Perdre une Plume

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mercredi 22 juin 2011

Plus au Sud

Palmier_MR.JPG

On me reproche, savamment, de ne pas assez vous faire baver sur cette nouvelle vie au soleil.
Je m'incline...

Aujourd'hui donc il fait particulièrement beau, comme la plupart du temps depuis début mai.
Il fait si chaud que j'en ai perdu le courage d'aller à la plage qui doucement se fait envahir. Journée libre et je me suis levée un peu trop tard pour çà de toute manière...
J'ai opté pour la piscine, même si l'eau déjà trop chaude ne rafraîchit que brièvement.
J'alterne lecture, écriture (sur ce carnet qui sert aussi pour mes chroniques) et la nage.

Aller brasse coulée, retour dos suivi d'un aller-retour crawl, en boucle... Routinier, juste assez pour ne pas avoir à penser et laisser le corps prendre le relais.
S'en serait presque érotique cet abandon, en tout cas essentiel, à la limite de l'instinct de survie. Alors je n'y pense pas tellement la plupart du temps, je me donne tout simplement, moi qui cultive si bien mes addictions je ne trouve pas là la plus malsaine de toutes !
Dans ces moments-là je me dis que j'ai peut-être finalement laissé ma tête trop lourde plus au nord, hors des cartons de déménagement. Je me leurre je le sais bien, c'est tout juste un espace-temps, un angle mort pour l'esprit. Ce qui est sûr c'est que là le contrôle est plus au sud, la tête s'incline.

Il fait trop chaud sur ce transat et rien que de tenir le stylo j'ai les doigts qui y adhèrent désagréablement. J'ai hâte de voir débarquer le propriétaire des lieux ; sourire pétillant, un commentaire sur la jeunesse, un café noir et sucré en début d'après-midi, un cocktail à base de rhum vers 16h, quelques mots échangés à peine.
On me connait bien ici.

Au-delà de moi, s'en est même culturel ce respect de la tranquillité et de l'espace de l'autre. Respect qui ne dit pas son nom, qui ne se vante pas, qui n'est jamais prétexte.
On ne force pas les choses tout simplement. Être avenant et laisser venir.
Ce qui colle parfaitement avec mon côté solitaire, asociale aussi.

Moins avec la partie sauvage qui claque les portes, qui prend la fuite, qui écoute (là tout de suite les Beach Boys) la musique trop forte, qui fume trop, qui boit à l'excès... Et pourtant çà ne s'arrange pas, c'est même de pire en pire. Une nature qui s'exprime et qui cède de plus en plus de place aux pulsions. J'ai perdu en chemin l'envie de faire l'effort, d'être raisonnée et raisonnable...

Mais on fait avec, comme quand la tramontane se met à souffler, on sait que peu importe sa violence, elle s'arrêtera. On ne lui reproche rien, pas plus qu'on ne lui cherche d'excuse. Elle est agaçante, à la longue même carrément chiante mais nécessaire et une fois qu'elle a tout balayée sur son passage, qu'elle s'apaise enfin, la plénitude est là.
Je suis bien accueillie partout - avec parfois même cette sollicitude de trop - comme je suis, sans faux semblant.

Au point que j'en deviens étrangère partout ailleurs. Pas à ma place.
Ma dernière escapade a eu ce goût amer de rappel à l'ordre. Plus possible de faire semblant, d'être juste "cette fille sympa qu'on n'a pas vue depuis longtemps". Quand je n'ai pas envie d'être là maintenant çà se voit. Quand je n'ai pas envie de parler ou d'une présence je ne joue plus le jeu je m'enfuis.
Et c'est ce que j'ai fait, à de multiples reprises pendant cette semaine là.
Jusqu'à finalement rentrer chez moi, soulagée, déçue aussi de ce vide que j'ai créé sans réussir à le combler, retrouver mon soleil qui brûle trop fort, la piscine et mon transat que je quitte maintenant pour l'eau, cédant à l'appel du corps...

lundi 13 juin 2011

Musique en ligne, changer de crèmerie

Pas un billet coup de gueule, on en a vu assez comme çà sur le web, juste une piste que je vous apporte (notez le jeu de mot tout de même) (pas d'applaudissements merci !)

Quoi de mieux que ce jour de week-end prolongé pour se détendre avec un peu de musique ? Et surtout pour prendre le temps de refaire vos playlist sur un site de musique en ligne que JE vous conseille ?
Sérieusement j'ai trouvé, testé, validé Grooveshark pour vous (ok ok surtout pour moi à la base mais bon, je vous en parle non ??)

En bref, le catalogue est assez complet (bon il manque des trucs c'est sûr mais parfois on est aussi surpris, et il est très fourni en BO je suis fan), on peut se connecter via son compte FB plutôt que de créer un nouveau compte + mdp + confirmation par mail... etc, c'est gratuit, sans coupures pub, on peut se lier avec des amis, il a un mode écoute "radio" et un autre "les plus écoutés" qui permet de faire des découvertes, écoute illimitée en temps, on peut partager les morceaux sur les réseaux sociaux habituels, exporter via widget et les acheter en ligne... Bref que du bonheur !

Vous trouverez mes playlists de malade sur le compte Angie Plume :)

Et pour ceux qui suivent un peu, je vous offre même le générique de Naruto Shippuden !

Vous êtes encore là ?

mardi 17 mai 2011

Sur la plage, derrière les dunes...

Il y a un espace de solitude salvateur, encore un peu avant que la saison et l'invasion estivale ne commencent.
Il y a des fleurs sauvages qui sortent à travers le sable et des coquillages par milliers les lendemains de marin, qui donnent au sable mouillé un aspect rugueux et tacheté.
Il y a des pêcheurs de dorades à la peau tannée par le soleil et aux visages rieurs, assis sur leurs glacières.
Il y a un couple qui se promène main dans la main et que croisent les amants infidèles durant leur rendez-vous de sortie de bureau.
Il y a un chien qui se jette à l'eau sous les encouragements de son maître.
Il y a un papa qui essaye tant bien que mal de faire décoller un cerf-volant sous les yeux de son fils.
Il y a la tranquillité, les regards fuyants pour ne pas déranger, le respect de ce besoin d'espace que chacun satisfait.

Et il y a moi. Mon appareil, la mer et moi. Ma plage à moi est un peu plus loin, là où on ne trouve plus de tours de surveillance, de marchands de glace et de douches d'eau douce... là où les fleurs poussent vraiment.
Sur ma plage à moi il y a du bois flotté, qui semble torturé. Des carapaces de crustacés échoués, les traces des mouettes sur le sable et de vraies dunes.
La plupart du temps je la longe les pieds dans l'eau, parfois je me contente de m'asseoir face à la mer : écouter, respirer, s'oublier...

Quand j'étais petite je trouvais les dunes magiques, je pensais toujours qu'elles cachaient quelque chose, des secrets. Et je les parcourais en tout sens entre deux baignades à la recherche d'un trésor ou d'un autre.
Je sais maintenant ce qu'elles cachent ; les secrets qu'on amène avec soi.
J'en laisse toujours quelques uns sur place et repars plus légère...



Merci à Leiloona pour l'inspiration :)

mercredi 4 mai 2011

Le Chant du corps

Souvent le meilleur moyen de vider sa tête c'est encore d'épuiser son corps, alors je cours, je nage, je m'essouffle, je me fais mal un peu.
Pour la bonne cause.

Et quand il en faut encore un peu il reste la musique, le son et ses secousses. Pas de ces chansons à assortir à ses humeurs, à larmoyer, déprimer...

Juste du son qui claque un peu contre les murs, des rythmes vifs pour se mettre en transe, de quoi se tordre la nuque en tous sens, délasser les épaules et oublier le monde un instant.
Parce que quand je danse plus rien n'existe que moi, la musique et mon corps qui prend le dessus...

On dirait une furie, échevelée, possédée... je m'en fous. Je ne fais pas çà pour le spectacle, pas pour les autres, c'est juste une thérapie, un point de décompression, un moyen de dire à ma tête que c'est encore moi qui contrôle et que je peux m'évader quand je veux, ou presque. Parce que je cède facilement à ce jeu avec l'esprit embrouillé, alcoolisé, drogué rappelé à l'ordre par la présence des autres qui ressurgit tout à coup et que j'accueille avec un sourire qui se moque de lui-même, folle je suis folle, je le lis dans leurs yeux !

J'ai une danse de la victoire, ridicule mais jouissive, qui s'impose d'elle-même dans les moments de joie ou de réussite comme d'autres crieront "yes" en repliant leur coude poing serré.
Je fais mes courses musique à fond dans les oreilles, sautillant derrière mon caddy, virevoltant dans les rayons.
Je marche en rythme, dansant dans ma tête dans la rue, défiant quiconque de se mettre sur mon chemin.
Je me donne confiance et recharge les batteries avec quelques déhanchés dans mon salon,
Provoque mon voisin mateur en le fixant pendant que je danse jusqu'à ce qu'il rentre chez lui, honteux...
Je me trémousse avec les enfants, moi aussi libérée de ces appréhensions adultes.
Je bouge, en transe, en concert, en oubliant la foule.


Quand je danse c'est mon corps qui chante.

Je danse avec moi-même
Eh il n'y a rien à perdre
Et il n'y a rien à prouver
Je serai là à danser avec moi-même

lundi 2 mai 2011

Être Partout et encore rêver d'un Ailleurs

Ombre



Je suis dilettante et c'est un problème...

Capable de tout mais de véritable talent en rien.

Jusqu'à il y a peu, j'essayais d'y voir une chance, celui du choix, celui de cette capacité d'apprendre jamais épuisée.
Mais aujourd'hui j'envie les vocations, ces chemins tout tracés qu'ils soient difficiles ou pas n'est pas le problème, leurs sens.
Je voudrais, pour une fois, qu'une voie s'éclaire, arrêter de tâtonner dans le noir.

Parce qu'écrire bien mais sans avoir de quoi être écrivain,
Chroniquer sans pouvoir être pigiste,
Bidouiller mais toujours être "amateur",
Savoir dessiner, gratter une guitare, chanter juste mais pas une once de créativité...
Çà donne un beau CV de princesse mais çà commence à être frustrant.

J'ai profité de cette liberté, celle de suivre mes envies, aujourd'hui je crois que je suis juste fatiguée...


lundi 11 avril 2011

Anesthésie

Ambition sacrifiée, jetée sur l'autel à côté des neurones grillés au soleil.
Baisser les bras, mais savoir le replier pour trinquer, tourner un page de roman ; s'anesthésier.

S'abandonner à l'envie du rien, et laisser dire, soupirer un peu pour le plaisir.
Vivre pour soi, en soi et fermer la porte ...

Rouler trop vite, rire trop fort et dormir sans rêver.
Refuser de penser et dire "j'm'en fous" un peu trop souvent ; s'anesthésier.

Entre apathie et pesanteur
Où je demeure


Mais à aucun moment se leurrer, en vérité.
Tenir son rôle mais plaindre le personnage, et le soulager un peu.

Un moment, une petite éternité sans fin préméditée.
S'offrir un répit, une douce anesthésie...

La chaleur de l'abandon
C'est comme une symphonie

mardi 22 mars 2011

Connasse

Doux surnom qui sonne encore à mes oreilles rien qu'à le lire, je l'entend, là tout de suite, prononcé par plusieurs de mes amis (avec ou sans "e"), potes, connaissances...
Parce que j'en suis paraît-il, et le pire c'est que j'aime çà.

J'en suis même fière au fond. Aussi bien pour l'aspect affectueux qu'il peut avoir que quand il est donné avec une sincère animosité.
On le lance à la face de ma liberté, ma liberté de femme souvent vexante, de ma franchise toujours trop crue, de ma rébellion incessante, de ma tête dure, de ma fierté, de mon goût prononcé pour la contradiction, de mes prises de décision et de mon indépendance...

Je suis une connasse quand je dis le mal que tout le monde pense, même à mon sujet.
... quand je ris avec joie de quelqu'un qui le mérite même-si-çà-ne-fait-pas.
... parce que je sais souvent avec mes mots, taper là où çà fait mal, cerner où le bât blesse.
... parce que je n'ai pas peur de vexer, et encore moins de ce que l'on peut penser de moi.
... quand je fais rire les autres sur des sujets dont il ne faudrait pas.
... quand je refuse le compromis et ses jeux sociaux mensongers.
... parce que je dis "c'est de la merde" un peu trop souvent.
... parce que je sais aussi me faire des ennemis, sans chercher à arrondir les angles.
... quand même mes amis les plus proches m'apprécient autant qu'ils peuvent me détester.
... quand je donne ma pensée, sans l'enjoliver, et avec toute la non-diplomatie dont je suis capable.
... parce que j'ose le "non".
... parce que j'aime la vie dans tout ce qu'elle a de bon et que je ne m'en cache pas.

J'aime donc ces "connasse" adressés en chuchotant, sourire aux lèvres.
Ceux aussi plus durs, crachés avec colère...
Parce que je sais où ils prennent leurs racines, par quoi ils sont justifiés et j'assume, pleinement, avec un plaisir non dissimulé... en vraie bonne connasse qui se respecte !

jeudi 17 mars 2011

La soupe

Elle prend son temps, en sifflotant les chansons habituelles et bien connues entre deux appels pour la Valise. À ce moment là, un petit frisson en regardant la radio, baissant un peu le volume ; est-ce pour elle, est-ce aujourd'hui que le téléphone sonnera ?
Non, pas cette fois. Elle peut à nouveau remonter un peu le son, pour la chanson suivante et se remettre à son épluchage. Les mains pleines de terre, à en avoir les ongles noirs, le manche du couteau aussi.
Elle râpe, tranche, découpe en petits dés, d'autres plus gros aussi et sur la table c'est comme un tableau de Monet, tout un champ de petites tâches colorées.

Une belle palette qu'elle contemple un instant, pour vérifier que rien ne manque, que tout est là et qu'aucun légume n'a été délaissé. Elle en oublie même de siffloter. Avant de finalement reprendre l'air en cours, en s'essuyant les mains sur son tablier noué à la taille, qui a du être blanc un jour mais plus depuis un certain temps, et dont les initiales brodées sont effilochées.
Sur les fourneaux, la grande marmite au-dessus de laquelle elle se penche. Oui, elle bouillonne tout juste, ce qui lui donne le sourire. Juste à temps, comme d'habitude, il faut dire que la partition est millimétrée.

Un à un les monticules colorés plongent, ne laissant plus que le tas des épluchures sur la table carrelée.
Le couvercle de sa marmite dans une main, elle inspecte un placard et cherche parmi les étagères. En sort un cube, du poivre puis bougonne, elle était pourtant sûre de l'avoir laisser là, certaine même c'est toujours là qu'elle la range.
En soufflant, elle pose son couvercle sur la table, veillant à ne rien faire tomber, pour retourner et plonger à deux mains entre les rayonnages. Elle déplace, s'agace, renverse le bocal de farine qui merci mon dieu ne s'ouvre pas, avant de renoncer, et de reculer d'un pas, perplexe, pour réfléchir.
Elle hausse légèrement les épaules, se disant finalement que bon, elle finira par réapparaître, sûrement son mari qui une fois de plus est venu farfouiller dans ses affaires, incapable qu'il est de remettre les choses à leur place.

À petits pas, elle passe de l'autre côté de la table et ouvre le tiroir à couverts qui coince depuis des années, il faut tirer fort à la fin pour finir de le faire coulisser et les couverts tintent toujours un peu en s'entrechoquant.
Non, pas là non plus. Mais la louche fera l'affaire, tant pis pour cette fois.
Elle s'en empare donc, un demi-sourire aux lèvres devant cette solution de fortune, referme le tiroir qui chante à nouveau.
Derrière, il est temps, la marmite aussi se fait entendre. Le cube, le poivre.... un coup de louche, le couvercle.

Satisfaite, elle expire et repose la louche juste à côté sur le petit plan de travail adjacent. C'est son mari qui lui a ajouté quand il a refait la tapisserie, pour déposer ses ustensiles de cuisson et... La cuillère en bois est là, dans un pot avec les autres pinces, couverts à salades et couteaux divers.
Un pot en terre cuite, qu'elle n'a jamais vu de sa vie et qui lui déplait souverainement pour tout dire, même si elle ne sait pas très bien au juste si c'est par goût ou vexation. Mais enfin qu'est-ce que ce pot fait là ?

Elle est là, immobile, les yeux fixés sur le pot et les mains cramponnées au bord du plan de travail quand derrière une voix l'interpelle : "Mamie ?". Elle se retourne, déjà décidée à oublier ce maudit pot et à faire bonne figure.
- Oui ?
- Mamie, mais qu'est-ce que tu fais ?
- Mais la soupe ma chérie, je fais de la soupe tu le vois bien.
Elle répond en souriant. D'un sourire comme on en adresse aux enfants quand ils nous forcent à énoncer quelques paroles évidentes, bien que la femme devant elle ne soit plus une petite fille.
La femme ne répond pas, son regard balaye la cuisine ; le tas d'épluchures, le tiroir mal fermé, la marmite et son couvercle, la louche reposée et la petite flaque qu'elle a formée.
On n'entend plus que le bouillonnement de la soupe, et le silence en devient pesant, étrangement calme...Elle s'en étonne justement quand un soupir l'interrompt :
- Mais mamie, il est trois heures du matin...
- C'est toi qui a éteint la radio ?

Merci à Nana, pour l'inspiration :)

mardi 15 mars 2011

Vacances

Je n'aime pas les cartes postales. Elles disent si peu et surtout mal.
Les formules sont convenues, les images balourdement drôles pour ne pas dire beaufs ou mensongères...

Pas plus qu'une photo de moi devant un lieu, un bâtiment, un paysage. Je crois même que mis à part peut-être enfant, ces photos n'existent pas.
Je préfère les faire les photos, déjà. Mais pour autant je ne serai jamais de ceux qui disent "mets toi là, on l'enverra à..."

Je ne voyage pas pour les autres.

C'est un acte de pur égoïsme, j'assume et j'adore çà. Peut-être même est-ce la raison pour laquelle j'adore çà.

Au-delà, je n'ai besoin de rien pour inscrire mes souvenirs.
Ceux de vacances sont faits de sensations : l'odeur de la mer, la chaleur du soleil, le goût d'une nuit d'ivresse, la mélodie d'un instant, un fou rire inexpliqué... Plus que d'une image c'est de çà dont je veux me souvenir, et tant pis si j'oublie.
Au contraire même. Car lorsque, nostalgiques, on reparle de ces vacances j'aime justement qu'un souvenir me revienne, me prenne par surprise parce qu'un de mes compagnons de voyage lui se souviendra, parce qu'il aura vu le détail qui m'aura échappé, parce qu'il aura vu les choses différemment lui à ce moment T...

Mes albums restent donc désespérément vides. Quand je pars en vadrouille pour faire des photos, c'est un moment dédié. En dehors de ce cadre je déteste mitrailler, et on ne fait pas des albums de plan larges et de paysages, de terres désertes et de rues remplies d'inconnus.

Pourtant je me sens riche, d'anecdotes vécues, de moments pleinement offerts pendant lesquels je ne me souciais pas encore du souvenir, juste de celui de profiter, d'ouvrir grand les yeux non pas pour enregistrer mais juste pour le plaisir de l'instant.

Et après tout, est-ce que ce n'est pas çà justement le rôle des vacances ? Ce petit espace temps où on mets les "si" les "peut-être" et le futur au repos, la caboche en RTT ?

Alors voilà, mes vacances sont faites de rires, de complicité, de soleil et de pluie, de moments de flous, de gueules de bois, de brèches de souvenirs qui nécessitent ceux des autres pour être complets, de scènes loufoques et souvent improbables pour qui ne les a pas vécus avec moi, de tas de visites dont je me souviens volontiers de la beauté mais rarement du nom, de cabines téléphoniques, de sandwichs vite avalés, de longues siestes en plein après-midi, de lectures toujours, de voyages en train entre amis, de jeux de raquettes sur la plage, de randonnées encore et encore, de soirées autour du feu, de musique, tellement, d'étouffants embouteillages en voiture sur l'autoroute, de guides dans le sac à dos, de problèmes de traduction et de jetons pour l'eau chaude de la douche, d'engueulades, de maisons à la campagne, de jeux de société...

Mais je ne peux rien vous en montrer, je n'ai que mes mots pour en parler, et je crois qu'au final c'est encore de cette manière, qu'à ma façon, j'en suis au plus près :)


Merci à Painteau pour l'inspiration :)

vendredi 18 février 2011

Petit bonhomme

metro-paris-01.jpg


En sortant du métro Château de Vincennes, je le vis de loin assis sur le dossier d'un banc.
J'ai su, d'instinct, que je n'avais rien à faire là. Que je m'étais si bien apprêtée pour rien, que ma fébrilité digne d'une adolescente n'était pas justifiée.
J'avais laissé cette vie derrière moi depuis des années, ce fantôme là y compris, et ici, dans ce décor, il n'avait pas sa place.
S'en était même grotesque.

Je me suis tout de même dirigée vers lui, dissimulant ma moue agacée sous un sourire de circonstance.
Alors qu'il se levait pour s'approcher lui aussi je fus immédiatement saisie par sa taille. J'aurai pu poser mon menton sur le dessus de sa tête même en ôtant mes talons.
Lui qui, dans mes souvenirs, surplombait tout le monde par la décontraction procurée par ses quelques années de plus et sa popularité, qui physiquement m'égalait, n'était plus aujourd'hui que cet homme vers lequel je devais me pencher.

L'embrassade amicale fut maladroite, en faisant ce geste pourtant bien naturel, je réalisais que dans notre cas c'était une première fois.
Il sentait un peu le mécano, cambouis et tabac à rouler. Une odeur rance et familière qui, je m'en souviens parfaitement, m'avait autrefois fait chavirer, un subtil signe de virilité, mais qui sur le moment ne me fit que frousser le nez.
Alors que je me disais qu'il n'avait pas changé, et m'apprêtant à le lui dire sur le ton le plus neutre possible, je vis que son regard sur moi lui aussi était identique : un mélange de plaisir et d'admiration. Je me souvenais parfaitement de ce regard, aussi de combien j'adorais çà, à quel point il me rendait fière. Peu de gens m'ont regardé de cette manière depuis.
Et pourtant là, il ne me mettait que mal à l'aise. Renforçant l'idée que décidément je n'avais vraiment rien à faire là.
Je me décidais finalement à l'entraîner dans un café, pressée d'en finir et au plus vite, de retourner à ma vie présente et à nouveau le laisser derrière moi.

En marchant vers la brasserie je l'écoutais d'une oreille distraite, comme j'aurai écouté un inconnu avec lequel je me serai retrouvée coincée dans un ascenseur et essayant de détendre l'atmosphère.
Bien qu'en réalité il avait l'air plutôt ravi et enthousiaste d'être là, de découvrir Paris, de me revoir et de me raconter ces quelques années.
Pour ma part j'étais obnubilée par bien autre chose : ses chaussures.
Il faut dire que je fus presque prise de nausées à la vue de ses santiags à talons si familières.
À dire vrai, j'eus honte de moi, d'être là en sa compagnie, d'avoir anticipé ces retrouvailles et pire encore, qu'il ait pu un jour occuper une place si importante dans ma vie. Et à la fois, culpabilité à penser une chose pareille.

Au fur et à mesure que le niveau de son verre descendait, niveau que je guettais fébrilement ayant avalé le mien en deux gorgées, ses yeux devenaient de plus en plus tristes. Parallèlement, plus je sentais croître sa déception plus mon envie à moi de prendre mes jambes à mon coup se faisait pressante, et dans ma tête je faisais défiler les prétextes plausibles, pas trop vexant, sauvegardant les apparences.

Finalement, je n'ai pas osé et enduré jusqu'à la dernière gorgée.
Jusqu'à cette seconde et ultime bise d'adieu, toute aussi maladroite que la première.
Et je me détournais, soulagée, de ce petit bonhomme au regard déçu, aux épaules voutées sous l'attente insatisfaite.

En m'engouffrant dans le métro, secrètement je remerciais Paris pour ce contraste saisissant, pour m'avoir à ce point fait grandir et me disant aussi qu'en d'autres lieux et d'autres temps j'aurai bien pu me faire avoir une seconde fois...

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