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mardi 13 avril 2010

Mr.Darcy's Diary

Le journal intime du célèbre et mystérieux Darcy !
Quel lecteur d'Orgueil et Préjugés ne rêverait pas de l'avoir entre les mains ? De vivre de l'autre côté cette fabuleuse histoire d'amour ? Mais surtout de lever le voile sur les vrais sentiments et le caractère de ce personnage si peu démonstratif...

Sur conseil de Cécile et toujours dans le cadre de mon challenge Austen, je me penche sur la littérature dérivée en cherchant les publications d'Outre-Manche (et il y en a à foison !).

À la différence de la version Darcy par Aymler, ce livre a un bon niveau d'anglais et même s'il reste somme toute accessible pour un niveau d'anglais moyen, il est légèrement plus difficile pour un lecteur non rôdé à la lecture en VO.
Autre différence ; je reprochais à Aymler d'être trop proche de l'oeuvre originale au point d'en perdre toute créativité, Grange à l'inverse prends des risques et ose donner un vrai point de vue et une belle épaisseur à son personnage.

J'ai aussi été séduite par la forme de journal intime qui est très réussi et s'apparente bien, selon l'idée que j'en ai, au personnage de Darcy pour le style de plume.
C'est donc ravie que j'ai découvert cette version intime de Darcy d'O&P qui semble vraisemblable (dans le sens où elle correspond à l'oeuvre originale) tout en donnant une valeur ajoutée au récit.

Darcy est ici assez tourmenté entre sa raison et ses sentiments, se livre tout en conservant une certaine retenue et s'interroge aussi avant de finalement succomber, rendre les armes et... on connait la suite :p  On envierait presque Elizabeth d'être la cible de tels émois !

Un roman-journal en phase avec Austen et qui apporte une vision complémentaire agréable, qui demandera un petit effort de lecture en version originale, mais une manière bien agréable de travailler un peu son anglais !
(Au passage, Grange a fini de me persuader, j'ai finalement acheté O&P en VO, en français c'est déjà beau mais alors en anglais c'est juste magnifiquement délicieux) (oui rien que çà).



Amanda Grange, Mr. Darcy's Diary




samedi 20 mars 2010

Lost in Austen

Lost In Austen est une mini-fiction inspirée d'Orgueil et Préjugés qui se décline en 4 épisodes d'une quarantaine de minutes.
Initialement diffusée sur ITV on la trouve assez facilement en VO et VOST sur le net.


L'intrigue part d'un postulat assez simpliste : Amanda Price jeune femme londonienne des années 2000, trouve sa vie bien terne et rêve de l'époque d'Austen. La romantique demoiselle a fâcheusement tendance à se replier sur son roman favori, Orgueil et Préjugés, dont elle connaît chaque mot et qu'elle considère comme un modèle à suivre pour sa propre vie notamment en amour (la pauvre fille, comment voulez vous qu'elle soit satisfaite en amour en ayant Darcy pour modèle de compagnon ??).
Sa vie bascule le jour où elle découvre Elizabeth Bennet dans sa salle de bain... Via une porte "magique" les deux jeunes femmes échangent leur place entre fiction romanesque et temps modernes.



Quand on lit çà, la première réaction est "Aïe le massacre" et en fait même pas.
Le résultat n'est pas et ne se veut pas fidèle au roman d'Austen. Pourquoi ? Et bien parce que l'apparition d'Amanda et l'absence d'Elizabeth dans le roman vont tout chambouler. La pauvre Mlle Price, seule à connaître le déroulement officiel de l'intrigue, va avoir bien du mal à maintenir les choses dans l'ordre.

Le résultat est assez étrange je dois dire, puisque assez surprenant, mais on passe un très bon moment. C'est à la fois très drôle et rafraîchissant.
Bien évidemment il faut avoir lu Orgueil et Préjugés (ou bien connaître l'histoire en tout cas, même si c'est au travers des adaptations) pour saisir toutes les situations comiques, les déviations de l'intrigue et les références au roman original.

Pour le côté puriste certains personnages vous paraîtront étranges et parfois peu fidèles au roman (Mrs Bennet par exemple m'a beaucoup surpris, mais si on part du principe que les personnages ont une vie propre en dehors des scènes du roman, pourquoi pas...) mais le résultat est là, et la sauce prends : on s'habitue assez vite aux personnages et acteurs qui les incarnent. Même Darcy qui me paraissait assez décevant au premier épisode a su révéler un certain charme, je l'ai finalement adopté :p



Les décors et costumes sont quant à eux sans défaut, on est bel et bien plongé dans le roman tout comme Amanda. Mais elle la pauvre aura bien du mal à s'y fondre !!

Cadeau bonus, je vous mets même le début du premier épisode (je sais je suis adorable)



vendredi 19 février 2010

Darcy's Story

Darcy, le ténébreux personnage d'Orgueil et Préjugés est un personnage qui reste assez mystérieux.
Ce fabuleux roman d'Austen livre les sentiments et perceptions de Lizzy mais on en sait au final assez peu sur ce qui occupe l'esprit du héros ; c'est cette version de l'histoire qu'a décidé de nous livrer Janet Aylmer.

Je suis toujours à l'affut de matière pour mon challenge Jane Austen et j'ai découvert ce livre chez Cécile. Disponible uniquement en anglais je l'ai finalement trouvé chez Amazon (après moult recherches !).

Il y avait quelques temps que je n'avais pas lu en anglais et je suis bien tombée avec ce roman facile d'accès dont la lecture est fluide et le vocabulaire à portée (je n'ai pas eu besoin de chercher une seule traduction) au point que j'ai même pu l'emmener avec moi dans le métro !
Ne soyez donc pas effrayé(e) par la langue, ce roman n'est vraiment pas difficile.

Pour le reste, je dois dire que ce qui fait le charme de ce livre (au-delà de l'idée du point de vue) c'est l'oeuvre originale ! On ne peut raisonnablement pas ne pas aimer ce livre quand on a aimé Orgueil et Préjugés (à vrai dire il m'a même sacrément donné envie de le relire et dans la langue de Shakespeare !).
Le roman d'Austen est parfaitement respecté, quasiment au mot près dans certaines scènes.

Aylmer, en vraie fan, prends donc peu de libertés et par là même donne peu de valeur ajoutée à son roman. Sa vision de Darcy est peu développée dans le sens où, en dehors des épisodes déjà évoquées dans O&P, elle ne donne pas du personnage une image, une sensibilité ou une intimité différentes de celles évoquées par Austen.
Les périodes où Darcy est éloigné de Lizzy (et donc dont on ne sait presque rien chez Austen) sont assez ternes et apportent assez peu...
J'ai tout de même apprécié la fin un tantinet prolongée et audacieuse !

Difficile donc de s'approprier une telle oeuvre et de l'utiliser tout en la respectant ! Janet Aylmer a au moins le mérite de respecter le style Austen et de ne pas choquer les fans.
Aucun doute que les admirateurs de Orgueil et Préjugés seront aussi sous le charme de ce roman, même si au final il apporte peu de nouveautés par respect et par prudence.

Une façon tout de même bien agréable de rafraîchir un peu son anglais !



Janet Aylmer, Darcy's Story


mercredi 13 janvier 2010

Becoming Jane

J'avance à petit pas pour mon challenge Jane Austen, et après la lecture d'une grande partie de ses romans l'année dernière (et aussi quelques films adaptés de ces oeuvres), je me lance cette année dans la découverte de créations autour du monde de Jane Austen (entendez par là extrapolations depuis un roman, biographie, oeuvre modernisée...)

Je commence donc cette année avec Becoming Jane de Julian Harrold (2008) avec Anne Hathaway pour le rôle de Jane.

Première surprise ce film n'est pas une biographie sur la jeunesse de Jane Austen ! Sans pour autant voir lu de bio sérieuse, je me suis suffisamment intéressée à la vie de l'auteure pour sursauter à de nombreuses reprises durant le film.

En cherchant un peu, le parti pris du réalisateur est que la romance difficile de Jane Austen a été l'inspiration et la source de création de ses romans. Au final nous en savons assez peu sur ce que fut dans les détails cette fameuse romance tenue secrète, et le raccourci est assez facile à mon sens.

D'autant plus quand celui-ci, sans trop chercher à se fatiguer, utilise le schéma d'Orgueil et Préjugés pour le déroulement de la relation entre Jane et Tom. Pourquoi se casser la tête à imaginer et mettre en scène alors que l'auteure elle même nous a fourni toute la matière ? Ridicule.

Au delà de çà, sans vouloir jouer la puriste, je trouve çà rabaissant pour Austen. On réduit complètement son talent d'imagination, de mise en scène, ses traits d'esprits et son humour, bref toute la créativité pour laquelle celle-ci est appréciée à un bête copier-coller de sa propre expérience personnelle amoureuse. C'est plus que réducteur quand on a pris le peine de lire un peu plus qu'Orgueil et Préjugés, peine que semble s'être épargné Julian Harrold.

Pour le reste, il faut reconnaître que Anne Hathaway remplit parfaitement le rôle, on la découvre même sous un nouveau jour. Que le cadre est réussi, quoique moins impressionnant de beauté que celui de Jeffrey Wright. 

Après ce premier film, je doute que les "détournements" et autres libertés prises  concernant Jane Austen et son oeuvre puissent me séduire attachée que je suis à l'originale. Je laisserai cependant leur chance aux prochains candidats !



lundi 18 mai 2009

Northanger Abbey

Catherine Morland est une jeune fille de la campagne anglaise, issue d'une famille relativement modeste. Rien ne semble la discerner particulièrement : sa beauté est assez fade et elle ne possède aucun don spécifique. Seul son esprit romanesque et son goût prononcé pour la lecture en font pour le lecteur un personnage attrayant et atypique mais cependant en total discordance avec les valeurs et qualités prisées à cette époque chez une jeune femme.
Catherine est invitée par ses amis les Allen à venir séjourner quelques semaines à Bath, et c'est pleine d'émoi et de rêveries que la jeune héroïne se plonge dans l'univers des salons, du faste, de la manipulation et des jeux de l'amour.

Ce roman est très différent des autres oeuvres de Jane Austen. Elle dépeint une fois de plus, sur fond d'histoire d'amour, une société relativement mysogine encline à ne faire valoir que les richesses, mais par des procédés tout autre que ceux que l'on connait à Orgueil et Préjugés ou encore Emma.
Jane Austen incarne elle aussi un rôle dans ce roman, à travers le narrateur (qui était jusque là absent de ses romans) qui se considère comme le biographe de Catherine Morland. Elle s'adresse ainsi de nombreuses fois au lecteur, que ce soit pour demander son indulgence sur la précision des faits rapportés, pour l'interpeler sur des faits condamnables, ou encore pour glisser ci et là des critiques acerbes sur la littérature reconnue de l'époque.

Ainsi, quand on a lu un peu de Jane Austen, ce choix d'écriture surprend quelque peu : le lecteur n'est plus seul avec son héroïne. Les critiques sous-jacentes habituelles laisse place à un narrateur beaucoup moins ambigüe qui nous laisse comprendre toute la verve dont l'écrivain était capable, mais aussi tous les jugements contenus et diffusés de manière plus légère dans les autres romans. (J'ai particulièrement été surprise par le passage concernant la valeur du roman qui était alors fortement décrié par ses contemporains).
La notion de "roman" a une grande importance tout au long du récit (au delà de la critique émanent pour la défense et la reconnaissance du genre). Anne Radcliffe tout particulièrement y trouve une place d'honneur. Les différents personnages parlent de littérature, la mère de Catherine prône particulièrement le genre pour l'apprentissage, et l'imagination débordante de la jeune femme est directement influencée par ses lectures.

Pour tout le reste, on retrouve une Jane Austen aux personnages bien trempés et fantastiquement réalistes. Isabelle Thorpe incarnant le personnage insupportable (quoique son frère lui retirerait presque la palme), Henry Tilney l'homme ténébreux parfait. Ajoutons qu'à la différence d'Emma ou d'Elisabeth, Catherine n'a que peu d'esprit : elle est très naïve, n'a guère d'opinions arrêtées et a peu connaissance de la nature humaine. Ce sont ces traits de caractère associés à son incroyable gentillesse qui feront tourner les coeurs ! (qu'elle le désire ou non), et l'attachement du lecteur.

Un roman différent mais tout aussi savoureux qui démontre une fois de plus le génie et la grande ressource littéraire de Jane Austen.



Jane Austen, Northanger Abbey

Prochain billet austinien sur Mansfield Park !

mardi 24 mars 2009

Adaptation Raison et Sentiments : Ang Lee Vs BBC (2007)

Voilà, j'ai enfin vu les deux versions qui sont toutes deux assez fidèles à l'oeuvre de Jane Austen et que je vous recommande vivement si vous hésitez encore à découvrir sa littérature, çà ne pourra que vous mettre l'eau à la bouche.
Cette petite comparaison entre les deux versions n'apporte pas de jugement de valeur. Le film de Lee date (déjà) de 1996 et se compare difficilement avec la mini-série plus récente de la BBC.
Tout d'abord, sachez que la version BBC en 3 épisodes est plus complète au niveau de l'intrigue et pas seulement pour une question de durée (le film pèse ses 2h15 tout de même). Ang Lee use parfois de raccourci et fait même sauter quelques scènes (je pense notamment à la scène d'explications entre Elinor et Willoughby, ou au personnage secondaire de la soeur de Lucy Still qui disparait complètement).

Les personnages et le choix des acteurs :
Les acteurs sont juste délicieux quelque soit la version, quelques coups de coeur de mon côté : )

Pour le film de Ang Lee :

Mr Palmer interprété par Hugh Laurie et çà lui va tellement bien !



Le capitaine Brandon interprété par Alan Rickman (et çà fait du bien de le retrouver là)




Version BBC :

Miss Marianne interprétée par Charity Wakefield, elle est toute en fraîcheur : je ne l'imaginais pas autrement !



Fanny interprétée par Claire Skinner et qui incarne formidablement la peste de tante



Du côté des déceptions, un Edward Ferrars (Dan Stevens) un peu terne côté BBC quand on a vu la justesse de Hugh Grant chez Lee :


Et inversement un Willoughby (Dominic Cooper) pas très "sexe" dans la version BBC (à gauche) comparé à celui de Lee (Greg Wise) (à droite) :



Costumes et décors :

De nombreuses différences aussi au niveau des décors et des costumes, qui forcément sont plus au goût du jour et avec une lumière mieux traitée dans la version BBC bien plus récente, mais le côté désuet et plus vieilli de Lee a aussi son charme.
Quelques dernières images pour vous donner envie : (à gauche le film, à droite la mini-série BBC)

Les soeurs Dashwood (je trouve Kate Winslet particulièrement enlaidie et assez mal habillée dans le film d'ailleurs)



Avec leur mère :


La demeure familiale Dashwood : (Lee puis BBC)


Et pour finir quelques extraits de Hugh Laurie as Mr. Palmer dans le film de Ang Lee :)

mercredi 11 mars 2009

Lady Susan

Lady Susan est par tous redoutée : séductrice qui a perdu bien des coeurs, amante présupposée d'hommes mariés, femme aux moeurs et à la moralité incertaines...
Cette jeune veuve désargentée se rend en visite chez sa belle-soeur, au grand dam de celle-ci qui a bien cerné le personnage et s'attend donc au pire.
Ce court roman épistolaire est une vraie bouffée d'air frais. A la différence des romans où la bienséance et les politesses règnent, on lit ici la face cachée des relations sociales et l'intimité des personnages.
Lady Susan est une manipulatrice sans vergogne qui ne cherche qu'à assurer sa situation (elle est alors une jeune veuve sans argent) et à bien marier sa fille pour plus ou moins s'en débarrasser et cela même contre son gré.
Sa belle-soeur sera bien la seule à ne pas succomber à son charme et à voir clair dans ses manigances.

Lady Susan sous bien des aspects n'est pas sans rappeler la plus que célèbre Mme de Merteuil (Les Liaisons dangereuses) par ses tendances séductrices et machiavéliques. Le tout est savoureux quand on sait combien pouvait être osé et mal à propos de tels comportements.
Un seul point négatif peut-être : la brièveté.


Jane Austen, Lady Susan

jeudi 5 mars 2009

Emma

Pour quelques temps, je retourne à mes classiques, envie d'une période de relecture pour redécouvrir avec mes yeux d'adultes tout simplement.
Je vous ferais donc part, en supplément, des différences que j'ai pu ressentir entre mon souvenir de première lecture et la récente.


Miss Emma, après le mariage de sa soeur et celui en début de roman de sa fidèle gouvernante, se retrouve seule avec son vieux père à Hartfield.
La jeune fille se prend d'amitié pour une demoiselle "non-reconnue" et élevée par une institutrice : Harriet Smith. Emma est résolue à voir en elle une jeune femme de rang respectable et à faire son éducation sociale en vue de lui assurer un bon mariage.
Après les deux grands classiques de Jane Austen que sont Orgueil et Préjugés et Raison et Sentiments, Emma est une autre variante sur le thème du mariage qui mérite tout autant son succès.
L'héroïne (bien souvent qualifiée tel quel dans le roman), bien qu'ignorante des choses de l'amour, ne se soucie pas de son propre mariage et affirme même à de nombreuses reprises "Je ne me marierai jamais". Sa préoccupation est davantage celle de marier les autres, et de faire ce qu'elle pense être leur bonheur.
Mais malheureusement pour l'infortunée et pour les cibles de ses prédictions, Emma se trompe à chaque fois. Mauvaises interprétations des comportements et désirs de chacun, quiproquos et erreurs de jugement s'enchaînent avec humour et prouvent à Emma, malgré ses bonnes intentions, combien elle méconnait les choses de l'amour. Probablement pour n'avoir jamais été amoureuse elle-même.

Ce roman est cocasse et bien plus drôle que les deux précédents. Les personnages sont encore une fois très vivants et avec des personnalités très marquées (Mrs. Elton est juste insupportable) et l'on suit Emma qui peu à peu change, apprends à écouter son propre coeur plutôt que d'essayer de cerner celui des autres jusqu'à l'heureux dénouement.
Dénouement qui justement, m'avait quelque peu déçue à la première lecture (je voulais tellement la voir mariée au jeune, beau et riche célibataire !) mais je comprends en relisant que même si Austen mutliplie les pistes pour perdre son lecteur quant au destin supposé de l'héroïne, aucun autre dénouement n'était possible et ne pouvait faire son bonheur.
J'ai également plus savouré la personnalité mordante d'Emma qui, quoique bien élevée et tout à fait à l'aise en société, est souvent juge sévère et ironique des gens qui l'entourent.





Jane Austen, Emma

samedi 21 février 2009

Orgueil et Préjugés

Pour quelques temps, je retourne à mes classiques, envie d'une période de relecture pour redécouvrir avec mes yeux d'adultes tout simplement.
Je vous ferais donc part, en supplément, des différences que j'ai pu ressentir entre mon souvenir de première lecture et la récente.


La famille Bennet compte 5 filles, ce qui suscite toute l'inquiétude de la mère Mrs. Bennet pour leur assurer à toute un mariage et le meilleur possible.
L'excitation est donc à son comble quand arrive un riche célibataire dans le voisinage auquel Mrs. Bennet est bien décidé à marier l'une de ses filles.
Les deux ainées, Jane et Elisabeth sont deux jeunes femmes romantiques, au charme incontestable bien qu'aussi différents que leurs tempéraments, soucieuses l'une de l'autre et confidentes avisées.
La famille Bennet est une vraie famille, et on rentre dans ce roman comme un membre invisible. Rien ne nous est épargné de leur vie de famille agitée (et avec 5 filles dont 2 particulièrement typiques des adolescentes rien d'étonnant à cela) et des complicités qui règnent entre les différents personnages.
Le portrait de chacun d'eux est donc très complet, au point qu'on se les imagine sans peine et qu'on anticipe même en fin de roman leurs réactions. Bien que par moment on puisse trouver certains traits de caractères grossis et quelque peu caricaturaux, le tout reste léger et incroyablement réaliste.
Outre le couple Bennet qui prête bien souvent à rire (les dialogues entre Mr. Bennet et Mrs Bennet sont à mon sens les plus drôles du roman), le duo central de la famille est sans aucun doute possible celui de Jane et Lizzie, les deux ainées qui vont vivre leurs premiers amours.
Lizzie est le personnage fort du roman est aussi le plus réussi : femme courageuse, à l'esprit libre et à l'intelligence vive, ses réflexions et ses répliques sont admirablement construites, acerbes ou piquantes ! Un petit délice.

Ce sont justement ces traits de caractères marqués chez chaque protagoniste qui vont créer le déroulement des différents événements qui les concernent. Lizzie par son jugement tranché et sa fierté va manquer de gâcher sa romance, Jane par sa nature réservée manque de perdre son amour, Mrs Bennet par son empressement à marier ses filles et son côté expressif ridiculisera par moment sa famille, Mr Bennet étant trop peu autoritaire entrainera l'incident avec Lydia, Charlotte plus réaliste et matérialiste que Jane épousera Mr. Collins...

Ce roman, bien que d'apparence léger est d'une construction remarquable et très travaillée. Les personnages sont tous dotés d'une psychologie affirmée qui va fortement influer sur le cours des évènements. La figure centrale de Lizzie est une idole de féminité et de caractère affirmé, elle ne peut que séduire : une véritable héroïne. Le tout est saupoudré de dialogues exquis, où chaque mot est délicatement choisi, et nombre de répliques restent marquées dans l'esprit du lecteur.
Ma première lecture est assez proche au niveau du ressenti, même en connaissant le dénouement, on est suspendu aux mots, haletants. J'ai retrouvé avec plaisir Lizzie et Mr. Bennet (je l'adore tout simplement ! ses répliques sont drôles et cinglantes au possible), par contre j'ai découvert la vraie méchante du livre : Miss Bingley. Je ne me rappelais vraiment pas qu'elle pouvait être si hautaine et cassante (surtout au niveau des dialogues).

Un roman à lire et à relire (je le relirai encore sûrement), une vraie perle intemporelle de la littérature.

"[Jane Austen] parle aux femmes d'une façon que les hommes ne comprendront jamais"

Paul Webster


Je ne peux trouver meilleure définition à ce roman.



Jane Austen, Orgueil et Préjugés

1/14



vendredi 20 février 2009

Raison et Sentiments

Pour quelques temps, je retourne à mes classiques, envie d'une période de relecture pour redécouvrir avec mes yeux d'adultes tout simplement.
Je vous ferais donc part, en supplément, des différences que j'ai pu ressentir entre mon souvenir de première lecture et la récente.


Les deux ainées miss Dashwood, Elinor et Marianne, bien que très liées, surprennent par leurs différences. Quand l'ainée Elinor est sage, mesurée, réservée et maîtresse d'elle-même en toute circonstance, sa cadette est naturelle, expressive, rêveuse et émotive. Ce duo fonctionne très bien en société et un formidable équilibre s'est établi entre les deux soeurs, ce qui leur vaut toutes les affections.
Leur chemin va croiser celui de trois hommes eux aussi très différents : le réservé Edward Ferrars, le soupirant colonel Brandon et le beau Willoughby. Ces rencontres vont changer leurs avenirs et leurs façons d'envisager la vie ; apprenant à l'une la raison et à l'autre les sentiments.
Jane Austen est juste redoutable. Elle manie les mots avec une précision de chirurgien, et le vocabulaire de l'époque (bien moins cru que celui d'aujourd'hui) est loin de la desservir. Les sous-entendus fusent, et les dialogues sont de vraies perles (principalement ceux entre Elinor et Lucy sa rivale).
Sous-jacent à une certes banale histoire à l'eau-de-rose, une ironie critique, adoucie par le style mais néanmoins sensible, contre les préjugés, l'importance de l'argent et de la réputation face auxquels l'amour sincère de deux jeunes gens fait peu de poids.

Je me suis trop empressée lors de ma première lecture, impatiente de connaître le dénouement et aveuglée par l'aspect romantique ; grand nombre de détails m'avaient alors échappé (je ne m'étais que peu intéressée aux personnages secondaires pour me concentrer sur les deux jeunes filles et leurs prétendants notamment).
Torts réparés puisque j'ai pu à loisir savourer cette redécouverte et profiter pleinement des psychologies fines des personnages, des caractères tranchés et représentatifs des uns et des autres, saisir toute la portée des mots contre une société alors très égoïste et souvent cruelle pour des jeunes filles romantiques et pleines d'espoirs.

Raison et sentiments est le premier long roman de Jane Austen, il est d'autant plus remarquable qu'elle l'a écrit assez jeune. Suivront 5 autres romans longs déjà précédés par beaucoup de courts récits de jeunesse, son dernier roman restant inachevé au moment de sa mort prématurée . Une oeuvre conséquente pour une si courte vie.


Jane Austen, Raison et Sentiments