Perdre une Plume

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lundi 20 juin 2011

Point de vue (10) : Plan large

Au suivant :)

Pour rappel les premiers épisodes, au cas où un petit coup de frais s'imposerait !

Point de Vue (1/2)
Point de Vue (2/2)
Point de Vue (2)
Point de vue (3)
Point de vue (4)
Point de vue (5)
Point de vue (6)
Point de vue (7)
Point de vue (8)
Point de vue (9)

Ou l'ensemble avec le tag : Point de vue

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jeudi 17 mars 2011

La soupe

Elle prend son temps, en sifflotant les chansons habituelles et bien connues entre deux appels pour la Valise. À ce moment là, un petit frisson en regardant la radio, baissant un peu le volume ; est-ce pour elle, est-ce aujourd'hui que le téléphone sonnera ?
Non, pas cette fois. Elle peut à nouveau remonter un peu le son, pour la chanson suivante et se remettre à son épluchage. Les mains pleines de terre, à en avoir les ongles noirs, le manche du couteau aussi.
Elle râpe, tranche, découpe en petits dés, d'autres plus gros aussi et sur la table c'est comme un tableau de Monet, tout un champ de petites tâches colorées.

Une belle palette qu'elle contemple un instant, pour vérifier que rien ne manque, que tout est là et qu'aucun légume n'a été délaissé. Elle en oublie même de siffloter. Avant de finalement reprendre l'air en cours, en s'essuyant les mains sur son tablier noué à la taille, qui a du être blanc un jour mais plus depuis un certain temps, et dont les initiales brodées sont effilochées.
Sur les fourneaux, la grande marmite au-dessus de laquelle elle se penche. Oui, elle bouillonne tout juste, ce qui lui donne le sourire. Juste à temps, comme d'habitude, il faut dire que la partition est millimétrée.

Un à un les monticules colorés plongent, ne laissant plus que le tas des épluchures sur la table carrelée.
Le couvercle de sa marmite dans une main, elle inspecte un placard et cherche parmi les étagères. En sort un cube, du poivre puis bougonne, elle était pourtant sûre de l'avoir laisser là, certaine même c'est toujours là qu'elle la range.
En soufflant, elle pose son couvercle sur la table, veillant à ne rien faire tomber, pour retourner et plonger à deux mains entre les rayonnages. Elle déplace, s'agace, renverse le bocal de farine qui merci mon dieu ne s'ouvre pas, avant de renoncer, et de reculer d'un pas, perplexe, pour réfléchir.
Elle hausse légèrement les épaules, se disant finalement que bon, elle finira par réapparaître, sûrement son mari qui une fois de plus est venu farfouiller dans ses affaires, incapable qu'il est de remettre les choses à leur place.

À petits pas, elle passe de l'autre côté de la table et ouvre le tiroir à couverts qui coince depuis des années, il faut tirer fort à la fin pour finir de le faire coulisser et les couverts tintent toujours un peu en s'entrechoquant.
Non, pas là non plus. Mais la louche fera l'affaire, tant pis pour cette fois.
Elle s'en empare donc, un demi-sourire aux lèvres devant cette solution de fortune, referme le tiroir qui chante à nouveau.
Derrière, il est temps, la marmite aussi se fait entendre. Le cube, le poivre.... un coup de louche, le couvercle.

Satisfaite, elle expire et repose la louche juste à côté sur le petit plan de travail adjacent. C'est son mari qui lui a ajouté quand il a refait la tapisserie, pour déposer ses ustensiles de cuisson et... La cuillère en bois est là, dans un pot avec les autres pinces, couverts à salades et couteaux divers.
Un pot en terre cuite, qu'elle n'a jamais vu de sa vie et qui lui déplait souverainement pour tout dire, même si elle ne sait pas très bien au juste si c'est par goût ou vexation. Mais enfin qu'est-ce que ce pot fait là ?

Elle est là, immobile, les yeux fixés sur le pot et les mains cramponnées au bord du plan de travail quand derrière une voix l'interpelle : "Mamie ?". Elle se retourne, déjà décidée à oublier ce maudit pot et à faire bonne figure.
- Oui ?
- Mamie, mais qu'est-ce que tu fais ?
- Mais la soupe ma chérie, je fais de la soupe tu le vois bien.
Elle répond en souriant. D'un sourire comme on en adresse aux enfants quand ils nous forcent à énoncer quelques paroles évidentes, bien que la femme devant elle ne soit plus une petite fille.
La femme ne répond pas, son regard balaye la cuisine ; le tas d'épluchures, le tiroir mal fermé, la marmite et son couvercle, la louche reposée et la petite flaque qu'elle a formée.
On n'entend plus que le bouillonnement de la soupe, et le silence en devient pesant, étrangement calme...Elle s'en étonne justement quand un soupir l'interrompt :
- Mais mamie, il est trois heures du matin...
- C'est toi qui a éteint la radio ?

Merci à Nana, pour l'inspiration :)

vendredi 18 février 2011

Petit bonhomme

metro-paris-01.jpg


En sortant du métro Château de Vincennes, je le vis de loin assis sur le dossier d'un banc.
J'ai su, d'instinct, que je n'avais rien à faire là. Que je m'étais si bien apprêtée pour rien, que ma fébrilité digne d'une adolescente n'était pas justifiée.
J'avais laissé cette vie derrière moi depuis des années, ce fantôme là y compris, et ici, dans ce décor, il n'avait pas sa place.
S'en était même grotesque.

Je me suis tout de même dirigée vers lui, dissimulant ma moue agacée sous un sourire de circonstance.
Alors qu'il se levait pour s'approcher lui aussi je fus immédiatement saisie par sa taille. J'aurai pu poser mon menton sur le dessus de sa tête même en ôtant mes talons.
Lui qui, dans mes souvenirs, surplombait tout le monde par la décontraction procurée par ses quelques années de plus et sa popularité, qui physiquement m'égalait, n'était plus aujourd'hui que cet homme vers lequel je devais me pencher.

L'embrassade amicale fut maladroite, en faisant ce geste pourtant bien naturel, je réalisais que dans notre cas c'était une première fois.
Il sentait un peu le mécano, cambouis et tabac à rouler. Une odeur rance et familière qui, je m'en souviens parfaitement, m'avait autrefois fait chavirer, un subtil signe de virilité, mais qui sur le moment ne me fit que frousser le nez.
Alors que je me disais qu'il n'avait pas changé, et m'apprêtant à le lui dire sur le ton le plus neutre possible, je vis que son regard sur moi lui aussi était identique : un mélange de plaisir et d'admiration. Je me souvenais parfaitement de ce regard, aussi de combien j'adorais çà, à quel point il me rendait fière. Peu de gens m'ont regardé de cette manière depuis.
Et pourtant là, il ne me mettait que mal à l'aise. Renforçant l'idée que décidément je n'avais vraiment rien à faire là.
Je me décidais finalement à l'entraîner dans un café, pressée d'en finir et au plus vite, de retourner à ma vie présente et à nouveau le laisser derrière moi.

En marchant vers la brasserie je l'écoutais d'une oreille distraite, comme j'aurai écouté un inconnu avec lequel je me serai retrouvée coincée dans un ascenseur et essayant de détendre l'atmosphère.
Bien qu'en réalité il avait l'air plutôt ravi et enthousiaste d'être là, de découvrir Paris, de me revoir et de me raconter ces quelques années.
Pour ma part j'étais obnubilée par bien autre chose : ses chaussures.
Il faut dire que je fus presque prise de nausées à la vue de ses santiags à talons si familières.
À dire vrai, j'eus honte de moi, d'être là en sa compagnie, d'avoir anticipé ces retrouvailles et pire encore, qu'il ait pu un jour occuper une place si importante dans ma vie. Et à la fois, culpabilité à penser une chose pareille.

Au fur et à mesure que le niveau de son verre descendait, niveau que je guettais fébrilement ayant avalé le mien en deux gorgées, ses yeux devenaient de plus en plus tristes. Parallèlement, plus je sentais croître sa déception plus mon envie à moi de prendre mes jambes à mon coup se faisait pressante, et dans ma tête je faisais défiler les prétextes plausibles, pas trop vexant, sauvegardant les apparences.

Finalement, je n'ai pas osé et enduré jusqu'à la dernière gorgée.
Jusqu'à cette seconde et ultime bise d'adieu, toute aussi maladroite que la première.
Et je me détournais, soulagée, de ce petit bonhomme au regard déçu, aux épaules voutées sous l'attente insatisfaite.

En m'engouffrant dans le métro, secrètement je remerciais Paris pour ce contraste saisissant, pour m'avoir à ce point fait grandir et me disant aussi qu'en d'autres lieux et d'autres temps j'aurai bien pu me faire avoir une seconde fois...

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mercredi 16 février 2011

Point de vue (9)

Oui, j'ai mis le temps je sais...

Pour rappel les premiers épisodes, je pense qu'un petit coup de frais s'impose !

Point de Vue (1/2)
Point de Vue (2/2)
Point de Vue (2)
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Et donc, le 9...

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mercredi 9 février 2011

Conte défait

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Enfant on m'a promis le monde, un tout est possible, devenir et faire ce que bon me semble "quand je serai grande".

Sauf que le monde adulte ne révèle qu'une cruelle absence de magie.
Les contes de fées, les vrais, n'existent pas - pour personne.

J'aurai pourtant tant donné en échange, accepté aussi le revers de la médaille, la face cachée derrière le "ils vécurent heureux" mensonger.
Enduré souffrance et contrainte à hauteur de cette magie, prête au contrecoup...mais non.

On préfère entretenir le mythe avec le conte de fées "des autres", prétendument heureux derrière des sourires aussi faux que le reste ou leur perfection photoshopée sur papier glacé.
Avides aussi d'afficher leurs déboires, contempler ces chutes rassurantes.

J'ai beau le savoir, ce n'est pas le monde qu'on m'avait promis.
Et aujourd'hui encore, je le troquerai volontiers mon p'tit bout mérité de conte de fée contre ce sentiment bien ancré et constamment alimenté de s'être fait avoir sur la marchandise.

mardi 11 janvier 2011

Rester debout

Je sais que c'est con, parce que c'est sûrement çà qu'il me faut mais c'est comme çà...


J'ai beau le savoir, les rêveurs me font fuir.

J'aime le concret, être sur terre et même si je rêve c'est en silence, l'espace d'un instant et redeviens palpable, matière.

Alors qu'on rêve pour moi, et je cours, loin. Je fuis la sirène et son chant envoutant.

J'ai peur de me prendre au jeu, piégée dans un filet d'utopies insensées mais agréables, légères au point de s'éloigner un peu du sol.

De rire de rien et de croire encore que "si"...

Parce que je sais, tellement bien, ce qui arrive quand le filet craque, retour au sol, brutal. Et j'ai eu mon lot de chutes, merci bien.

Les "si" peuvent devenir acérés à faire jaillir les larmes.


Je cours seulement pour ne pas tomber.



vendredi 28 mai 2010

Non

Parce que j'ai mis du courage dans mon coeur, de la volonté dans mes yeux, ce sera non.
Parce qu'un oui gagné et à répétition n'a plus de valeur, aucune.
C'est un non qui en sortant m'a presque coupé le souffle, mais il s'est imposé avec évidence.

Je ne dis pas non uniquement pour le plaisir de dire non, bien que je le fasse avec plaisir tout de même ; celui de m'assumer, m'affirmer et de refuser la concession.
C'est un non qui me fait dresser fièrement la tête et les épaules, un "non" qui donne le sourire face à ton regard désemparé.

Je ne suis pas butée, je suis de marbre. Tu ne le vois pas ?
Tu peux hurler, cajoler, implorer, questionner... çà ne changera rien.
Le non n'est pas la voie de la facilité, et j'ai fait mon choix.

Le pire, je crois, c'est que plus tu te débats et plus je comprends toute l'intelligence de ce non.
J'ai trouvé une force contre laquelle tu ne peux rien : ce sera non pour de bon...

vendredi 7 mai 2010

Séduction, tentation, abandon, renoncement...

Tu ne comprends toujours pas ?
Que c'est déjà perdu d'avance, que la lutte est inutile.

Sans peine je ferai sauter les verrous de ta volonté

La défaite n'aura rien de séduisante, mieux vaut rendre les armes dès maintenant. Laisse toi aller, succombe, de ton plein gré ce sera moins dur ensuite.
Il n'y aura même pas de regret à avoir puisque c'est inévitable...
Il te reste juste à faire ce dernier pas, à m'ouvrir tes bras.

Non, ne résiste pas, ne lutte pas, ne te détourne pas de la main tendue vers toi

Respire un grand coup et lance toi.
Si je dois forcer le passage de ta volonté, ce sera douloureux. Tu le sais bien.
Ouvre les yeux, contemple ton renoncement.

Ou je vais explorer le royaume de tes peurs, en devenir le dictateur

C'est tracé d'avance, il faut t'y résigner.
Dis toi que tu n'as pas le choix, si çà peut t'aider...
...Qu'il n'y a même pas de décision à prendre, juste à se soumettre.

C'est ta destinée, pourquoi vouloir lui résister ?

dimanche 25 avril 2010

J'me fais mal

Sois polie, dis merci, souris, sois gentille...

Et quand le masque tombe,
Je n'ose plus regarder mes rêves dans les yeux.
J'ai peur qu'ils se détournent de moi une bonne fois pour toute, comme un enfant au regard déçu et blessé.

On a la vie qu'on se fabrique et j'ai trahi la mienne. Et dans ces moments de lucidité je me demande pourquoi...
À quoi bon se fondre dans cette masse qui ne me le rends pas, devenir spectateur de ce que je ne suis pas ? Regarder sa vie comme on va au cinéma.

Je suis ma propre tortionnaire, celui de l'enfant au fond de moi

j'me fais mal je m'en rends bien compte

J'ai laissé mes espoirs sur le bord du chemin, et parfois ils se dressent au dessus de mon épaule, me forçant à regarder en arrière.
À me demander si cet abandon en valait la peine. Certes les jours coulent et sont plus simples, mais au fond qu'y ai-je gagné ?

Dans ces moments là, je fuis les miroirs. Plonger en moi-même et affronter mon propre regard, ce serait craquer pour de bon.

J'ai dans la tête des mélodies

Derniers vestiges de mes humeurs naturelles, celles que je ne contrôle pas.
Mais elles ont perdu leur sens et leur pouvoir sur moi ; celui de me faire bouger et réagir, pour faire place à celui de la conduite à tenir.

Sois polie, dis merci, souris, sois gentille... et tends l'autre joue

J'me fais mal à chaque seconde où je deviens ce que je ne suis pas



jeudi 22 avril 2010

Génération 35h

Je suis la génération 35h, celle dont on dit qu'elle a perdu la valeur travail et n'a goût que pour les loisirs.


Je suis de cette génération qui rêvant d'un CDI  a battu le pavé, banderole au poing, pour défendre ce doux avenir qui semblait bien normal.

Je suis de ces jeunes qui au travail sont considérés comme jeunes jusqu'à 35 ans, et payés en conséquence, avant de passer du côté des vieux ; comme çà d'un coup, frémissant de perdre leur postes et de ne plus être employables.

Je suis de ces anciens étudiants qu'on a laissé à la dérive, mener des études en leur disant qu'elles ne servaient à rien.

Je suis de ces jeunes travailleurs qui cotisent pour les autres, et dont on dit qu'ils n'auront jamais de retraite ; "soyez prévoyants, épargnez !"

Je suis de cette bande de feignants qui refusent de travailler le dimanche et le soir après 20h, qui ne vivent que pour des vacances et des loisirs imaginaires que leur pauvres salaires ne peuvent s'offrir.

Je suis cette jeunesse égoïste en quête de reconnaissance et d'accomplissement plutôt que d'une gloire illusoire, et le rôle d'éternel faire-valoir.

Je suis de ces désenchantés à qui le travail n'apporte rien mais qui doit bien se lever le matin, remplir le frigo et payer le loyer...

Je suis un box anonyme d'open space, un être automatique, interchangeable et sans intimité exécutant des tâches sans intérêt mais urgentes.

Je suis le "jeune actif" qui frémit devant son banquier, ce père fouettard moderne.

Je suis cet adulte qui tire la gueule dans le métro tous les matins, et se presse vers son job sans même savoir pourquoi.

Je suis de ceux à qui on présage monts et merveilles, en échange d'un peu de patience, mais qui ne voit jamais rien venir.

Je suis les abstentionnistes, convaincu et vaincu à ce que rien ne change.

Je suis assailli de toute part, coupable sur tous les fronts : achète bio ! trie tes déchets ! ne prends pas ta voiture ! bouche le trou de la sécu !


Je suis jeune mais sans âge à l'intérieur, résigné avant l'heure mais décidé à ne pas m'échiner pour un avenir qu'on me promets terne.
Alors la "valeur travail" vous pouvez vous la carrer où je pense...

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