Qu’est-ce que la vie et d’où vient-elle ? Comment fonctionne l’univers ? Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ?
Des mathématiciens aux philosophes grecs, à Einstein et à la théorie des quanta, en passant par Newton et Darwin, voilà déjà trois mille ans que les hommes s’efforcent de répondre à ces questions. L’histoire s’est accélérée depuis trois ou quatre siècles. Nous sommes entrés dans l’âge moderne et postmoderne. La science, la technique, les chiffres ont conquis la planète. Il semble que la raison l’ait emporté. Elle a permis aux hommes de remplacer les dieux à la tête des affaires du monde. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dieu est-il à reléguer au musée des gloires étrangères et des puissances déchues ? La vie a-t-elle un sens ou est-elle une parenthèse entre deux néants ? Est-il permis d’espérer quoi que ce soit au-delà de la mort ?

Il m'a fallu du temps pour vraiment me laisser convaincre par ce roman, et ce n'est qu'une fois passé le premier quart que j'ai vraiment commencé à profiter pleinement de cette lecture...

Ormesson qu'on ne présente plus est un vrai régal ne serait-ce que pour l'élégance et le justesse de sa plume.
Il s'attèle pourtant là à une tâche difficile qui m'a quelque peu déroutée dans ses premières pages. Ormesson s'attaque à Dieu, la philosophie et la science : tout ce que l'homme a mis à son service dans sa grande et inachevée tentative pour comprendre le sens de la vie. Pas évident donc.

La plus grande difficulté selon moi est celle du ton et l'auteur a fait le choix d'une double-casquette qui tantôt lui donne autorité tantôt le protège des possibles dérives et accusations religieuses (parce qu'on le sait, dès qu'on s'attaque à Dieu on s'expose aux pierres...) : celle du grand-père plein d'expérience qui fait un bilan de sa vie et celle du prof.
Le récit façon "vieillard plein de sagesse" (je caricature un peu mais je l'ai vraiment ressenti comme çà par moment) a un côté émouvant et c'est dans cette partie qu'on ressent toute l'humanité de ce grand homme, sa bienveillance.
Celui façon prof est à la fois plus agaçant et aussi la plus intéressante (oui c'est étrange hein ?). Le ton professoral digne d'un maître de conférence un peu hautain instaure une distance parfois désagréable pour ne pas dire déplacée en début de roman puisque l'auteur y expose des faits scientifiques connus (on a donc un peu le sentiment de se faire prendre pour un inculte). Puis chemin faisant on s'y fait et c'est finalement par cette voie là que l'on aura les faits les plus intéressants le tout vulgarisé et retraduit pour le commun des mortels.

Cette double voix s'avère finalement assez riche et crée un équilibre dans le roman. Le plaisir est croissant et laisse suggérer une fin à la fois espérée et redoutée : on sait bien que Ormesson n'a pas la réponse à toutes ces questions que chacun se pose, mais quelle sera sa propre conclusion ?
J'ai regretté qu'il n'assume pas véritablement l'ensemble de ses réflexions (pourtant par moment assez prononcées) et qu'il préfère un dernier bilan plus guimauve qui n'apporte qu'un peu de sentimentalisme aux dernières pages...

Pour résumer un livre éminemment bien écrit sur un thème à la fois captivant et polémique. Ormesson s'en sort bien sur ce terrain glissant même s'il lui faut pour çà faire quelques pirouettes !
Il faudra tout de même un petit temps au lecteur pour vraiment entrer dans le roman et se faire à la dualité des tons, mais s'il pousse jusque là il sera récompensé par quelques anecdotes philosophiques et scientifiques plus qu'enrichissantes.

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Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde