Née à seize ans, Elysia a été créée en laboratoire. Elle est une version BETA, un sublime modèle expérimental de clone adolescent, une parfaite coquille vide sans âme.
La mission d'Elysia : servir les habitants de Demesne, une île paradisiaque réservée aux plus grandes fortunes de la planète. Les paysages enchanteurs y ont été entièrement façonnés pour atteindre la perfection tropicale. L'air même y agit tel un euphorisant, contre lequel seuls les serviteurs de l'île sont immunisés.
Mais lorsqu'elle est achetée par un couple, Elysia découvre bientôt que ce petit monde sans contraintes a corrompu les milliardaires. Et quand elle devient objet de désir, elle soupçonne que les versions BETA ne sont pas si parfaites : conçue pour être insensible, Elysia commence en effet à éprouver des émotions violentes. Colère, solitude, terreur... amour.
Si quelqu'un s'aperçoit de son défaut, elle risque pire que la mort : l'oubli de sa passion naissante pour un jeune officier...

De la dystopie prenante mais qui fait froid dans le dos ! Cohn aborde ici le clonage d'une manière innovante notamment grâce à un univers riche et à son personnage central attachant.
Il flotte dans l'oxygène enrichi de Demesne de faux airs de Gattaca et un soupçon du Meilleur des mondes ! Même si il n'y a au final aucun déjà vu ou pire copie de ces deux chefs-d’œuvre traitant de l'eugénisme, je n'ai pu m'empêcher d'y penser, le parallèle est facile quand il y a déjà de tels monstres dans une thématique fantastique.

On se place là aussi dans un univers futuriste où seules comptent deux valeurs : beauté et richesse. Deux mauvais guides on s'en doute ! Suite à un conflit armé deux conditions possibles dans la société : celle des pauvres qui survivent tant bien que mal et subissent des intempéries dévastatrices, celle des riches qui contrôlent et se prélassent comme à Demesne...

C'est sur cette île que "naît" Elysia et à travers ces yeux innocents qu'on découvre le côté sombre de cet éden tropical pour privilégiés.
Sa famille d'accueil en premier lieu, avec cette mère insupportable et le père libidineux, promet à elle seule des évènements assez glauques ; de ce point de vue là on ne sera pas déçu, on sera même plus que servi !
Elysia ensuite, qui est un mystère pour elle-même et qui rend le lecteur très curieux. On s'inquiète souvent pour elle ainsi que pour son supposé dysfonctionnement qui la rend si humaine et son sort assez pénible.

Ce qui est étonnant avec ce roman c'est qu'à la lecture on se sent sur un chemin prévisible (les classiques de la dystopie et de la romance YA) et qu'on ne cesse de se faire surprendre ! C'est plus qu'agréable.

Mon seul bémol peut-être au sujet de la fin qui montre une certaine précipitation. Tout en gardant l'effet suspens et les révélations finales cette fin aurait pu être mieux soignée ! J'espère que le second tome reprendra la narration sur de bonnes bases et éclaircira un peu cette fin légèrement brouillonne.

En résumé j'ai passé un très agréable moment avec ce roman ! Elysia est une héroïne attachante et on plonge sans difficulté dans l'intrigue dont on fait défiler les pages à bon rythme.
Tout en gardant le schéma dystopique habituel et des nuances de romance Version Beta surprend son lecteur à maintes reprises, c'est une lecture atypique et prenante.

Merci aux éditions Robert Laffont et tout particulièrement à l'équipe de la Collection R pour cette lecture.



Rachel Cohn, Version BETA, Tome 1

***Cité dans l'article***
Aldous Huxley, Le meilleur des mondes