"Il n'y a pas d'autres témoins. Personne qui ait fait le lien à part moi. Je ne suis d'ailleurs pas le moins crédible. J'allais de boîte en boîte, de soirée en soirée. J'observais. Qui connaissait qui. Qui sortait avec qui. Je traçais chaque soir la géographie d'un monde qui n'était déjà plus le même le lendemain." Le Bus Palladium, l'Elysée Matignon, les virées en Chappy, les 501 trop larges, les doudounes sans manches et les attentats dans Paris : c'étaient les années 80. Pas celles qu'on raconte dans les livres, celles qu'a vécues cette petite bande de privilégiés, entre insouciance et tragédie.

Un monologue, fleuve de souvenirs, sous forme de confidence nostalgique.

Braunstein a l'amour des mots, c'est une évidence et on prend plaisir à lire sa plume qui sans être ampoulée sait rebondir et jouer sur les mots et les expressions de façon aérienne.
Certes c'est un peu plus facile quand il s'agit de langage oral (puisque ce roman n'est au final qu'un discours) mais le risque est proche aussi de sombrer dans l'écrit langagier, l'ensemble est ici équilibré et juste.

On est vite plongé dans cette ambiance de nuits des années 80, c'est prenant et réussi. On repense aux autres nostalgiques de ces nuits trépidantes (j'ai moi même souvent pensé à Philippe Manoeuvre, à Ardisson...) et à cette époque dorée de la gloire des boîtes de nuit parisiennes.
Pour autant une fois passée cette immersion, on commence un peu à tourner à rond. Au final qu'est ce qui ressemble plus à une soirée au Bus Palladium qu'une autre soirée au Bus Palladium ? On en est que légèrement détourné par les aspects de vie étudiante du narrateur et par l'intrigue autour de Sacha qui ne mène pas à grand chose...

J'ai aimé aussi cette évocation de la banlieue, si éloignée, si peu "in" dont j'ai souvent pu constater cette vision chez les parisiens, les vrais ceux qui habitent et vive (tant bien que mal) intra-muros.
Il m'apparait toutefois que l'intérêt de ce roman peut être fortement amoindri sans une attirance ou tout du moins une bonne connaissance de Paris. Il faut sûrement en être un peu amoureux pour saisir les nuances, les lieux et en retirer quelque chose.

Selon moi le roman est bien dosé, épais juste ce qu'il faut, et il n'en faudrait pas plus. L'ennui guette à l'arrivée des dernières pages, Braunstein sait heureusement conclure à temps.
Il faut dire que la dernière partie concernant "sa vie d'adulte" si je puis dire est un peu moins prenante, on s'essouffle un peu.

Au final Loin du centre est un roman qui nous plonge brièvement dans la fièvre des nuits parisiennes d'une époque révolue, de façon nostalgique mais authentique. Le roman est bien écrit et bien dosé, juste ce qu'il faut pour ne pas vraiment devenir lassant.
J'en garderai un bon souvenir, principalement à cause de ma propre histoire parisienne, mais sans plus.



Jacques Braunstein, Loin de centre