Quentin Coldwater est comme tous les adolescents : mélancolique, incompris, prisonnier d’un monde désespérément barbant. Et voilà que sa vie est transformée du jour au lendemain quand il est recruté par Brakebills, une école conçue pour former les magiciens tels que lui. De quoi lui faire oublier Brooklyn et même les Chroniques de Fillory, les romans de fantasy où il se réfugiait pour tromper son ennui.

Imaginez Harry Potter écrit pour un public adulte, par un écrivain malicieux qui n’aurait oublié ni Les Chroniques de Narnia ni Le Seigneur des anneaux. C’est le défi que s’est lancé Lev Grossman, qui nous offre un roman haut en couleur, riche en rebondissements, où l’émerveillement côtoie la terreur et l’exaltation le désespoir existentiel… tempéré par une bonne dose d’ironie. Magiciens en herbe, professeurs excentriques, séduisantes sorcières, réfugiés du monde des fées se bousculent dans une intrigue complexe et haletante, où les impeccables pelouses d’une institution très british dissimulent des menaces d’outre-monde.

Cette évocation d'un HP pour adulte m'a d'abord fait lever un sourcil jusqu'à ce que je lise quelques avis positifs qui m'ont finalement décidé. Je dois dire qu'au final c'est assez juste, c'est un mixte entre HP et Narnia pour adulte...

Les premiers chapitres nous plongent assez rapidement dans la magie, l'entrée à l'école des magiciens de Quentin est assez rapide.
On cerne assez vite le personnage également, entre le surdoué et le geek modèle de l'anti-héros qui passe son temps à se dévaluer mais que la magie va faire évoluer (et pas que en bien !).

La première partie nous relate donc sa formation scolaire. J'ai aimé cette idée que la magie nécessite des études difficiles et un véritable apprentissage théorique, un effort considérable même.
Grossman mène bien sa barque et dilue ces cinq années avec intelligence, s'arrêtant uniquement sur les évènements importants ou les détails qui font sens sans s'encombrer de scènes inutiles ou de descriptions alourdissantes. C'est bien dosé et permet au lecteur de se faire une bonne idée de l'ambiance, de l'univers magique, de la formation des jeunes magiciens, de l'évolution de Quentin et des relations qu'il noue avec les autres étudiants.

On ne s'attarde donc pas comme dans HP qui nous présente une année par tome et ce n'est pas la seule différence...
Le récit commence alors que Quentin a déjà 17 ans (de mémoire c'est peut-être 16 hein) ce qui fait que c'est beaucoup moins enfantin et innocent. Au niveau de l'écriture aussi, c'est souvent ironique ou fait preuve d'un humour indéniablement adulte.
De plus Grossman présente les magiciens comme étant des êtres aptes à la magie à cause d'un mal-être qui leur fait rejeter le monde dans sa normalité.
Non pas que nous ayons à faire à une bande d'ados puis d'adultes dépressifs, je dirai plutôt qu'ils ne trouvent pas leur place qu'ils sont en quête perpétuelle d'un quelque chose qui ne vient pas et qu'ils cèdent à l'ennui. Sexe et alcool au rendez-vous donc.

Cet aspect devient encore plus marqué lorsque la bande sort de l'école. Confrontés au monde et laissés à eux-même, ils errent sans but et trompent l'ennui comme ils peuvent (et ils peuvent mal cela va sans dire...)
Grossman offre donc une vision loin d'être idyllique du monde magique. Il joue du chaud et du froid avec brio.

La dernière partie fait plus le parallèle avec Narnia, la bande s'est trouvé une quête et part à l'assaut d'un monde féerique (qui au final n'en aura que le nom ou presque).
On en sait déjà pas mal sur la vision qu'ont les personnages de Fillory, depuis le départ Quentin fait une légère fixation sur les romans et on a le droit à pas mal d'infos et de résumés (qui entrainent des lenteurs dans le récit d'ailleurs).
Mais là encore on est loin de l'innocence, ce monde se révèlera bien différent que celui décrit dans leurs contes pour enfants et les marquera de façon irrémédiable...

En résumé Les Magiciens offre une vision mature et somme toute assez désenchantée de la fantaisie tout en s'inspirant des désormais classiques du genre (Harry Potter, Le monde de Narnia...) dont je n'ai lu aucun équivalent jusqu'à présent. Ovni du genre ?
C'est un sacré pavé (avec quelques lenteurs malheureusement) qu'on peut découper en trois parties bien distinctes et dont l'ambiance s'assombrit au fur et à mesure.
Un second opus doit suivre, j'ai hâte de voir ce que Grossman nous réserve.



Lev Grossman, Les magiciens