Depuis quelques mois j'ai choisi de me taire, d'une manière générale et somme toute assez apaisante. Il est après tout bien facile de ne rien dire, en tout cas rien d'important, de laisser filer l'instant et s'échapper les mots qui il n'y a pas si longtemps encore auraient brûlé des pages de carnet ou enflammé un clavier.
Le moment passe, j'oublie et puis je suis toujours là alors quelle différence ?

La différence c'est que je suis toujours pleine de mots, qui s'entassent et qui se cognent, qui s'abîment, forment comme un tas de feuilles automnales et pourrissantes au pied d'un grand chêne silencieux.
J'ai beau les laisser filer, il en viendra d'autres, voilà tout.

Il y a eu aussi ce moment, pénible, où je me suis dis à quoi bon ? Les silences ne laissent que des regrets.
Alors j'ai essayé de faire mieux, bien si possible même.

J'ai résisté à la frustration de l'instant, à la colère parfois brûlante de m'en prendre aux autres, à leur bêtise et à leur indélicatesse. Je n'ai cédé aux larmes que quelques instants, rendant parfois les armes plutôt que de me battre contre des moulins à vent. Des pleurs égoïstes et exutoires mais qui m'ont aussi donné de la force. Celle de dire merci, parce qu'on ne dit pas adieu à une partie de soi.
J'ai fait de mon mieux et déjà ce n'est pas rien.

J'ai regardé dans les yeux la part joyeuse de mon enfance, celle faite de gâteaux, de main plongée dans la boîte à bonbon, de tuyaux d'arrosage farceurs dans le jardin, de petit-déjeuners au Van Houten et j'ai souri.
J'ai vu trouble à travers ma nostalgie et cette tendresse qui semble si lointaine maintenant.
Je suis restée debout face à ma propre mortalité, me demandant comment le temps peut passer si vite, nous rendre si forts d'expériences, si riches de souvenirs et si fragiles à la fois.
Je lui ai tenu la main, la peau douce et veloutée sous mes doigts, mais un peu froide comme un hiver qui s'en va.

J'ai dit aurevoir à l'hiver pour être capable d'accueillir le printemps et je m'émerveille peu à peu de son arrivée progressive.
La lumière devient chaque jour plus vive, le jardin se pare de couleurs de-ci de-là et je ré-apprends à respirer à plein poumons, à relever les épaules et le menton.
Je pense à l'hiver derrière moi, je sais qu'il n'est pas très loin, que ce n'est qu'un nouveau cycle qui commence et je trouve ça rassurant.
Je vais faire de mon mieux et déjà ce ne sera pas rien.



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Un iris pour ma petite mamie qui aimait tant les fleurs et son jardin.