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mardi 14 septembre 2010

La ferme des animaux

Dans la campagne anglaise, à l'arrivée de l'été, une ferme se révolte et les animaux prennent le pouvoir.
Sous la coupe d'un cochon utopiste, les animaux édictent les commandements de leur nouveau royaume avant de se lancer dans cette toute nouvelle liberté qui elle aussi requiert bien des sacrifices.
Mais de la révolution au totalitarisme, il n'y a qu'un pas bien vite franchi...


Et Orwell se charge ici de nous montrer les étapes qui y mènent.
Cette "fable" écrite après la Seconde Guerre Mondiale, n'a pourtant pas vieilli au même titre que certaines morales animales de Lafontaine.

Sous couvert d'animaux parfois un peu bêtes et ridicules la thématique est pourtant dure et la leçon facile à retenir.
L'utopie libertaire qui sert de base à cette fable est sincère, on ne remet pas une seule fois en cause l'injustice que peuvent vivre ces animaux et la pureté de leurs motivations : égalité et travail pour tous contre confort et sécurité.
Cependant, peu à peu, l'égalité s'effrite puisque ce sont les dirigeants (dont on reconnaîtra un simulacre de Napoléon Bonaparte assez aisément) qui s'attribuent le plus de confort, le moins de travail etc... le tout en usant de l'argument de sécurité et du bien-être générale pour exiger ces sacrifices de la majorité des animaux !
Cela semble tout bête (sans jeu de mot) comme çà, mais même si le lecteur sent bien venir la pente glissante dictatoriale qui se met en place, il comprends aussi aisément que la plupart des animaux n'y voient que du feu : on réécrit l'histoire et les commandements (puisque seule l'élite est lettrée), on évince puis calomnie les protestataires qu'on accusera ainsi de tous les maux, on crée des ennemis et des menaces potentielles afin de préserver l'argument infaillible de la sécurité...

Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres.


Orwell mène le tout d'une main de maître, ses personnages animaux sont caractérisés, identifiables et jouent tous un rôle particulier dans cette composition structurée et sans fausse note.
À la lecture on assimile bien trop souvent des évènement ou des personnages à des faits historiques et même, d'autant plus effrayant, à l'actualité.

Une fable politique essentielle, à la fois constat et mise en garde, qui se lit facilement même pour les plus jeunes à condition que la lecture soit suivie d'une explication.
Un conte mi-amer encore bien trop moderne par bien des aspects et qui nous décrit un processus menant à un totalitarisme encore bel et bien d'actualité.



George Orwell, La Ferme des Animaux




5/14

lundi 19 avril 2010

Le vieil homme et la mer

Sur les côtes cubaines le vieux pêcheur rentre sans aucun poisson depuis 85 jours...
Cette malchance excessive lui a fait perdre son seul compagnon, le petit qu'il a formé, envoyé sur un bateau plus prolifique.
Face à une certaine misère et sentant aussi la vieillesse le gagner, le vieil homme croit regagner sa fierté quand il rencontre en pleine mer un poisson gigantesque : une bataille, entre orgueil et détermination, de 3 jours les attendent.

Un classique qui m'avait échappé jusqu'à présent et que je découvre avec étonnement.

Le style tout d'abord, s'accorde avec cette vie de labeur et de travaux physiques épuisants. Un vocabulaire populaire de la mer mais emprunt d'un grand respect, un patois de pêcheur. Des pêcheurs qui peinent à la tâche sans se plaindre, pour tout juste assurer leur subsistance.

Le tête à tête avec le poisson, plus qu'une bataille finalement, est une vraie rencontre. La puissance de la mer face à un vieil homme et ses espoirs.
Un espadon qui semble inaccessible pour un homme qui n'a plus rien à perdre si ce n'est l'honneur, et qui est résolu à ne pas abandonner.

Ce court roman est vraiment particulier et il est assez étrange de devoir en parler. D'un côté il ne raconte pas grand chose, et il y a beaucoup de répétitions, et pour autant il a un impact émotionnel assez fort, à la fois tristesse et admiration pour ce pauvre homme sur lequel le destin semble s'acharner.
Un moment de lecture différent, et qui me marquera vraiment, étrangement.



Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer

4/14

mercredi 17 février 2010

Tess d'Uberville

La jeune Tess est issue d'une grande lignée aristocratique éteinte ; les d'Uberville.
Sa famille désargentée vit dans le Wessex, région champêtre et isolée. Alors que son père rêve de redorer le blason familiale, Tess est envoyée pour servir dans la maison d'Uberville, dernier vestige de la grandeur passée... Ses parents espèrent secrètement un mariage mais sont loin de se douter de la frivolité des moeurs du maître, qui va perfidement "séduire" la jeune femme contre son gré et l'abandonner à son sort de fille-mère.

Ce triste épisode allié à la honte et à la nature franche de Tess vont faire de sa vie une succession de drames, dans une Angleterre de la fin du XiXème où la réputation d'une femme est un bien fragile...


Roman sombre et difficile que Tess. J'ai à la fois aimé et enduré ce roman, il est donc difficile de vous en parler sans paraître mitigée.


Tess ne se déplace presque qu'exclusivement à pieds et ne se lasse pas de contempler la nature environnante, seul réconfort s'il en est dans sa triste vie.
Il y a une grande dualité dans l'écriture, qui se retrouve dans l'alternance entre les tourments de Tess et les magnifiques descriptions de la campagne anglaise.

Bizarrement cette dualité produit aussi une certaine gêne au niveau du récit. Le style narratif de Hardy est très empesé, on a souvent recours au dictionnaire face à des termes presque scientifiques, il fait preuve d'un vocabulaire très riche (Ce n'est pas une question de traduction, j'ai vérifié. D'ailleurs de grands écrivains de l'époque lui reprochaient cette "emphase lexicologique") et qui correspond assez peu à la description de la vie campagnarde et des travaux des champs.
On sent tout de même que les évènements sombres et terre à terre du destin de l'héroïne sont compensés par une nature riche, foisonnante et lumineuse qui élève l'esprit.


Pour autant, je ne peux m'empêcher de penser que la vie de cette femme est une vraie descente aux enfers où jamais rien de s'arrange. Même quand en apparence il y a du mieux ce n'est que pour présager le pire.
Une femme pourtant sans défaut ; vive, joyeuse, dévote, prude, belle, pure dans ses intentions... qui ne doit son malheur qu'à un soupçon de naïveté et à la méchanceté d'un homme.
Il y a un grand désir de justice inassouvi jusqu'à la fin du roman... et c'est peut-être çà qui me dérange le plus.


Associé à cela, le roman traite beaucoup de religion et de dévotion religieuse (les rares longueurs y trouvent leur compte), au point que l'absence de morale finale est presque insupportable. Après une telle succession de malheurs, de déchéances on est tellement pris de pitié pour Tess qu'on espère une rédemption, un soulagement.
L'héroïne est apaisée, mais pas vraiment le lecteur qui reste plongé dans le tragique de cette vie gâchée.


Tess d'Uberville est un roman fort, d'une autre époque indéniablement mais dans laquelle il est bon de se replonger pour le style tout d'abord mais dans ce cas aussi pour la cause féminine toute entière. Je ne me considère pas comme féministe et pourtant il me semble que par certains points ce roman l'est : il nous livre la vie d'une femme soumis à l'injustice de sa condition, et qui par la faute d'une maltraitance masculine aura une vie véritablement tragique.



Thomas Hardy, Tess d'Urberville

3/14

samedi 29 août 2009

Jane Eyre

La jeune Jane est recueillie dès son plus âge par son oncle fortuné. Sa tante et ses cousins ne la considéreront jamais autrement que comme une pauvresse à leur service, elle ne tendra qu'à s'en libérer.
Ce changement de vie vécu avec humilité et son caractère soumis et conciliant font de Jane une femme douce, cultivée mais aussi craintive destinée au professorat.
Sa rencontre avec Mr. Rochester, son premier employeur particulier, sera un retour en prison, sous une forme pourtant différente après une liberté à peine savourée.
Jane devra choisir entre sa nature et ses désirs, son éducation et son coeur...
Jane Eyre pourrait être notre petite Cosette. Sa jeunesse est une succession de malheurs, d'humiliations, d'injustices et de contraintes qu'elle tente pourtant d'affronter de front.
On s'attache vraiment à cette jeune femme qui malgré tout reste naïve et vertueuse, ses pensées plus intimes nous démontrant toutefois un fort caractère et une rébellion intérieure.

L'écriture de Charlotte Brontë est lisse et sait se faire oublier pour se livrer uniquement à son intrigue. Inspirée d'une histoire vraie, celle-ci sait mettre en oeuvre tous les procédés de suspens, de rebondissements et principalement d'apitoiement du lecteur pour donner du relief à sa prose.
On sent tout de même que la valeur dramatique du fait divers est décuplée par l'auteure qui semble prendre plaisir à faire de la vie de Jane un enfer où à peine s'approche le bonheur qu'un évènement vient lui briser.

L'ensemble est prenant et émouvant. Le personnage de Jane est un personnage féminin marquant, symbole de droiture et de moralité, mais aussi femme libre et insoumise.
Un seul regret peut-être au niveau de la fin qui manque un peu de subtilité dans son déroulement et laisse deviner au lecteur nombres d'éléments bien des pages auparavant !
Un sacré coup de coeur tout de même :)



Charlotte Brontë, Jane Eyre




5/5
COMPLETED !!!




2/14


Brontë

samedi 21 février 2009

Orgueil et Préjugés

Pour quelques temps, je retourne à mes classiques, envie d'une période de relecture pour redécouvrir avec mes yeux d'adultes tout simplement.
Je vous ferais donc part, en supplément, des différences que j'ai pu ressentir entre mon souvenir de première lecture et la récente.


La famille Bennet compte 5 filles, ce qui suscite toute l'inquiétude de la mère Mrs. Bennet pour leur assurer à toute un mariage et le meilleur possible.
L'excitation est donc à son comble quand arrive un riche célibataire dans le voisinage auquel Mrs. Bennet est bien décidé à marier l'une de ses filles.
Les deux ainées, Jane et Elisabeth sont deux jeunes femmes romantiques, au charme incontestable bien qu'aussi différents que leurs tempéraments, soucieuses l'une de l'autre et confidentes avisées.
La famille Bennet est une vraie famille, et on rentre dans ce roman comme un membre invisible. Rien ne nous est épargné de leur vie de famille agitée (et avec 5 filles dont 2 particulièrement typiques des adolescentes rien d'étonnant à cela) et des complicités qui règnent entre les différents personnages.
Le portrait de chacun d'eux est donc très complet, au point qu'on se les imagine sans peine et qu'on anticipe même en fin de roman leurs réactions. Bien que par moment on puisse trouver certains traits de caractères grossis et quelque peu caricaturaux, le tout reste léger et incroyablement réaliste.
Outre le couple Bennet qui prête bien souvent à rire (les dialogues entre Mr. Bennet et Mrs Bennet sont à mon sens les plus drôles du roman), le duo central de la famille est sans aucun doute possible celui de Jane et Lizzie, les deux ainées qui vont vivre leurs premiers amours.
Lizzie est le personnage fort du roman est aussi le plus réussi : femme courageuse, à l'esprit libre et à l'intelligence vive, ses réflexions et ses répliques sont admirablement construites, acerbes ou piquantes ! Un petit délice.

Ce sont justement ces traits de caractères marqués chez chaque protagoniste qui vont créer le déroulement des différents événements qui les concernent. Lizzie par son jugement tranché et sa fierté va manquer de gâcher sa romance, Jane par sa nature réservée manque de perdre son amour, Mrs Bennet par son empressement à marier ses filles et son côté expressif ridiculisera par moment sa famille, Mr Bennet étant trop peu autoritaire entrainera l'incident avec Lydia, Charlotte plus réaliste et matérialiste que Jane épousera Mr. Collins...

Ce roman, bien que d'apparence léger est d'une construction remarquable et très travaillée. Les personnages sont tous dotés d'une psychologie affirmée qui va fortement influer sur le cours des évènements. La figure centrale de Lizzie est une idole de féminité et de caractère affirmé, elle ne peut que séduire : une véritable héroïne. Le tout est saupoudré de dialogues exquis, où chaque mot est délicatement choisi, et nombre de répliques restent marquées dans l'esprit du lecteur.
Ma première lecture est assez proche au niveau du ressenti, même en connaissant le dénouement, on est suspendu aux mots, haletants. J'ai retrouvé avec plaisir Lizzie et Mr. Bennet (je l'adore tout simplement ! ses répliques sont drôles et cinglantes au possible), par contre j'ai découvert la vraie méchante du livre : Miss Bingley. Je ne me rappelais vraiment pas qu'elle pouvait être si hautaine et cassante (surtout au niveau des dialogues).

Un roman à lire et à relire (je le relirai encore sûrement), une vraie perle intemporelle de la littérature.

"[Jane Austen] parle aux femmes d'une façon que les hommes ne comprendront jamais"

Paul Webster


Je ne peux trouver meilleure définition à ce roman.



Jane Austen, Orgueil et Préjugés

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