librairie et de ses occupants qui s'éveillent une fois le rideau baissé.
Au départ on lit d'un œil à la fois surpris et amusé ; le ton est léger, drôle, souvent parodique et on reconnaît de-ci de-là quelques grandes figures de la scène littéraire française. On apprécie aussi que le débat autour du déclin du livre papier, voire de la littérature en générale soit abordée sous un autre angle ; celui des principaux intéressés ; d'appréhender aussi ce marché du livre et ses coulisses...

Au delà de ça et passée cette première découverte, l'ennui guette tout de même. Le débat tourne à l'affrontement et pour ma part m'a fait décrocher de ma lecture que j'ai eu un peu de mal à terminer.

L'idée de fond est séduisante et bien amorcée, mais l'intrigue tourne court et la fameuse bataille traîne en longueur ce qui a eu raison de mon intérêt. Dommage !



Bertrand Guillot, Sous les couvertures

lundi 22 décembre 2014

Extraits choisis #57

Ils étaient comme tout le monde, les lecteurs, ils voulaient qu'on leur parle d'eux et qu'on les transporte dans des univers plus grands et plus beaux, ils venaient dans les livres parce qu'au fond ils n'aimaient pas les voyages organisés.

Bertrand Guillot, Sous les couvertures

mercredi 27 novembre 2013

La lettre à Helga

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

Je dois reconnaître que je manque de mots face à ce roman, il est à classer dans ces lectures qui se ressentent et qui touchent chacun de manière assez intime.

La dernière phrase du quatrième de couverture résume assez bien ce sentiment de lecture. On est habitué à ces éloges pompeuses et alléchantes des éditeurs, pour une fois qu'on vise juste je me devais de le saluer :p

Plus sérieusement je suis vraiment heureuse d'avoir eu la chance de lire ce roman et pour tout un tas de raison.
Avouons qu'avec moi on était en terrain favorable : j'adore les romans épistolaires, j'ai un faible pour les écrivains nordiques et leurs plumes, j'aime les histoires d'agriculteurs, de vie simple et rurale mais proche de la nature.
Ajoutons à cela l'écriture intime et délicate de Birgisson, le narrateur attachant, les scènes de quotidien réalistes et une histoire d'amour triste en toile de fond et vous avez là la recette d'un coup de cœur !

On alterne donc entre confessions, souvenirs et récits de vie rurale. L'ensemble est équilibré et se lit avec naturel.
Et cette sensation de "naturel" est pour moi ce qu'il y a de plus notable dans ce roman, on voit avec facilité la main parcheminée de ce vieux paysan coucher les mots sur le papier de cette lettre qui a des années de retard et dont on attend le mot de la fin avec curiosité mais sans aucune précipitation, on savoure.

Sans être une véritable lecture "good feeling" on s'en approche tout de même, c'est toutefois plus subtil que ça. On est loin d'un monde idéal ou d'une idylle édulcorée et pourtant les mots de Bjarni apporte un certain bien-être ; il est bon de voir cet homme en fin de course se livrer sans tomber dans le pathos ou une liste exhaustive de regrets. Bjarni offre une vérité, la sienne, sans remettre en cause ses choix même si certains lui font honte.

Je l'ai lu d'une traite ou presque, prise dans les filets de cet agriculteur et transporté à des milliers de kilomètres de là au sein de ce quotidien simple et rude à la fois, dépaysée par tous ces noms qui évoquent la neige et le froid.

Je vous invite donc à tenter le voyage, à mon sens il ne peut laisser un lecteur insensible et il y a quelque chose d'apaisant qui en émane une fois le livre refermé.

18/20 Merci à Olivier de PriceMinister pour cette lecture !

Bergsveinn Birgisson, La lettre à Helga

mardi 8 octobre 2013

Les perroquets de la place d'Arezzo

Les grands platanes autour de la place d'Arezzo sont envahis par les perruches et les perroquets. Dans ce lieu vit une des populations les plus huppées de Bruxelles. Toutes sortes de personnes se croisent gouvernées par leurs passions, leurs désirs, leurs fantasmes amoureux et sexuels. Jusqu'au jour où leur parvient une lettre anonyme, identique, envoyée par une colombe...

Si il n'y a rien de surprenant à voir un nouveau Schmitt sur les étals de la rentrée littéraire j'ai tout de même été étonnée cette année par l'épaisseur de celui-ci. Intriguée même.

Et je dois dire que la surprise ne s'est pas arrêtée là.
Je ne suis pas une grande lectrice de Schmitt (il a ses fans c'est indéniable) mais je ne suis pas non plus passée à côté ses dernières années et j'ai quelques lectures à mon actif. J'en ai un souvenir et une image assez simple : c'est fluide, ça se lit bien, c'est gentillet limite enfantin même quand on aborde des thèmes plus sombres.
En gros j'en étais là avant de m'attaquer à ce gros roman.

Si le départ est assez déconcertant (prologue sur les perroquets, succession rapide des personnages) on comprend toutefois très vite que le ton sera différent.
On est face à une écriture bien plus adulte même si on garde l'aspect "œil amusé" du narrateur externe et qui se prête parfois au vulgaire sans se censurer.
Le sexe a une place prédominante également, au point de devenir un thème central.

Il s'avère également que si l'énoncé de départ est assez simpliste, ces fameuses lettres anonymes sont finalement prétextes à se plonger dans la vie des habitants du quartier et au-delà de l'impact de celles-ci sur leur quotidien à lever le voile sur leurs vies en apparence bien rangées.
Je me suis prise au jeu clairement même si j'ai parfois soupiré devant la grossièreté sexuelle récurrente et les éléments quelques fois trop convenus.
A mes yeux l'équilibre est toutefois maintenu eton trouve une certaine richesse ailleurs ; au travers de réflexions sur l'amour et le couple notamment que ce soit ces deux adolescents, les fleuristes mal assortis, le beau et la bête ou les libertins assumés.

En résumé je me suis fait surprendre par ce roman qui malgré ces défauts a un véritable charme. On suit, à la fois intrigué et amusé, les circonvolutions des personnages du quartier autour de l'amour qu'il soit physique ou non (et il l'est souvent !).
C'est bien différent de ce que j'avais pu lire de Schmitt jusqu'à présent !



Merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture !

Eric-Emmanuel Schmitt, Les perroquets de la place d'Arezzo

mardi 1 octobre 2013

Muette

Armée de sacs remplis de nourriture, de grandes bouteilles d’eau et d’un sac de couchage, Muette s’en va ; non pas t-en guerre mais en rase campagne. Muette fugue ; elle fuit des parents trop peu aimants, des camarades de classe qui ne l’intéressent guère, une société qu’elle trouve trop cruelle. Elle se réfugie dans une petite cabane abandonnée non loin de chez elle, au milieu des champs de tournesols. Car Muette ne se sent bien qu’en pleine nature, là où elle peut gambader à sa guise dans les champs. Adolescente sauvage, Muette réussira-t-elle à vivre sa vie rêvée, ayant pour seuls compagnons les animaux sauvages et pour seule distraction le bruit du vent dans les arbres ?

Première lecture de cet auteur pour moi, je dois avouer que je ne sais pas si je retenterai l'expérience...

Ça commençait bien pourtant, je me suis prise à cette fugue adolescente mêlant mythe de l'enfant sauvage et vision d'un monde adulte trop rude, tout comme j'adhérais à cette écriture, prenant plaisir à cette voix en italique celle des critiques maintes fois entendues qui résonnent comme une seconde conscience tant elles sont ancrées dans le personnage.

Pourtant passée cette découverte je me suis mise à tourner en rond jusqu'à m'ennuyer ferme.
Si j'ai apprécié le personnage de Muette et sa sensibilité à fleur de peau, les différents éléments apportés sur ses parents, la mère surtout, sont finalement devenus trop appuyés jusqu'à devenir clichés.
Pessan se répète, à maintes reprises, et de cette fugue éperdue ne ressort pas une aventure mais une longue réflexion abrutissante dont on a hâte de voir le bout.

La fin elle-même ne récompense finalement pas l'effort, on reste sur un sentiment d'inachevé et les quelques interrogations soulevées n'ont pas obtenues de réponse...

C'est donc un bilan plus que mitigé ! A la fois j'ai aimé le personnage, le jeu des voix et les thèmes abordés, autant Pessan m'a perdu en chemin à force de répétitions, de lenteurs et ficelles grossières...



Merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture !

Eric Pessan, Muette

jeudi 22 novembre 2012

Barbe bleue

La colocataire est la femme idéale.

Deux ans je crois que je n'avais pas lu un Nothomb alors que j'ai été une fan de la première heure :)
Je tente le diable cette année grâce aux tentateurs Matchs de la Rentrée Littéraire.

Finalement cette histoire de vieux prince espagnol isolé et de sa colocataire ne m'a convaincu qu'à moitié.
Nothomb fait toujours preuve d'une imagination et d'une mise en scène étonnante, tout comme d'une plume affutée mais encore une fois je trouve le récit un peu à vif et manquant d'épaisseur... Ou alors c'est ce côté légèrement absurde que je ne digère finalement pas, il m'en faudrait un peu plus pour être pleinement satisfaite.

J'ai aimé ces deux personnages atypiques et l'évolution de leur relation mais les dialogues m'ont souvent fait lever les yeux au ciel. Dommage c'est bien souvent ce que je préfère chez Nothomb, elle a l'art de la conversation.
Pour le coup je l'ai trouvé un peu trop ampoulée. Elle s'amuse avec les mots, certes, mais y perd toute crédibilité... Je sais bien que le récit n'a rien de crédible pour autant, que ce n'est pas là son but et je le conçois, mais ce genre d'exercice me fait sortir du récit tout simplement, je ne vois plus les personnages entrain de dîner mais l'auteur qui s'amuse.

Ajoutons que comme à son habitude le récit est bref et la fin un peu précipitée, on ne peut donc pas véritablement se prendre au rythme et s'habituer à ces effets de style. Même si pour une fois je le reconnais je n'ai rien à redire sur la fin :p

C'est donc un bilan mitigé que m'inspire ce dernier Nothomb. A la fois je ne retrouve pas le meilleur de l'auteur mais pas non plus le pire. J'ai apprécié son idée de départ et ses personnages, je me suis prise au jeu même si par moment le jeu de plume trop prononcé de l'auteur pendant les dialogues m'en a quelque peu extrait.

10/20 Merci à Olivier de PriceMinister pour cette lecture !

Amélie Nothomb, Barbe bleue

***Du même auteur***
Le voyage d'hiver
Une forme de vie

jeudi 15 novembre 2012

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel

Yaël tient son journal depuis le 3 septembre, jour où son mari l’a quittée pour une de ses amies, et jour depuis lequel elle doit « partager » son fils de 3 ans avec celui qui l’a trahie, abandonnée. Elle dépérit, s’autoflagelle. Yaël va pourtant finir par se reconstruire loin du monde avec ses auteurs préférés (Montaigne, Woolf, Proust…), reprendre ses cours à la fac, revoir ses amis, rencontrer des hommes, bref renaître à la vie. Ce sont les morceaux disjoints d’une vie qui s’organisent dans ce journal d’une femme quittée, d’une mère inquiète, d’une intellectuelle. C’est aussi le récit de la quarantaine, fantasme, obsession ou réalité d’un âge qui signifie pour beaucoup la fin de la séduction et du désir. L’auteur en explore tous les aspects avec intelligence, précision et attention. Le ton est juste, parfait, lumineux pour évoquer le quotidien, effrois et bonheurs mêlés.

C'est un roman très féminin que nous livre ici Marianne Rubinstein à travers de journal d'une femme au bord du gouffre.
On ne sombre jamais toutefois dans le larmoyant, la narratrice confie sa douleur et ses difficultés à son journal mais sans auto-apitoiement, on est plutôt dans la clairvoyance intelligente et froide presque distante...

J'ai beaucoup aimé ce personnage narrateur et la forme journal de ce roman.
Yaël est une femme de mots et Rubinstein lui prête une plume efficace et intelligente, plaisante à lire.
A la lecture du résumé je m'attendais un peu à une complainte sur la difficulté de nos vies de femme et la crise de la quarantaine... Au final non, c'est juste une belle photographie féminine à la fois réaliste et touchante, une tranche de vie qu'on savoure.

J'ai appris après lecture que c'était le second roman de Rubinstein mettant en scène ce personnage, le premier Le journal de Yaël Koppman qui se passe dix ans avant et je regrette bien de ne pas avoir commencé par celui-là mais je le lirai tout de même à l'occasion.
C'est en tous les cas une belle découverte de l'auteur à travers ce roman qui me donne envie de découvrir le reste de son œuvre.



Marianne Rubinstein, Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel

lundi 5 novembre 2012

Je vais encore passer pour un vieux con...

Dans ce nouveau livre, Philippe Delerm nous décrit, avec la finesse et l'élégance d'un peintre de miniatures, de petits tableaux de nos vies quotidiennes. Traquant les apparentes banalités de nos discours - nos petites phrases toutes faites -, il révèle pour chacune un monde de subtilité, de fragilité, de suffisance, de rires en coin... Du vécu, en somme. Admirateur de Saint-Simon et de Proust, il aime comme eux poser le doigt sur les travers de ses contemporains, les détails qui disent un monde. Lecteur de Jules Renard (particulièrement son Journal) et La Bruyère, il a le goût des portraits et des petites phrases qui dévoilent l'esprit d'une époque.

Ainsi, « Je vais passer pour un vieux con ». Une précaution oratoire souvent entendue, prélude à des propos un peu réactionnaires - mais que l'on s'autorise. Suit généralement l'incontournable « c'était mieux avant »...« Vous n'avez aucun nouveau message ». On ne dit pas assez la cruauté des messageries vocales, qui pourraient se contenter d'un « Vous n'avez pas de nouveau message ». Mais non, elles soulignent, aucun : et c'est ce petit mot qui est impitoyable. On pense à Nathalie Sarraute qui dans Pour un oui ou pour un non faisait éclater une longue amitié sur la simple façon de prononcer une formule anodine : « C'est bien, ça. » « On n’est pas obligé de tout boire » : attablé au restaurant avec un ami, on hésite entre la demi-bouteille, le pichet ou la bouteille entière. Mais ça ferait sans doute trop. Quand l'un des deux ose revendiquer les 75 cl : « On n'est pas obligé de tout boire... »

C'est toujours intéressant de se pencher sur le langage et Philippe Delerm fait ça bien !
Il épluche pour nous ces petites phrases toutes faites qui ne viennent pas de nulle part et qui rythment nos rapports sociaux.

J'ai toutefois trouvé l'ensemble un peu court et souvent trop alambiqué. Le style de Delerm est plaisant mais parfois trop enjolivé pour dénuder ces expressions courantes pour ne pas dire parfois familières.
Il y met de l'humour et des exemples toutefois, ce qui allège considérablement ses explications mais ne les met pas à portée de tous...

Je m'attendais plus à une vulgarisation des origines de nos expressions courantes qu'à une démonstration un peu pompeuse, dommage.

Reste que les exemples de Delerm sont bien choisis et qu'on se délecte sur certains chapitres de sa virtuosité à disséquer ainsi les mots. D'un amoureux du langage à un autre le courant passe comme un clin d’œil !

C'est donc un bilan mitigé : à la fois je m'attendais à moins pour la forme et à plus sur le fond.
C'est une lecture amusante et intéressante bien que (trop) brève. Delerm s'amuse et nous entraine à sa suite mais c'est avant tout son plaisir qui prévaut ; celui de sa propre plume quit à engluer un peu le lecteur...

Merci à Olivier de PriceMinister pour cette lecture !

12/20

Philippe Delerm, Je Vais Passer Pour Un Vieux Con - Et Autres Petites Phrases Qui En Disent Long

jeudi 25 octobre 2012

Les affreux

Après un AVC, la vie d' Alphonse bascule. Figé dans un fauteuil roulant, impuissant, il est condamné à subir un quotidien qu' il s'apprêtait à quitter : sa femme Clarisse...
Comme derrière une vitre dépolie, Alphonse observe un monde sur lequel il n' a plus d'emprise et décrit avec une saisissante acuité les rouages et les fissures de la vie de couple.
Chloé Schmitt réussit la prouesse de créer par son écriture un rythme alerte et sans répit, qui donne au lecteur, à travers son narrateur paralytique, le sentiment d'être constamment sur le qui-vive.
De cette noirceur implacable et de cette position d' observateur unique se dégage une ironie qui insuffle au récit toute sa vitalité.

C'est sur ce premier roman au quatrième de couverture intriguant que s'est porté mon choix lors de la dernière opération Masse Critique de Babelio.

Si ce résumé est proche du fond, il est trop prometteur... Après un départ qui colle au ton annoncé, ce vieux grincheux devient un peu lassant, on tourne un peu en rond ! Parce que même si l'action, elle, évolue, lui pas ou peu et ses réactions et pensées sont un peu répétitives.
Pas suffisamment toutefois pour gâcher la lecture, on tient le cap par curiosité et goût du sordide. Il y a une indéniable cruauté-dureté dans ce roman qui choque et fascine à la fois.

La vraie difficulté de ce roman c'est le style. A vouloir faire trop et trop bien, ça en devient légèrement indigeste.
Chloé Schmitt écrit bien, mais elle devrait s'abstenir d'être perpétuellement entrain d'essayer de le prouver, c'est usant et bien trop ampoulé par moment.
Déjà que sa focalisation (narrateur en "je" ne pouvant communiquer simplement avec l'extérieur et dont les pensées errent de-ci de-là) ne joue pas la facilité, pour le coup l'ensemble n'est pas très fluide, c'est dommage !

En somme si j'ai aimé le sujet abordé et le traitement de Schmitt je ne peux pas en dire autant du rythme et de sa plume.
Au final, même si le fond est marquant il est désagréablement parasité par la forme ce qui n'en fait pas une lecture des plus agréables. Il s'agit toutefois d'un premier roman, qui plus est d'une jeune auteur, il faut donc saluer la performance et espérer qu'elle affinera sa plume avec le temps.



Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette lecture !

Chloé Schmitt, Les affreux

tous les livres sur Babelio.com

dimanche 21 octobre 2012

Loin du centre

"Il n'y a pas d'autres témoins. Personne qui ait fait le lien à part moi. Je ne suis d'ailleurs pas le moins crédible. J'allais de boîte en boîte, de soirée en soirée. J'observais. Qui connaissait qui. Qui sortait avec qui. Je traçais chaque soir la géographie d'un monde qui n'était déjà plus le même le lendemain." Le Bus Palladium, l'Elysée Matignon, les virées en Chappy, les 501 trop larges, les doudounes sans manches et les attentats dans Paris : c'étaient les années 80. Pas celles qu'on raconte dans les livres, celles qu'a vécues cette petite bande de privilégiés, entre insouciance et tragédie.

Un monologue, fleuve de souvenirs, sous forme de confidence nostalgique.

Braunstein a l'amour des mots, c'est une évidence et on prend plaisir à lire sa plume qui sans être ampoulée sait rebondir et jouer sur les mots et les expressions de façon aérienne.
Certes c'est un peu plus facile quand il s'agit de langage oral (puisque ce roman n'est au final qu'un discours) mais le risque est proche aussi de sombrer dans l'écrit langagier, l'ensemble est ici équilibré et juste.

On est vite plongé dans cette ambiance de nuits des années 80, c'est prenant et réussi. On repense aux autres nostalgiques de ces nuits trépidantes (j'ai moi même souvent pensé à Philippe Manoeuvre, à Ardisson...) et à cette époque dorée de la gloire des boîtes de nuit parisiennes.
Pour autant une fois passée cette immersion, on commence un peu à tourner à rond. Au final qu'est ce qui ressemble plus à une soirée au Bus Palladium qu'une autre soirée au Bus Palladium ? On en est que légèrement détourné par les aspects de vie étudiante du narrateur et par l'intrigue autour de Sacha qui ne mène pas à grand chose...

J'ai aimé aussi cette évocation de la banlieue, si éloignée, si peu "in" dont j'ai souvent pu constater cette vision chez les parisiens, les vrais ceux qui habitent et vive (tant bien que mal) intra-muros.
Il m'apparait toutefois que l'intérêt de ce roman peut être fortement amoindri sans une attirance ou tout du moins une bonne connaissance de Paris. Il faut sûrement en être un peu amoureux pour saisir les nuances, les lieux et en retirer quelque chose.

Selon moi le roman est bien dosé, épais juste ce qu'il faut, et il n'en faudrait pas plus. L'ennui guette à l'arrivée des dernières pages, Braunstein sait heureusement conclure à temps.
Il faut dire que la dernière partie concernant "sa vie d'adulte" si je puis dire est un peu moins prenante, on s'essouffle un peu.

Au final Loin du centre est un roman qui nous plonge brièvement dans la fièvre des nuits parisiennes d'une époque révolue, de façon nostalgique mais authentique. Le roman est bien écrit et bien dosé, juste ce qu'il faut pour ne pas vraiment devenir lassant.
J'en garderai un bon souvenir, principalement à cause de ma propre histoire parisienne, mais sans plus.



Jacques Braunstein, Loin de centre

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