Perdre une Plume

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samedi 12 avril 2014

Vieux, râleur et suicidaire : la vie selon Ove

« Ove et le chat se sont rencontrés un matin à six heures moins cinq. Le chat a détesté Ove sur-le-champ. Le sentiment était plus que réciproque »

Dans le lotissement où il vit depuis quarante ans, Ove est connu pour être un râleur de la pire espèce. Mais depuis qu'il est sans travail, il se sent seul et inutile. Il erre dans sa maison, fait des rondes de quartier pour relever les infractions des habitants. Jusqu'au jour où, las de cette routine, il décide d'en finir. Corde au cou, debout dans le salon, il est prêt à passer à l'acte...
C'est sans compter l'arrivée de nouveaux voisins et d'un chat abandonné. Interrompant involontairement ses tentatives de suicide, ceux-ci vont peu à peu pousser Ove dans ses derniers retranchements et le ramener à la vie !
Tel un chat de gouttière amoché et craintif, à la fois drôle et touchant, Ove réveille l'instinct protecteur qui sommeille en chacun de nous. Mais attention, il griffe !

Avec un quatrième de couverture aussi alléchant je ne pouvais que succomber... Je crois que je deviens comme Perceval : moi aussi j'ai un faible pour les vieux :)

Et si on conjugue histoire de vieux avec écrivain suédois (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?), le cocktail est juste jubilatoire !
On n'a pourtant là rien de bien extraordinaire : un vieux dans un lotissement qui râle et enquiquine tout le monde... Et c'est justement cet ordinaire là que Backman va sublimer pour finalement en faire une histoire riche en détails de la vie de tous les jours, d'anecdotes et de fous rires.

A l'inverse du chat j'ai adoré Ove très rapidement (le chat aussi d'ailleurs m'a conquis), le côté bourru et habile de ses mains avec un avis tranché sur tout mais fondamentalement gentil si on gratte un peu m'a rappelé un proche (exactement le même et je suis sûre que ça arrivera à d'autres lecteurs !).
Partant de là on connait peu son histoire, seules ses mauvaises habitudes et galeries sont mises en avant. C'est peu à peu que le voile se lève, c'est assez subtil par moment, les détails toujours les détails, et moins à d'autres lors de vrais retours en arrière narratif.
Au final cette construction est efficace et agréable. Les récits au passé sont touchants et loin de venir alourdir la narration l'enrichissent considérablement.

Le ton aide aussi. L'humour est le vrai fil conducteur du roman ; c'est léger souvent, déjanté parfois, on se moque à tour de bras....
Bien évidemment la vieillesse ce n'est pas toujours amusant, il y a aussi la solitude, l'incompréhension d'un monde qui change etc... mais jamais Backman ne fait dans le larmoyant, c'est juste bien dosé.

On a également foule de personnage, j'ai envie de dire tous aussi timbrés les uns que les autres mais ce serait faux en un sens, disons juste qu'ils sont entiers, atypiques et assument cette petite graine de folie qu'on a tous...

Que vous dire de plus ? Je me suis juste régalée avec ce roman et je suivrai ce Backman de près.



Merci à Babelio et aux éditions Les Presses de la cité pour cette lecture.

Fredrik Backman, Vieux, râleur et suicidaire

lundi 31 mars 2014

Schroder

Erik Schroder attend de passer en jugement. Conseillé par son avocat, il se décide à coucher sur le papier une confession, pour Laura, son ex-femme, pour les jurés, pour lui-même. Et les souvenirs affluent… Son arrivée en Amérique à cinq ans, seul avec son père, et sa décision de laisser pour toujours le passé derrière lui. Son mariage avec Laura, la naissance de Meadow, puis la séparation et la lutte pour obtenir un droit de garde. Et cette journée au lac entre père et fille, moment privilégié tant attendu et vite transformé en escapade innocente, pour grappiller quelques heures, quelques jours. Dire enfin à Meadow qui est son père, et qui elle est, elle. Mais quel est ce secret que Schroder a caché à sa propre fille ? Qui est-il véritablement et comment a-t-il pu commettre pareille folie ?

Un roman confession assez touchant où le narrateur se dévoile peu à peu au fil de son mea culpa...

C'est donc le récit d'un homme qui cherche à comprendre son erreur, un récit empreint de regret au sujet d'un mariage raté, d'un amour perdu et d'une séparation douloureuse avec son enfant.
On comprend assez vite que sa propre enfance est en jeu et qu'un secret enfoui le ronge, que cet ensemble est au cœur même de l'amour paternel et puissant qu'il voue à sa fille au point qu'il ne peut se résoudre à en être séparé et qui le conduit au choix fatal.

On a déjà lu sur la thématique de la duplicité, de la double-identité, du rapt parental et pourtant Schroder se laisse lire sans aucun sentiment de déjà-vu.
Le narrateur est tour à tour père aimant, enfant allemand en fuite, amoureux tendre et jeune marié, orphelin de sa mère, homme pris au piège et rongé par le doute...
Au point que même si sa culpabilité est flagrante on n'a finalement peu à cœur de le condamner pour ses actes et que la séparation s'avère assez déchirante pour le lecteur.

Il ne s'agit toutefois pas de cautionner le rapt parental, loin de là, Erik Schroder le premier se reconnaît coupable même si ses intentions n'étaient pas véritablement préméditées. Il explique juste comment une après-midi de liberté volée s'est transformée en jours et en une aventure de moins en moins innocente.

Si j'ai été touchée par le récit de cet homme pris au jeu de ses propres mensonges et par son amour pour sa fille, j'ai cependant gardé un certain détachement envers le récit.
Pour un genre qui se veut "confession au fil de la plume" j'ai trouvé l'ensemble bien trop travaillé et littéraire, les références et commentaires en bas de page alourdissent la lecture, c'est dommage même si c'est là le seul véritable point négatif à mes yeux.

Au final c'est un roman assez triste, la fin de l'aventure est un crève-cœur et l'empathie que l'on ressent pour ce père à la fois menteur et kidnappeur est dérangeante mais bien menée.



Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour cette lecture.

Amity Gaige, Schroder

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lundi 10 mars 2014

Dis-lui que je l'attends

Satoshi, bientôt trentenaire, est propriétaire d'une boutique de plantes aquatiques. Il peine à trouver le grand amour et reste hanté par le souvenir de ses deux amis d'enfance qu'il n'a pas revus depuis quinze ans. Un jour, une actrice et mannequin reconnue sonne à la porte : elle cherche un petit boulot et un toit pour la nuit. Satoshi est troublé : pourquoi cette jeune femme s'intéresse-t-elle à lui ? Et pourquoi ne la voit-il jamais dormir ? Quels secrets la belle peut-elle bien cacher ? Avec Takuji Ichikawa, les souvenirs remontent à la surface et viennent bouleverser le quotidien. Il dépeint des histoires d'amour et d'amitié avec humour et délicatesse dans ce roman poétique et plein de fantaisie.

J'ai un faible pour les romans asiatiques ce n'est pas nouveau, il y a quelque chose dans cette retenue émotionnelle, le sens du silence et la relation à la nature qui font écho chez moi, ça n'a pas manqué avec cette lecture.

Ajoutons qu'on y traite aussi de nostalgie et de l'enfance, d'une amitié profonde et touchante qui se déroule au fur et à mesure qu'avance le présent jusqu'à se fondre avec lui tout en douceur et naturel.
Ichikawa écrit bien, sans précipitation et sans fioriture, il faut juste s'adapter au départ à ses allers-retours dans le temps qui ne sont pas toujours évidents.
Ses personnages sont plein de charme, il réussi à leur donner une vraie consistance. Au point que arrivé au point tournant du récit, cette petite pointe de fantastique semble un moment incongrue (enfin j'ai eu cette sensation pour ma part !) mais le sentiment s'estompe assez vite au final.

Que vous dire de plus ? Comme souvent avec la littérature asiatique c'est plus une affaire de ressenti et d'apaisement qu'autre chose. C'est un roman apaisant dont on ressort comme d'un rêve léger et un peu étrange.
J'ai personnellement passé un bon moment parce que cette culture me parle, les lecteurs ayant apprécié Un cri au centre du monde de Katayama ou encore Murakami (notamment 1Q84) y trouveront leur compte !



Merci à Babelio et aux éditions Flammarion pour cette lecture !

Takuji Ichikawa, Dis-lui que je l'attends

***Cité dans l'article***
Un cri d'amour au centre du monde, Kyoichi Katayama
1Q84, Haruki Murakami

1Q84, Haruki Murakami

Dis-lui que je l\'attends par Takuji Ichikawa
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samedi 1 février 2014

La meute du Phénix, Tome 1

Incapable de se transformer en louve, Taryn Warner a toujours été méprisée par sa meute malgré son puissant don de guérison. Quand son père décide de l'unir de force à Roscoe Weston un Alpha violent et dominateur qui lui promet de la briser, Taryn refuse de se soumettre. C'est alors que Trey Coleman, dangereux Alpha connu pour sa sauvagerie, lui propose un marché : s'unir temporairement - à lui. Il y gagnerait une alliance et elle sa liberté. Mais faire semblant comporte aussi des risques. D'autant que leur attirance l'un pour l'autre semble hors de contrôle.

J'avais croisé quelques commentaires sympas sur cette nouvelle saga, le dernier Masse Critique de Babelio a été l'occasion de céder à la curiosité et celle-ci a été plus que heureuse au final !

Parce que je me suis littéralement régalée avec ce roman d'urban fantasy / romance, un peu comme lors de ma découverte de Mercy Thompson ou Charley Davidson.
Et pourtant ce n'était pas gagné, Briggs a placé la barre haute en ce qui concerne les loups-garous et je ne m'attendais au mieux à du déjà vu...

Il faut que reconnaître que sur cette part là Wright reprend beaucoup et innove peu. Elle amalgame pas mal de principes de bit-lit / urban fantasy pour en faire autre chose et ça fonctionne. Ce n'est pas là que réside le véritable intérêt du roman.
Là où elle brille c'est par ses personnages, et surtout Taryn. Mon dieu que j'ai adoré ce personnage, un coup de foudre ! Elle m'a fait rire comme rarement !

Honnêtement le monde fantastique est déjà vu, la romance n'invente rien ou presque et ce personnage sauve le roman pour en faire un coup de coeur.
Elle a un fort caractère, une répartie incroyable et un humour dévastateur. Je me suis régalée à lire les échanges (parfois même carrément vulgaires vous serez prévenu !) avec les autres personnages entre deux éclats de rire (d'ailleurs mon homme me regarde bizarrement depuis, rire en lisant mais quelle idée !).

Il y a également un bon rythme au niveau de l'intrigue mais c'est généralement le cas avec le genre qui ne s'expose pas véritablement aux lenteurs.
On a également le personnage masculin avec son caractère bourru qu'on apprend à apprécier au fur et à mesure de la lecture (même si vraiment des fois il mériterait bien quelques taquets derrière la tête façon Gibbs), et à eux deux ils effacent un peu les personnages secondaires. Ils sont présents et notamment la grand-mère, Tao et Dante mais en gravitation autour du couple qui occupe toute la scène.

En résumé j'ai adoré pour le personnage de Taryn qui est vraiment atypique et attachant. Pour le reste pas grand chose à signaler et peu de surprises.
Du coup je me demande si je lirai le suivant ; on change apparemment de personnages principaux même si on reste dans le même lieu et la même meute. J'ai peur qu'en se concentrant sur un autre personnage j'y perde mon intérêt...



Merci à Babelio et aux éditionsBragelonne (Milady) pour cette lecture !

Suzanne Wright, La meute du phénix, Tome 1 : Trey Coleman

mardi 5 novembre 2013

Cavale héroïque

En s'engageant sur un coup de tête à la Milice Française, Henri de la Roche n'avait pas imaginé combien ses futurs collègues étaient aussi violemment imbéciles et qu'il serait contraint de manger du cassoulet plusieurs fois par semaine. Sinon, le jeune esthète et idéaliste, à l'humanisme éloigné du national-socialisme, plus porté sur la diététique de Lord Byron que sur les recettes de Castelnaudary et de Toulouse, aurait accepté l'invitation de ses amis résistants à les rejoindre dans le maquis. D'autant que l'on ne déserte pas de la Milice à moins d'en assumer les lourdes conséquences. À commencer par être séparé de Françoise, sa jeune et douce fiancée qu'il n'aura de cesse de retrouver tout au long d'un long périple mouvementé qui conduira Henri, de Paris à Berlin, jusqu'à Buenos Aires devenu terre d'asile pour nazis en fuite. Une odyssée dans la quelle le jeune dilettante rencontrera, aux hasards de ses tribulations, des personnages aussi emblématiques de son époque mouvementée que Coco Chanel, Joseph Darnand, Elisabeth Lee Miller, Adolf Hitler, Eva Braun, Juan Perón et Evita.

J'aime assez les romans de ce genre, qui allie contexte historique, loufoqueries et situations absurdes ; c'est donc avec plaisir que je me suis portée volontaire pour cette édition spéciale de Masse Critique.

Et je ressors globalement satisfaite de cette lecture.
J'ai vraiment savouré le parcours de ce jeune homme et les rebondissements rocambolesques de ses frasques sur fond de Seconde Guerre Mondiale.
On croise toute une série de grands noms, un peu à la manière Du vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.

Là où j'ai eu un peu plus de mal c'est avec le personnage principal, son côté dandy insouciant et plus esthète que militant a fini par m'agacer légèrement !
Ajoutons que la plume de Tran est très travaillée, on cherche le bon mot et bien souvent le jeu de mot. On tombe dans le trop plus d'une fois et ces effets alourdissent le texte par moment mais tout autant qu'on en sourit à d'autres toutefois ; l'ensemble laisse un sentiment de "mal dosé" et de surenchère.

Le contexte historique est quant à lui (toute loufoquerie à part) vraiment bien exploité, c'est riche et documenté, plus que sérieux et c'est très appréciable.

Le rythme de lecture est assez soutenu, peu de temps morts et on file de péripéties en péripéties sans souffler.
Le roman se lit donc vite et se referme sans regrets sur une conclusion assez évidente mais convaincante !

En résumé c'est un roman sympathique que nous livre Edmond Tran. Les lecteurs appréciant les romans loufoques et les fanas de la Seconde Guerre Mondiale y trouveront leur compte, si tant est qu'il surmonte les quelques lourdeurs de style qui parasitent un peu le récit par moment.



Merci à Babelio et aux éditions Stéphane Million pour cette lecture !

Edmond Tran, Cavale héroïque

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mardi 6 août 2013

Locke & Key Tome 3 : La couronne des ombres

Le romancier à succès Joe Hill et le dessinateur prodige Gabriel Rodriguez vous offrent la suite de leur envoûtante et crépusculaire saga !

Et si surmonter ses peurs était aussi simple que de tourner une clé dans une serrure ? Les Ténèbres se referment sur Keyhouse. Dodge poursuit son insatiable quête des mystérieuses clés de pouvoir et est prêt à tout pour les obtenir. Y compris à torturer ses anciens alliés et à assassiner ses ennemis.
Assiégés et isolés Bode, Tyler et Kinsey vont devoir mener seuls un combat désespéré pour leur survie.

Eisner Award 2011 du meilleur scénario.
Multinominé aux Eisner Awards en 2009, 2010 et 2011.

Avant de me concentrer sur ce troisième tome je vais vous parler plus généralement de cette saga puisque je ne l'avais pas encore évoqué ici.

Locke & Key c'est du très bon comics, celui qui allie à la fois qualité graphique et vrai scénario à l'image du duo d'auteurs derrière cette petite pépite.
La trame reflète une véritable ambiance, suspens et tension sont souvent palpables, on se surprend parfois à retenir son souffle le temps de quelques cases !

Au niveau du fond on a pour base un vieux secret familial, un inventeur un peu fou et un vieux manoir. Un petit côté steampunk avec cette histoire de clé qui n'est pas pour me déplaire (et puis j'adore les journaux de bord qui reprennent la liste des clés déjà vues en fin de tome).
L'intrigue se déroule de nos jours, dans cette même famille qui n'est pas au mieux de sa forme et où les trois enfants doivent pas mal se débrouiller seuls, c'est par eux également que resurgit cette vieille histoire des clés de pouvoir.

Ajoutons que Milady rend hommage à la saga avec une belle édition cartonnée et un papier très agréable, on est bien loin des comics format demi-magazine de mon époque qu'on gardait sous film tellement ils étaient fragiles !

Dans ce troisième tome plus particulièrement Dodge met la main sur la couronne des ombres et lance une attaque sur le manoir afin d'extorquer de nouvelles clés aux enfants Locke. J'ai adoré ce nouvel objet et sa mise en scène graphique, vraiment bien trouvé !
On a également une intrigue parallèle avec des jeunes enfermés et en péril dans une grotte angoissante et une madame Locke toujours aussi loque :p

C'est donc un sans faute pour cette saga, amateurs de fantastique / angoisse / steampunk vous ne pouvez pas passer à côté !
Ma seule déception : je trouve chaque épisode bien trop court !



Merci à Babelio et aux éditionsMilady (Graphics) pour cette lecture !

Joe Hill & Gabriel Rodriguez, Locke & Key, Tome 3 : La couronne des ombres

mercredi 5 juin 2013

[BD]Elric Tome 1 : Le trône de rubis

Empereur de l’antique île aux Dragons de Melniboné, Elric, albinos et malade, règne sur un peuple plurimillénaire à la puissance héritée des dieux. Mais sa santé fragile l’oblige à user de drogues et de magie pour survivre. Son cousin Yyrkoon, qui méprise ces faiblesses, tente de remettre en cause sa légitimité à posséder le trône de rubis. Apprenant qu’une attaque de pirates sanguinaires se prépare, Elric saisit l’occasion pour tenter de restaurer son autorité. Il va révéler ainsi une personnalité complexe, mais aussi son allégeance aux sombres desseins d’Arioch, le plus puissant des Seigneurs du Chaos…

Découvrez l’adaptation en bande dessinée de la célèbre saga d’Elric de Melniboné ! Né sous la plume du Britannique Michael Moorcock en 1955, cet antihéros décadent empreint d’un romantisme tragique – alors rare dans l’heroic-fantasy – est aujourd’hui une référence incontournable du genre aux côtés de Conan le Barbare et du Seigneur des anneaux. La saga d’Elric a été depuis plus de cinquante ans déclinée à de multiples occasions en littérature, bande dessinée (pour la première fois par Philippe Druillet en 1969 !), comics, jeux vidéo, jeux de rôle… Épique, gothique, démesurée, ensorcelante, cette nouvelle adaptation 100 % française, somptueusement mise en images par Didier Poli et Robin Recht, a reçu l’approbation enthousiaste de Michael Moorcock lui-même et est déjà vendue dans les pays anglo-saxons avant même d’avoir été publiée dans l’Hexagon.

Elric fait partie de ces héros quasi mythique de la littérature fantasy, je ne m'étais pas encore attaqué à Moorcock malgré la récente réédition préférant terminer mes gros cycles en cours (Drizzt la légende de Salvatore notamment).
C'est donc avec plaisir que j'ai fait connaissance en mode graphique avec ce héros intriguant !

Qu'en dire au final ?
L'album en soi déjà est un très bel objet, et quand on parle bédé ce n'est pas rien. On sent le travail respectueux et de qualité, le sens du détail, l'hommage rendu.
La bédé offre donc de belles pages, aux dimensions imposantes. On est au large dans les cases qui laissent place aux détails et aux plans larges avec un bon rendu.

Ajoutons que cette première édition se referme sur un portfolio en supplément, les auteurs nous livrent leurs essais et travaux de recherche autour des personnages et décors ; très enrichissant !

Au niveau de l'intrigue, ce premier tome est plus une mise en bouche. On découvre l'univers et les personnages, leurs interactions. Elric au centre bien sûr mais aussi sa femme (soutien dans l'ombre et personnage fort que j'ai beaucoup apprécié) et le méchant cousin (uhuh).
J'ai souvent pensé à Drizzt au cours de cette lecture : le peuple d'Elric et ses coutumes sont rudes, décadentes sans aucune place pour la pitié ou les faibles, et pour le côté anti-héros du personnage principal qui colle peu avec l'univers et est en dehors de la norme.
L'intrigue n'a toutefois pas grand chose en commun mais si vous avez aimé le personnage de Salvatore je vous le conseille d'autant plus.

L'aspect fantastique s'amorce arrivé en fin de volume avec l'entrée en scène d'un démon, on a certes eu un léger aperçu de la magie d'Elric en milieu de tome mais là c'est plus spectaculaire et donne envie de connaître la suite !

En résumé c'est un très bel objet que cette adaptation française d'Elric, ce premier tome est impeccable d'un point de vue graphisme.
C'est un peu plus léger au niveau du contenu, on arrive vite au bout sans avoir eu grand chose à se mettre sous la dent, j'aurai apprécié un peu plus de fond ou alors quelques pages de plus ? On reste un peu trop dans l'introduction à mon goût, dommage !
En tout cas maintenant que c'est fait j'attendrai davantage du prochain tome :)



Merci à Babelio et aux éditions Glénat pour cette lecture !

Julien Blondel & Didier Poli & Co, Elric tome 1



vendredi 12 avril 2013

L'étoile et la vieille

D'un côté, une étoile de la variété française, qui brille encore à chacune de ses apparitions, malgré les années et les nouvelles musiques qui l'ont ringardisée.
De l'autre, un « metteur » du théâtre savant, à mille lieux de l'univers populaire de l'étoile.
Aucune chance que ces deux-là se rencontrent, et pourtant...
« L’étoile et la vieille », c’est l’histoire des dernières répétitions d’une artiste, d’une star très célèbre qui ne sait pas qu’elle ne brille plus. Mais comme toutes les étoiles, elle va s’éteindre, dans une explosion.
Un artiste meurt toujours une première fois avant de mourir physiquement.

Avec « L’étoile et la vieille » Michel Rostain a magnifiquement transformé l’essai de son premier roman. Il nous offre là un texte subtil, magnifique sur la vieillesse, la gloire, l’obstination à durer, porté par une plume littéraire, érudite, vivante.

Il est vraiment difficile pour moi de rédiger cette chronique, je me suis noyée en cours de route avec ce roman.

La première partie de mise en place est plus que lente, on s'ennuie un peu et surgit aussi un aparté assez étrange de l'auteur pour lequel le moment m'a semblé maladroit, presque inopportun !
Généralement quand on commence comme ça c'est déjà mauvais signe, mais il m'est arrivé souvent de revenir sur cette première sensation de lecture par la suite...

Je ne me suis pas ennuyée tout du long, soyons honnête. Ça s'améliore ensuite, on a même une certaine tension qui nait et qui permet de tenir bon.
Ce qui m'a véritablement perdue c'est le style. Personnellement j'ai été noyée sous les digressions et extrapolations du metteur en scène, j'ai vraiment du lutter pour m'accrocher au récit et tenir le cap mais je me suis lassée de fournir tant d'efforts pour peu de récompense.
Il y a toutefois de jolis mots par moment, une phrase surgit comme une étoile filante et elle laisse un goût de trop peu...

Ajoutons que le fond lui non plus ne m'a pas vraiment convaincu. Je n'ai pas adhéré à ce coup du cœur violent et improbable du metteur en scène pour la star désuète, Odette ne m'a pas touché plus que ça.

Plus qu'un véritable désamour c'est donc un rendez-vous raté pour moi que ce L'étoile et la vieille.
Nombre de lecteurs lui ont trouvé du charme et une musicalité agréable, dommage que je me sois laissée parasiter par la forme alors !



Merci à Babelio et aux éditionsKero pour cette lecture !

Michel Rostain, L'étoile et la vieille

mercredi 27 février 2013

80 Notes de jaune

Enfermée dans une relation peu épanouissante, Summer trouve refuge dans la musique et joue Les Quatre Saisons de Vivaldi dans le métro londonien. Lorsque son violon est détruit, la jeune femme reçoit une offre étonnante: Dominik, séduisant professeur d’université à la sensualité débordante, se propose de lui offrir un nouveau violon en échange d’un concert privé. C’est le début d’une relation tumultueuse, placée sous le signe de la soumission. Summer a tôt fait de découvrir de nouvelles formes de plaisir…

Un roman au titre évocateur (et sûrement aussi un peu moqueur) qui ramène la saga Fifty Shades à ce qu'elle est : une romance érotique très soft.
Clairement avec ce 80 Notes de jaune c'est bien plus débridé, on aborde les fantasmes et le plaisir sexuel sans tabou et surtout sans enrobage mielleux ou métaphore, sans fioriture et de manière assez abrupte.

Clairement, je me lasse de cette vague porno-érotique pour femme. C'était amusant au départ, assez sain même dans la démarche mais j'ai l'impression que cette marketisation à outrance pousse un peu à la surenchère ; c'est à qui fera le plus torride, le plus choquant, le plus original, le plus mal écrit, le plus de pratiques diverses... 80 Notes de jaune franchit donc encore un palier dans cette surenchère, ajoutant du bon et du moins bon au genre.

On ne pourra pas reprocher à Vina Jackson (ou tout du moins aux deux auteurs cachés sous le pseudo) de jouer sur les mots, une bite est une bite point. On échappe donc aux ridicules phrases alambiquées qui tournent autour du pot et qui veulent jouer de poésie déplacée comme c'est bien souvent le cas dans ce genre de roman.
En même temps cette écriture qui va droit au but donne un aspect plus dur et aussi bien moins romantique au roman.

Il faut dire que 80 Notes de jaune fait peu dans le sentiment, on est plus dans le désir, l'anticipation et le fantasme que dans l'émotion.
La plupart des scènes de sexe en sont d'ailleurs totalement dépourvues et je dirai même que c'est tant mieux parce que sinon ça ferait désordre aux vues des pratiques évoquées. Parce qu'on parle bien ici de véritable soumission, celle bien au-delà du jeu, et aussi dans ce qu'elle peut avoir de terrible aux yeux d'un non-initié.

La narration elle aussi a opté pour un autre mode, on alterne à chaque chapitre entre les voix de Summer et de Dominik. Je dois dire que c'est plus que plaisant d'avoir pour une fois le point de vue d'un homme, ses désirs et sa façon d'appréhender les choses. Gros plus à mes yeux !

Cependant bien que je m'incline devant l'intelligence de traitement du sujet BDSM et devant la qualité d'écriture je n'ai pas pris plaisir à lire ce roman (et ce sans jeu de mot mal placé !).
J'ai souvent pensé à Despentes en cours de lecture ; lors de ces descriptions rudes et presque chirurgicales, à travers ce regard détaché et viril qui quelque part met les choses à nu mais sous une lumière crue qui en même temps les dégrade et leur fait perdre toute beauté ou sensualité... C'est assez difficile à expliquer au final. Disons que je ne lis pas ce genre de roman dans ce but, je m'attends avant tout à une histoire et que là par moment je l'ai perdu de vue entre deux amas de chair orgiaques et cette fille un peu paumée au milieu qui se laisse avilir parce qu'elle aime ça.
Âmes sensibles et jeunes vierges effarouchées s'abstenir !

En résumé 80 Notes de jaune traite avec honnêteté et sans fioritures des pratiques BDSM jusque dans leurs aspects les plus rudes. L'ensemble est servi par une écriture efficace quoique parfois très crue et une narration à double voix qui alterne entre les deux protagonistes, féminin et masculin, ce qui est plus qu'appréciable.
Toutefois le récit est vraiment rude et ne m'a pas apporté ce que je peux attendre d'une romance (qu'elle soit érotique ou non) ; bien qu'il y ait de l'empathie (je me suis inquiétée plus d'une fois pour Summer) et que je me sois prise au récit au départ, le détachement des personnages tout comme les choix narratifs m'ont moi aussi fait prendre du recul vis à vis de ma lecture au fur et à mesure de la déchéance de l'héroïne.
Bilan final j'ai eu hâte d'en finir et je ne me suis pas évadée avec ce roman. Je passe mon tour sur cette saga !



Merci à Babelioet aux éditions Milady pour cette lecture !

Vina Jackson, 80 Notes de jaune

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lundi 25 février 2013

Saratoga Woods

Découvrez Becca King, la nouvelle héroïne d’Elizabeth George !

Depuis toute petite, Hannah Armstrong entend des murmures. Ils sont en fait des bribes de pensées des gens se tenant près d’elle. Un jour, elle surprend le monologue intérieur de son beau-père et comprend qu’il vient d’assassiner son associé. Dès lors, sa mère, Laurel, la pousse à fuir. Elle l’envoie sous la nouvelle identité de Rebecca Dolores King sur l’île de Whitbey, où une vieille amie doit la recueillir.

Mais, quand elle arrive, l’amie en question est morte et le téléphone portable de Becca, son seul lien avec sa mère, ne passe nulle part. Plus seule que jamais, Becca fait pourtant des rencontres décisives : Seth, garçon à la mauvaise réputation, Debbie, gérante d’un motel décrépi, et Derric, star de son nouveau lycée, qui la prend sous son aile. Alors que Becca pense être à l’abri, la jeune fille comprend que ses nouveaux « amis » lui cachent des choses et que cette île n’a rien de paisible...

Je découvre Elizabeth George avec ce premier tome de sa nouvelle saga plus orientée jeunesse semble-t-il que ce dont elle a l'habitude.

Je ne suis pas une grande spécialiste du thriller mais mêlé à des aspects fantastiques je suis assez fan (pour l'exemple je m'étais régalée avec Harper Connelly).
Ici c'est bien dosé, on a à la fois une intrigue de fond au sujet de Hannah qui doit même changer d'identité, ses capacités psychiques pour la part fantastique et enfin une intrigue de tome qui se déroule sur l'île.

Pour autant le rythme et l'intérêt sont assez inégaux et c'est le seul véritable point qui m'ait dérangé.
L'héroïne Becca et sa capacité à entendre les pensées des gens est vraiment intéressante et on n'a pas de sensation de déjà vu, George s'en sort bien.
De même son arrivée sur l'île et sa rencontre avec les divers habitants sont assez prenants et on plonge vite dans l'ambiance.
Étrangement c'est l'amorce de l'intrigue de tome qui amène les premières lenteurs...

J'ai trouvé qu'au final le don de Becca est peu exploité et que l'enquête en soit n'était pas très prenante (quand l'héroïne passe son temps à se cacher en même temps c'est un peu normal !) et qu'on n'en apprend finalement assez peu sur les fameux secrets des habitants de l'île.
A l'inverse j'ai vraiment apprécié l'ambiance île où tout le monde se connait et la nature très présente. Et le vrai point positif c'est la relation entre Becca et Derric que j'ai trouvé touchante et émouvante.

Arrivée en fin de tome j'étais assez bluffée : le tome s'achève sans que la trame de fond soit résolue ou relancée, Hannah est toujours Becca et on ne sait pas pour combien de temps ni même où est sa mère... En regardant sur le net j'ai été rassurée de voir qu'il ne s'agissait que d'un premier tome mais tout de même j'aurai aimé une petite avancée, une petite révélation, enfin quelque chose quoi ! Là on dirait presque que Becca ne s'en soucie plus, c'est assez étrange.

En résumé il y a du bon et du moins bon dans ce premier tome de la saga Becca King qu'amorce Elizabeth George. Moi qui ne suis pas une grande amatrice de thriller la touche fantastique m'a gagné au récit. Les personnages sont plaisants et réussis, tout comme l'ambiance.
L'intrigue de fond est tout juste amorcée et n'avance pas dans ce tome de mise en place, celle intrinsèque au tome est assez moyenne et connait des problèmes de rythme.
Ce n'est donc pas un coup de cœur ni même un véritable page-turner quoiqu'on passe un moment plaisant. Avec un premier tome il est toujours difficile de jauger de la saga, à la lecture de celui-ci je ne peux vraiment pas en présumer, j'attends donc le second tome pour me faire un avis plus net !



Merci à Babelio et aux éditions Les Presses de la Cité pour cette lecture !

Elizabeth George, Saratoga Woods

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