Perdre une Plume

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lundi 8 août 2011

De profundis



Une sombre histoire avec des sirènes qui ne sont pas vraiment des sirènes et un homme qui aurait préféré ne pas les rencontrer.
L'auteur nous délivre avec douceur une fable métaphorique sur la dérive et l'égarement. Tout en faux-semblants, mais avec profondeur, il nous entraîne dans le sillage d'un marin, naufragé, rescapé peut-être…


À nouveau une belle découverte grâce à Masse Critique avec ce très beau livre signé Chanouga (que je découvre à l'occasion).
J'aime beaucoup les récits fantastiques qui s'attaquent au domaine de la mer, de ses mythes et mystères. Entre sirène et marin perdu en mer, naufrage et merveilleux, j'ai donc ouvert cet album avec gourmandise.

L'édition en soi est déjà très belle, de qualité, une belle mise en page et couverture avec en bonus quelques repro de planches et de crayonnés. Chanouga a un très beau trait, et une mise en couleur parfaite qui rend l'ensemble doux et onirique.

Au delà pourtant, le scénario est loin d'être novateur, assez simple même mais efficace. Sa cruauté contraste avec cette douceur apparente et reflète idéalement le symbolisme de la sirène...
Car il faut le sentir plus que le comprendre, ce récit est symbolique de bien des façons, poétique dans tous les cas :)

Pour conclure un moment léger, à la fois nostalgique, triste et doux bien que simple et d'une grande qualité visuelle. Un album qui ravira les amateurs de sirènes et les esthètes mais que les plus férus de BD et d'action délaisseront probablement !

Une nouvelle fois merci à Babelio, ainsi qu'aux éditions Paquet pour l'envoi.

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Chanouga, De profundis : L'étrange voyage de Jonathan Melville



Critiques et infos sur Babelio.com

jeudi 14 avril 2011

Un long silence

couv9217638.jpg Gary Gilmore a tué deux jeunes mormons dans les années 70 avant d'être arrêté en Utah. En demandant de lui-même son exécution par fusillade il est devenu l'un des condamnés à mort le plus célèbre des Etats-Unis.
Son frère cadet Mikal, à travers l'histoire familiale tente de comprendre le chemin de Gary et d'exorciser les démons du passé.

Après le roman de Mailer Le chant du bourreau ce sont donc les yeux d'un frère qui se posent sur la sombre destinée des Gilmore...

Plus que le récit d'une exécution, ce roman est le récit d'une famille, une famille vécue comme une malédiction.
L'auteur, petit dernier de sa fratrie a toujours vécu un peu à part de cette histoire familiale et cherche à comprendre ce qu'ont vécu ses frères avant sa naissance.
Et l'histoire est à la fois sombre et cruellement banale...
Un père autoritaire, violent et alcoolique qui a littéralement détruit ses enfants de toutes les manières possibles ou presque. Un enfer qui les marquera tous différemment, et dans le cas de Gary de la pire des manières qui soit ; en le poussant sur la voie de la délinquance et de la provocation.

Mais pourtant, résumer un homme - un criminel - à son enfance est en soit un exercice un peu simpliste et Gilmore va au-delà de çà. En s'interrogeant aussi sur la personnalité propre de son frère, sur ses conditions d'incarcération déjà très jeune dans les centres de redressement, sur l'emprisonnement et les camisoles chimiques...
Entre recherches documentaires et souvenirs, l'auteur chemine aussi le long de sa propre histoire après une longue période de quasi refoulement.

On suit donc une histoire complexe, d'une famille difficile où prône le mensonge et la violence. Et bien que sachant la fin inéluctable qui s'annonce, on est tout de même surpris par cet ultime crime stupide, irraisonné et injustifié. Comme le reste de la famille on se laisse prendre à l'espoir du repentir, de la réinsertion impossible de Gary dont on a aussi appris à connaître les souffrances et l'aspect humain au-delà de sa perpétuelle rébellion et de sa folie.

On comprend aussi combien est difficile la position de la famille, la famille d'un assassin, sans cesse jugée, punie, rongée par la culpabilité et l'incompréhension.
L'auteur nous livre toutefois un récit  qui bien que parfois cru, nullement enjolivé, garde une certaine pudeur.

Cette lecture est troublante parce qu'elle n'apporte finalement pas de réponse mais tout un lot d'interrogations.
Aucune leçon ou mode d'emploi à en tirer, aucun motif montré du doigt, juste un destin inéluctable qui a toutefois le mérite de son humanité.
Il est toujours bon de garder en mémoire qu'un criminel quel qu'il soit est avant tout un être humain avec ses désirs, ses souffrances, une histoire.

Ce ne fut donc pas une lecture vaine, bien au contraire.
Pour ma part j'en retire également l'histoire des Mormons qui m'était jusque là étrangère, un autre point de vue intéressant sur le système carcéral et les prisons américaines, sans même parler de la peine de mort et des différents modes d'exécution...

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Mikal Gilmore, Un Long silence

Merci à Blog-o-Book et à Pauline des éditions Sonatine pour cette lecture :)


mercredi 16 mars 2011

Contes de la fée verte

couv29891793.jpg Les bayous recèlent de bien terribles secrets. En douze nouvelles, poétiques et vénéneuses, gothiques et romantiques, Poppy Z. Brite nous convie à participer à un voyage sans retour où un fantôme se lie avec une strip-teaseuse, où deux siamois refusent d'être séparés, où deux amants explorent les limites de leur passion... Même les deux crochets par New York et Calcutta (où "cinq millions de personnes semblent déjà mortes – pourraient tout aussi bien l'être – et où cinq autres millions aimeraient bien mourir."), ne sauraient retenir longtemps les monstres, les paumés et les amants de cette Nouvelle-Orléans méphitique, torride, avide d'amour et de sang.

Chronique bien difficile, je dois le dire face à une lecture si particulière qui ne peut se résumer à un simple "j'ai aimé" ou "pas". Je vais tout de même tenter de faire au mieux et vous dire ce que j'en retiens !

J'étais très curieuse de découvrir Brite, qu'on qualifie de véritable "maître" dans son genre, à savoir horreur-underground.
Je ne suis pas sûre pour autant que ce recueil de nouvelles soit la meilleure voie pour faire connaissance avec elle.
En premier lieu parce que je ne suis pas une grande fana de ce format, qui bien souvent ne me laisse pas le temps de m'installer dans la lecture ; également parce que ce recueil regroupe des textes publiés dans un magazine spécifique Horror Show sur des thématiques assez proches.

Et puis la préface de Dan Simmons m'a finalement rassurée, préparée à ce qui m'attendait... un bel éloge ! (et plein d'humour pour ne rien gâcher).

Toutes les nouvelles ont donc un fond commun et des thèmes récurrents : la Nouvelle-Orléans, le vaudou, l'homosexualité, l'alcool et les drogues, le fantastique, la musique...
Et se lisent comme on regarde un bon vieux Conte de la crypte, avec la recherche d'une ambiance et une certaine curiosité morbide.

Je dois dire que l'effet est réussi, surtout au niveau de l'ambiance. Peut-être même trop pour moi par moment, j'ai du faire des pauses entre les nouvelles, saturée à l'excès et contaminée par l'atmosphère.
Parce que le plume de Brite est plus qu'efficace, elle est crue, écorchée vive et ne nous épargne rien.
Sa force évocatrice est mise au service du glauque, de la noirceur et elle est puissante, surtout dans ses descriptions et les atmosphères qu'elle instaure.

Quant aux nouvelles en elles-mêmes, elles n'ont pas le même impact. Certaines sont plus dures que d'autres, plus ou moins fantastiques... question de sensibilité du lecteur aussi. J'en ai aimé quelques unes, d'autres moins mais aucune ne m'a laissé indifférente, je suis rentrée dans chacune d'entre elle ; je pense donc que l'objectif de l'auteur est atteint.

Tout comme j'ai aimé frissonner les jeudis soirs, devant les Contes de la crypte mais tout autant ensuite retrouver le réconfort de mon lit, j'ai aussi été soulagée de refermer le livre, de quitter cette Louisiane et son bayou suintant, sa chaleur étouffante et ses âmes en déroute à l'haleine chargée d'absinthe ; cette fée verte maléfiquement trompeuse.

Poppy Z. Brite est indéniablement une auteur à part, à la manière de Lovecraft et son style si particulier. Avec cette différence toutefois que Brite met en scène des personnages du commun, souvent à la dérive et provoquant leur sort funeste ou tout du moins s'en complaisant.

Je ne ressors pas de cette lecture plus fan de la nouvelle qu'avant, bien qu'ici le format m'ait moins gêné que lors d'autres de mes lectures.
Dans l'ensemble, j'ai aimé : pour les quelques nouvelles qui m'ont vraiment plu, pour le style atypique et pour cette découverte d'une atmosphère si particulière.
Je ne pourrais cependant conseiller ce recueil à tous, à vous de vous y essayer, de voir si vous êtes sensible au genre ou pas :)

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Poppy Z. Brite, Contes de la fée verte

Merci à Blog-o-Book et au Folio SF pour cette lecture.


jeudi 10 mars 2011

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle

Allan Karlsson, le jour de ses 100 ans décide de se faire la malle et saute en charentaises par la fenêtre de sa maison de retraite.
Cet homme à la vie trépidante part une nouvelle fois à l'aventure qui, tout comme les précédentes, ne va pas être de tout repos... Mais à son âge avoir la police, les journalistes et un gang de dealers sur les basques, on en a vu d'autres ! Et puis comme il le dit lui-même : Quand la vie joue les prolongations, il faut bien s'autoriser quelques caprices.

Énorme coup de cœur pour ce premier roman improbable de Jonasson !
Au fil des pages on erre entre le génie d'Irving (pour la grande frasque de vie qui se mêle à l'Histoire), Paasalinna (pour le récit à la fois invraisemblable et loufoque, le côté nordique) et Kennedy Toole (pour l'aspect ubuesque de certains personnages) : un sacré cocktail !

Le roman est construit sur une alternance de chapitres type "présent et passé d'Allan".
Ainsi, au fur et à mesure que l'on suit cette fuite à tombeau ouvert du centenaire, on découvre aussi son histoire, et le tout s'imbrique parfaitement.

On croise une foule de personnages bigarrée, historiques ou du commun.
Car la vie d'Allan a été riche, plus riche que de raison. Son talent d'artificier allié à une suite d'évènements particuliers et à sa chance insolente l'ont mené sur les lieux et chemins des épisodes historiques les plus célèbres de la seconde moitié du XXème siècle : guerre civile espagnole et Franco, recherches américaines sur la bombe atomique et Einstein, révolution chinoise et Mao, l'Iran et son Shah, Staline et ses goulags, mai 68 et De Gaulle, conflit Corée du Nord et du Sud et autres conséquences de la guerre froide...

Rien que çà me direz-vous ?
Et encore on est loin du compte ! En un sens Jonasson s'amuse avec l'Histoire en y faisant intervenir son personnage, le pire étant que bien souvent celui-i n'y comprend pas grand chose tout hermétique qu'il est aux concepts politiques et religieux.
Allan est juste un bon vivant, artificier de génie et audacieux, mais pour le reste un peu simplet et porté sur la bouteille. Il a juste le don de se trouver au bon endroit au bon moment, et parfois l'inverse...

Alors oui, il y a un côté absurde indéniable mais le tout reste cohérent et on s'y fait vite... à tel point qu'on y croirait presque, en tout cas on en rit de bon cœur !
L'aventure présente, celle de la fuite du vieil homme de sa maison de retraite, est elle aussi très entraînante, la succession des péripéties est hilarante et on imagine parfaitement les policiers à sa recherche se tirer les cheveux en tout sens (si tant est qu'ils n'aient pas déjà un entonnoir sur la tête).

Alors voilà, j'ai rarement autant ri qu'avec ce roman qui revisite l'Histoire moderne (et ses moments les plus sombres pourtant).
J'ai adoré cette écriture efficace, accessible et virevoltante qui arrive en 450 pages à vous faire croiser un chef de gang sans gang, Staline, Einstein (enfin son bâtard de demi-frère un peu idiot), un éléphant en cavale, un procureur avide de gloire, Truman, Churchill, Mao, Kim Jong Il enfant et pleurnichant, Franco, un vendeur de hot-dog surdiplômé, quelques prétendants aux Darwin Awards... Je continue ?

En trois mots : hilarant, truculent et génial !

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Jonas Jonasson, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Presses de la Cité pour cette lecture :)


lundi 28 février 2011

La vie trop brève d'Edwin Mulhouse

Biographie fictive du jeune Edwin Mulhouse, auteur méconnu du roman "Cartoon" et décédé à l'âge de 11 ans, par son camarade de classe et voisin Jeffrey.
Les premières années de ce qui serait sans conteste devenu un génie littéraire d'après le jeune biographe.
Il s'agit donc d'un roman, complétement fictif sous la forme d'une biographie d'un jeune romancier en devenir et écrite par son meilleur ami.
Le côté loufoque est donc évident rien qu'avec le quatrième de couverture mais on le retrouve au fur et à mesure du récit même si l'ambiance vient à changer en cours de lecture.

On démarre donc avec les premières années, par se familiariser avec le style de narration. Le biographe autoproclamé est au final tout autant présent que son sujet puisque ces deux là, nés à quelques mois d'intervalle, ne se quittaient presque pas.
Pour autant, même si au travers du récit ressort un parfum d'enfance, le narrateur ne s'exprime pas comme un enfant (il aurait commencé la biographie à la fin de la vie d'Edwin, et terminé pour publication âgé de 29 ans) et parfois même de manière trop sérieuse. On sent au final un personnage qui même dans son comportement est de prime abord plus insolite que son sujet. Edwin est rêveur, tête en l'air, obsédé par des choses de son âge (puzzle, BD...) quand Jeffrey pose un autre regard sur la vie, se voit déjà biographe et voue un véritable culte à son ami.

Le récit de cette vie d'enfant vu par un autre a un aspect nostalgique (comme pour la Guerre des boutons ou le Petit Nicolas) mais qui reste contrebalancé par l'étrangeté de la situation qui est elle-même renforcée par de nombreux points : les enfants qui philosophent, le côté "génie" d'Edwin, un petit quelque chose d'effrayant dans le regard que porte cet enfant de 11 ans sur son sujet et sur le monde (comme si le prisme de l'enfance habituel était ici faussé).
De même les longues descriptions, certaines scènes inconséquentes viennent brouiller le tout ; jeu entre le regard de l'enfant de 11 ans et l'écriture du jeune biographe de 29 ans je suppose. Le tout ne simplifiant pas la lecture.

Un autre résumé en 4ème de couverture évoque "un quelque chose de Kafka". Et je dois avouer que même si je trouve le terme un peu fort je ne trouve pour autant pas de meilleure définition.
Et "une ambiance un peu étrange avec des éléments invraisemblables dans un contexte atypique" c'est un peu long et c'est moins parlant :p
Je crois qu'en fait, on est face à un véritable "ovni littéraire" et que mis à part mes sensations de lecture je n'ai pas les outils pour classer, catégoriser ou comparer ce roman à rien d'autre.

Le dénouement m'a vraiment mis mal à l'aise jusqu'à la révélation finale qui bien que sombre est à mes yeux géniale ! (et je me force vraiment pour ne pas en dire plus).

Pour résumer un roman complexe et inclassable, dont le style peut dérouter, une lecture "à ambiance" loin de laisser présager sa fin, une nostalgie de l'enfance et de l'innocence qui se délite peu à peu.
Une lecture atypique mais pas universelle je le crains !



Steven Millhauser, La Vie trop brève d'Edwin Mulhouse

Merci à Blog-o-Book et au Livre de Poche pour cette lecture


mardi 18 janvier 2011

Et cette porte, là-bas, qui se fermait

Ce matin, Eurydice est sortie en oubliant de fermer la porte.
Étourderie ou signe inconscient, au moment où Orphée la repousse il voit celle du voisin de palier se refermer sur quelqu'un...
Et le doute fait son chemin.

En partant du mythe modernise, Pierre Gévart nous plonge dans l'enfer dans un couple pourtant tristement banal, routinier...

Chacun des deux personnages se noie dans son propre enfer : Orphée alcool et jalousie, Eurydice cigarette et renoncement.
Comme dans le mythe le désir de l'un de retenir l'autre coûte que coûte va finalement provoquer sa fuite et c'est là qu'est toute l'intelligence de l'auteur.

Chaque chapitre commence par une tentative d'explication du mythe, la plupart du temps cynique et/ou pleine d'humour, ce qui allège un peu le récit de ce couple qui se délite. J'ai particulièrement apprécié ces passages, certains sont de petites perles !
On alterne entre les points de vue des deux personnages et on voit cette inéluctable fin approcher, sans pour autant vraiment plaindre l'un ou l'autre, qui, au final ne faisait que retarder cette échéance.

Un petit mot tout de même sur cette couverture magnifique et énigmatique qui illustre si bien le récit ! Et merci pour le marque-page assorti :)

Une réappropriation moderne et réussie qui nous démontre que les mythes, ces métaphores, trouvent leurs sources en l'homme et sa nature, et que malgré les siècles rien ne change vraiment !



Pierre Gévart, Et Cette Porte, la-Bas, Qui Se Fermait

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Argemmios pour cette lecture.


lundi 10 janvier 2011

L'homme qui m'aimait tout bas

Suite au suicide de son père adoptif, l'auteur revient sur les années passées avec ce père inespéré : l'amour discret mais confiant, mais aussi l'homme sa nature et sa raison d'être.
L'hommage d'un fils, tout en douce nostalgie, pour, à travers les mots, offrir au personnage une part d'immortalité.

À nouveau, une lecture autour du deuil mais une fois encore traité différemment.

J'ai eu un peu peur au premier abord que le récit soit une monotone recherche du "pourquoi" à travers le passé du défunt. En réalité on s'en approche par moment, mais j'aurai tendance à dire comment faire autrement face à un suicide ?
Pour autant le principal message n'est pas là, il s'agit avant tout de se souvenir, de dire merci à sa manière à cet homme qui tout au long de sa vie a beaucoup compté pour le romancier. On est face à une douleur consciente et en quelque sorte apprivoisée qui doit s'exprimer.

Mais voilà, je me suis un peu ennuyée. En partie parce que je sortais d'une lecture très prenante qui me trottait encore en tête, mais aussi parce que quelque part on est dans l'intime et il y a une part d'insaisissable dans ces évocations et souvenirs. L'homme décrit était le père d'Éric Fottorino, plus qu'un portrait il nous en donne des moments clés, des scènes qui l'ont marqué lui enfant ou adulte mais son lecteur n'est pas toujours perméable à l'émotion suscité chez ce fils qu'il n'est pas !
Ce n'est pas évident à expliquer mais c'est un peu comme si un inconnu se mettait à vous raconter des scènes, parfois banales, de sa vie ; au bout d'un moment on décroche un peu.

Malgré tout l'écriture est impeccable, il y a tout de même de l'empathie pour ce fils qui à sa manière dit adieu à son père et aussi pour la motivation qui active le romancier. On comprend que déjà dans ses précédents romans, au travers de différents personnages, son père était présent, qu'il avait pour son écriture un rôle capitale et que par là même ce roman dédié est une nécessité.
Et puis, il a de très bons passages :)

Mon père m'a laissé mes mots et la force d'écrire ces pages pour lui dire mon attachement.

  Si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui.

Tu m’aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas oublier l’ordre des choses. Tu m’aimais tout bas sans le dire, sans éprouver le besoin d’élever la voix. C’était si fort - la force de l’évidence - que tu ne l’aurais pas crié sur les toits...



Éric Fottorino, L'homme qui m'aimait tout bas

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Folio pour cette lecture.


lundi 3 janvier 2011

D'autres vies que la mienne

Pour changer un peu, on commence l'année en lecture.

À quelques mois d'intervalle, le romancier est témoin de deux bouleversements dans deux familles : le deuil.
Celui d'une petite fille pour ses parents et son grand-père, et celui d'une mère, femme et sœur pour sa famille...

À lire mon résumé, qui est bien rapide je le reconnais, on pourrait croire qu'il s'agit là d'un roman à mouchoir mais là encore le raccourci serait facile.

Parce que ce roman est tout de même beaucoup plus que çà.
Certes, on y parle de la mort et de la tristesse du deuil. Mais aussi et surtout du rôle du souvenir, de la reconstruction, de l'impact que peut avoir la mort d'un être cher sur son entourage proche ou moins proche, des leçons qu'on peut en tirer sur soi-même et le tout avec une grande délicatesse et surtout avec sincérité.

À sa façon, et même si dans un premier temps il ne croit pas en avoir le droit, il fait ici un cadeau à ces proches touchés par ces deux deuils.

La famille de la petite fille emportée par le tsunami en premier lieu, avec laquelle il a vécu le drame en direct, se sentant tour à tour impuissant mais aussi soulagé qu'il ne s'agisse pas de son propre enfant... Terriblement humain en somme.
Ensuite sa propre famille puisqu'il s'agit de sa belle-sœur, emporté par un cancer après une longue lutte : ce que cette femme a laissé, son empreinte mais aussi ses derniers moments avec pudeur.

Alors certes on a fait plus drôle, mais il y a ici une justesse et une humanité qui font que le récit n'est pas juste un tire-larme facile.
J'ajouterai que tout le passage sur la vie de juge de sa belle-sœur ne m'attirait pas outre-mesure mais qu'il a finalement été très enrichissant.

Au niveau de l'écriture je ne connaissais pas Carrère avant cette lecture, mais il m'a fait pensé à Fargues dans la manière de se livrer avec sincérité et de commenter son propre récit, on a la sensation du mot juste.

J'en retiens donc : un roman riche et humain sur le thème du deuil au sens large (très large), un témoignage sur la vie d'une femme juge très intéressant, une écriture à la fois pudique et sincère.



Emmanuel Carrère, D'autres vies que la mienne

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Folio pour cette lecture.


mercredi 10 novembre 2010

Juliette

Julie et sa soeur jumelle ont été recueillies après la mort de leur parents par une tante américaine.
À la suite du décès de cette bienfaitrice, Juliette reçoit une lettre et une mystérieuse clé pour tout héritage ; ce qui la mène droit en Italie sur la piste de la famille Tolomei et de la romance mythique de Roméo et Juliette...

On a là du roman assez léger, un peu touche à tout et qui pourtant fonctionne assez bien.
Au niveau du style on pense à du Dan Brown et notamment à son Da Vinci Code ; pour la partie enquête sur fond "historique" et le suspens ; mais sans les lenteurs et répétitions alourdissantes qui lui nuisaient.

On a pas vraiment de surprise non plus avec la trame enquête, c'est parfois assez téléphoné mais il y a le plaisir procuré par Roméo et Juliette en toile de fond et ce n'est tout de même pas rien. Surtout que quand on y regarde de plus près, malgré certaines libertés que se permet Anne Fortier mais aussi ses "recherches", on ressent un grand respect pour cette romance et la version de Shakespeare tout particulièrement.

Sans mentir, si on prend le parti de lire ce roman comme un hommage dérivé du mythe et une lecture "facile-plaisir" il n'y pas de quoi sursauter mais assez pour passer un bon moment, accroché aux pages entre séquences eau-de-rose, histoire revisitée et suspens !
Pour les plus attachés à la littérature shakespearienne, il y a des chances pour que vous subissiez quelques hérissements mais rien de bien notable face au plaisir de retrouver Roméo et sa Juliette sous un autre jour :)



Anne Fortier, Juliette

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Michel Lafon pour cette lecture.


mercredi 27 octobre 2010

America America

Corey Sifter, journaliste, assiste à l'enterrement d'un sénateur.
Adolescent, par le biais d'une riche famille dont il est proche, il a assisté et participé à la campagne présidentielle de cet homme, sa gloire puis sa chute.
Trop jeune à l'époque pour saisir tous les éléments, manœuvres et manipulations, il se souvient et raconte son histoire à sa stagiaire.

Un roman touffu qui aborde une quantité de sujets incroyables sous la trame d'une mémoire aller-retour, entre les discussions et évènements du présent et les souvenirs et flash du passé.

Autant le dire de suite, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman, j'ai mis un temps fou à le lire (quand on me connait c'est assez rare).
Pourtant aucune véritable raison ; somme toute c'est bien écrit, les chapitres sont assez courts et bien identifiables, il n'y a pas une foule de personnages on s'y retrouve...

Le début du livre, avec la présentation de la ville et son historique m'a d'abord plu. Une certaine image de l'Amérique, de ses premiers colons et de la réussite des futurs capitalistes.
Je crois que c'est ensuite que çà se gâte.
Corey, qui nous expose ses souvenirs, ne les explique que rarement : lorsqu'ils sont sujet à une discussion avec sa jeune stagiaire. Ensuite, en toute honnêteté je n'ai jamais rien compris au système électoral américain, je trouve çà très obscur !
Alors forcément, je m'y perds un peu !
De même, les aller-retour entre passé et présent, bien qu'ils soient agréables et digestes, ne sont pas toujours pertinents...

Pour résumer un roman qui ferait certainement la joie d'un lecteur féru d'histoire américaine, mais qui malgré ses qualités m'a laissé un peu au bord du chemin.



Ethan Canin, America America

Merci à Blog-o-Book et aux Editions des Deux Terres pour cette lecture.


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