Perdre une Plume

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Mot-clé - Jury Littéraire Fnac 2011

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mardi 13 septembre 2011

Electrico W

Un photographe, Antonio, retourne à Lisbonne après dix ans d’absence. Il y retrouve le correspondant de son journal, Vincent, le narrateur de ce récit, afin de suivre le procès d’un tueur en série.
Enfant, Antonio a rencontré en une fillette, Canard, l’amour mythique, éternel, celui qui promet de grandir sans jamais s’affadir, mais ce rêve de bonheur s’est déchiré. Vincent a ses raisons, peu avouables de vouloir guérir cette blessure, réparer ce qui s’est brisé, retrouver Canard. Lui qui est si peu doué pour la vie, lui qui n’achève jamais rien de ce qu’il entreprend, veut devenir l’artisan d’un destin inaccompli. Chaque rencontre rapproche du but comme la vague pousse un radeau vers le rivage. Mais il n’est d’horizon qui ne se déplace sans cesse...
Electrico W raconte les neuf jours de cette quête en ce mois de septembre 1985 où la terre trembla à Mexico et où mourut l’écrivain Italo Calvino.
Si les tramways, comme l'Electrico W qui donne son nom au livre, suivent des rails, la vie des hommes obéit à d’autres lois.

Je me rends compte en attaquant cette chronique que je n'ai finalement pas grand chose à dire sur ce roman...
Je l'ai lu avec un plaisir mitigé, assez distant et j'en garde un souvenir assez bon quoique peu mémorable.

Le Tellier est incontestablement un auteur à "ambiance" et celle de ce roman entre la vieille Lisbonne des souvenirs d'Antonio et celle de l'action sont très présentes et ont beaucoup de charme.
À travers ces scènes de rues, les rencontres et descriptions la ville devient attractive tout autant pour le narrateur que pour le lecteur.
Cette ambiance est intimement mêlée à un sentiment de nostalgie, douce amère, qui imprègne les pages de ce roman ; celle de l'enfance, des relations ratées, de l'amour perdu, des erreurs à réparer...

Pour autant l'intrigue en soi n'est pas véritablement marquante. Vincent en bon ami et pour ne pas affronter ses propres erreurs et problèmes tente de régler ceux de son ami Antonio, d'une manière presque malsaine mais sans aller jusqu'à la névrose d'un Harry un ami qui vous veut du bien.
Intervention un peu absurde mais justifiée aux yeux du narrateur et qui amènera aussi d'autres rencontres, hasards etc...

Au final j'ai aimé l'ambiance et les personnages mais l'ensemble manque trop d'épaisseur et d'éléments marquants pour en faire une lecture atypique ou tout du moins un coup de cœur.
C'est un roman qui se laisse lire plus qu'il ne se savoure, qui offre un bon moment mais finalement assez vite oublié...

Sortie le 24 août 2011

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Hervé Le Tellier, Electrico W

lundi 12 septembre 2011

Rouler


"J'ai pris le volant un jour d'été, à treize heures trente." On ne sait pas grand-chose des raisons qui poussent le narrateur à quitter Paris et à rouler en direction de Marseille, ville qui s'est imposée à lui comme un mot plus que comme une destination.
Le seul besoin de fuir ? Ce serait trop simple. N'a-t-il pas plutôt l'intuition que c'est justement en s'en remettant au hasard que la vie peut enfin apporter du neuf ? "La géographie n'a jamais été mon fort", apprendrons-nous plus loin. Avec ce road nove' d'un genre très particulier, Christian Oster signe l'un de ses romans les plus forts.

Un roman difficile à cerner que ce Rouler... Entre hasard et errance je me suis moi aussi perdue en chemin, jusqu'à l'ennui.

C'est pourtant bien écrit, sans aucun doute mais sans plus (pas de quoi s'ébahir loin s'en faut), incomplet trop et trop souvent. Au-delà même du sentiment profond du manque de finalité de l'ensemble, on perd vite le goût du pourquoi, lassé par le côté inachevé ; aussi bien celui des étapes et descriptions et que celui des rencontres.

Je me suis pourtant acharnée, convaincue qu'il allait bien finir par se passer quelque chose au milieu de ses longues descriptions de paysages et de brefs indices sur la vie et les motivations du personnage central. En vain. J'aurai moins perdu mon temps devant les Ch'tis à Ibiza c'est dire.
C'est mou, c'est lent, çà manque d'épaisseur, de rebondissements... bref le vide intersidéral.
Qu'on ne se méprenne pas cependant, je tolère tout à fait qu'un auteur ne me raconte rien pour peu qu'il le raconte bien ; qu'il y mette une dose de génie, de tripes, de beaux phrasés, bref quelque chose !! Mais Christian Oster est avare avec son lecteur, il se contente du minimum aussi côté plume.

Je suis pourtant assez gourmande de road trip, pour leur dépaysement, le goût du voyage, et surtout parce que bien souvent ce genre de récits créent la surprise. Aucun de ces éléments ici. On a la sensation d'un mouvement vain, sans but, long et ennuyeux sans même l'envie d'en voir le terminus.
Il est rare qu'un livre arrive au bout de ma patience, je dois au moins reconnaître cette qualité à celui-là !

En résumé je suis vraiment passée à côté de ce roman dont le seul attrait à mes yeux aurait pu être le hasard des rencontres pour peu que celles-ci donnent matière à quelque chose...

Sortie le 18 août 2011

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Christian Oster, Rouler

samedi 10 septembre 2011

Au commencement la nuit était musique


Vienne, 1777. Une chance inouïe se présente pour le célèbre médecin Mesmer, le premier magnétiseur de l'histoire : on lui amène une jeune prodige du piano – la fille aveugle d'un haut fonctionnaire à la cour. Lorsque Maria Theresa Paradis recouvre une partie de sa vue, l'opinion publique et le milieu médical se déchirent, soupçons et jalousies vont bon train.Des personnages historiques forts, originaux, et une langue moderne, retenue, parfois très poétique, font de ce livre une belle oeuvre sensuelle et musicale.

À une époque où la science et la médecine plus particulièrement ici, tiennent plus du mysticisme que de l'expérimentation et du savoir, la pathologie de la jeune pianiste est incomprise.
Le magnétiseur prodige met tout en œuvre pour aider la jeune fille, contre sa famille bien trop oppressante, envers les critiques du milieu scientifique...
Pourtant, bien que la trame de fond soit centrée sur ces balbutiements de la médecine moderne, ce roman est avant tout celui d'une rencontre. Celle d'un praticien compatissant et clairvoyant et d'une demoiselle fébrile au psychisme malmené.
D'un côté le "docteur" est plus obnubilé par la guérison et le bien-être de sa patiente que par les conséquences d'un succès et la reconnaissance potentielle, de l'autre la peur de guérir tout comme celle de l'échec et l'usure des traitements précédents cicatrisent peu à peu.

Le tout est servi par une écriture sensible, musicale, attachée aux détails, qui s'accorde parfaitement avec l'époque décrite et son art du détour, ses lenteurs aussi... Une plume qui livre des scènes plutôt que des descriptions, sans pour autant donner un sens à chacune d'elles.
Les autres personnages gravitant autour de cette rencontre effleurent les stéréotypes (la femme avare, le médecin bourgeois et pompeux...) et ne sont finalement là que pour donner matière à ce duo central.

La fin elle est plus doux-amère, même si l'on sent bien le changement et l'évolution des deux protagonistes. Walser ne donne pas complètement satisfaction à son lecteur, tout en évitant une fin facile. Elle ne tranche pas en réalité, comme dans le reste du roman on ne sent aucun parti pris, juste un certain regard.

Pour conclure un roman sur fonds historique et scientifique qui donne la part belle au côté humain de la rencontre praticien-patient plutôt qu'à ces deux points fondamentaux de la trame.
J'ai lu, et survolé, cette histoire avec curiosité et amusement mais sans plus.

Sortie le 7 septembre 2011

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Alissa Walser, Au commencement la nuit était musique

vendredi 9 septembre 2011

Mr Peanut

David Pepin a toujours aimé sa femme, Alice. Impossible pour lui de concevoir sa vie sans elle. Pourtant, depuis quelque temps, il rêve de sa mort... Mais peut-on être coupable des rêves que l’on fait ? Le problème, c’est qu’Alice meurt. Réellement. Pour les deux inspecteurs en charge de l’enquête, David apparaît aussi suspect qu’il est désemparé. Le premier, Ward Hastroll, était heureux en mariage jusqu'à ce que sa femme se rende inexplicablement mais volontairement grabataire. Le second, Sam Sheppard, est très sensible au cas du mari présumé coupable, ayant lui-même essuyé quelques déconvenues judiciaires avant d'être blanchi suite à la mort brutale de son épouse. S'appuyant sur leur propre histoire conjugale, il leur devient vite clair, au cours de leur investigation, que le rôle de Pepin ne se limite pas à celui de mari inconsolable... Adam Ross livre un premier roman, hypnotique et intense, en disséquant à travers la genèse de ces trois mariages, la réalité de la vie à deux.

Très belle découverte que ce roman, j'ai tout simplement adoré !
Un traitement atypique mais profondément humain de la relation de couple et du mariage depuis le point de vue masculin.

Le roman est tour à tour léger, drôle, émouvant, saisissant, inquiétant... en résumé à large spectre.
L'intrigue principale (celle de la mort et du possible meurtre d'Alice) est entrecoupée par les récits de couple des deux policiers.
Ce chassé-croisé de flash-back et de scènes de vie à deux ajoutent un côté psychologique attrayant et donnent à l'ensemble un suspens plus que maîtrisé.
Jusqu'au bout on va de surprise en surprise et on guette le dénouement espéré, avant tout celui de cette mort improbable dont personne ne semble saisir le sens.

Et du jour où il avait compris cela, il s'était mis à craindre qu'elle ne reconnût sa propre beauté. Tant qu'elle ne l'aurait pas fait, personne d'autre ne la reconnaîtrait. Et tant que cela durerait, Alice y compris, elle n'aurait jamais suffisamment confiance en elle pour le quitter. Il serait toujours le centre de son monde, la seule personne, penserait-elle qui l'aimait et, par conséquent, tout ce qu'elle saurait jamais de l'amour. Et elle ne le quitterait jamais.

Adam Ross, qui signe ici son premier roman, n'a pas fait les choses à moitié ! C'est riche, intense, bien écrit, bien ficelé, recherché et innovant... J'ai hâte de voir ce qu'il nous livrera par la suite mais il a d'ores et déjà placé la barre bien haut !

Sortie le 1er septembre 2011

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Adam T. Ross, Mr. Peanut

jeudi 25 août 2011

Le bon, la brute, etc.


Bang a un don qui lui donnerait presque envie de mourir, Nao une maladie qui lui donnerait presque envie de vivre.
Ensemble ils décident de partir comme on fuit.
Du Mexique à Bali puis à la Centrafrique le road movie déjanté et tonique d’un duo pour le moins singulier qui, face à la folie du monde, s’invente une conduite de résistance inédite et fatale.

Cette lecture signe ma découverte de Nollet et elle est plutôt bonne je dois le reconnaître !
Nollet a une certaine "fraîcheur" enrobée d'ironie lucide qui donne à son écriture un aspect acidulé que j'ai beaucoup apprécié, et qui offre des passages savoureux !

Elle se pencha pour l'embrasser, la voiture fit une petite embardée de tendresse.
La chance n'est qu'un putain de mot qui a été inventé pour remplacer le talent.

Efficace sans être facile, imagé sans être vulgaire... un bon équilibre.

Pour le roman en lui-même c'est assez loufoque, presque fantastique notamment à travers le don de Bang et pourtant le tout garde une structure réaliste et bien charpentée. Un roman finalement profondément ancré dans le réel, et pas dans ce qu'il a de plus réjouissant et dont les deux protagonistes veulent tenter de s'extraire un peu. Plus échappée belle que road movie à mon sens...
On se laisse facilement entraîner à la suite de ce duo incongru mais j'ai moins été convaincu par leur relation. Reste un certain malaise que Nollet n'éclaircit pas et quelques scènes de sexe maladroites pour combler le vide. Dommage, j'aurai aimé que cette relation ambigüe soit plus travaillée, mieux mise en jeu !

Pour le reste rien à dire, surtout ne pas en dire en trop. Il faut se laisser entraîner par les mots virevoltants de Nollet, par la tristesse de Bang et la fureur de vivre de Nao ; une échappée belle pour le lecteur aussi !
Je me laisserai tenter par son autre roman avec plaisir :)

Sortie le 17 août 2011

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Estelle Nollet, Le bon, la brute, etc.

samedi 21 mai 2011

La bonne nouvelle du jour

Je fais partie du jury littéraire de la Fnac pour la rentrée littéraire de septembre 2011 !! \o/

Plein de lectures en avant-première m'attendent, je suis joie (et je sautille partout depuis ce matin quand le gentil facteur m'a apporté la nouvelle). Et bien sûr je vous emmène avec moi dans cette nouvelle aventure ;)

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