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C'est la rentrée et je vois des gens tristes.
Non pas qu'ils s'en rendent vraiment compte, chacun donne le change à sa manière.
Pas de cette tristesse qui s'apparente à de la déprime saisonnière où juste à l'annuel adieu à la crème solaire... Non des vrais gens tristes, grises mines regards éteints qui sourient parce qu'il le faut bien.

Et c'est ce "parce qu'il le faut bien" qui moi m'attriste le plus. Cette manière qu'on a, qu'on nous a donné, de faire avec, de se contenter de.
Au fil des années, on nous a conditionné au moins, au moins qui vaut toujours mieux que rien... Tu as un job de merde où tu te sens exploité ? C'est quand même bien, regarde tous ces gens qui n'ont pas de travail, c'est déjà une chance d'avoir un travail.

On nous a inculqué cette frilosité dans une bonne intention : la vie est dure, bien plus dure. Que quand au juste ? Çà personne ne sait. On sait juste qu'aujourd'hui on part tous plus ou moins perdant, alors qu'il vaut mieux ne pas voir trop grand et faire avec.
Alors on se définit par la négative dans la vie comme au travail : je ne sais pas ce que je veux, je sais ce que je ne veux pas. Nos exigences ne s'affirment pas, elle se dénient. On vote contre plutôt que pour quelque chose...

Et moi je veux bien admettre que c'est une chance de ne pas crever de faim et de ne pas vivre dans une zone désertique sans eau potable et électricité. Je refuse par contre qu'on se serve de çà pour niveler la société par le bas, qu'on la bâillonne dans nos culpabilités de bienheureux.
À regarder le monde avec les yeux du misérabilisme, il en devient terne, les gens gris et on perd la sensation du choix contre celle de l'inéluctable.
Parce que c'est tellement ancré, là profond depuis l'enfance, qu'on se sentirait presque honteux de vouloir plus. Ce n'est pas raisonnable, ce n'est pas adulte !

Je veux bien reconnaître également qu'il est important d'être conscient de ce qu'on a, de savoir profiter des petits bonheurs et plaisirs tout simples que la vie peut nous offrir, d'en être reconnaissant.
Mais le positivisme systématique et à grande échelle est un véritable fléau. Ce n'est tout simplement pas moteur, il nous incite à la stagnation.

Moi aussi je suis triste parfois, mais je garde cette idée que la vie n'est pas un jeu, il n'y a ni gagnant ni perdant, elle est juste ce qu'on en fait, ce qu'on ose en faire.
Elle n'est pas toujours facile à appliquer, elle fait même mal parfois quand on se cogne un peu à la réalité des autres et pourtant je sens que sans elle je ne serais sûrement pas capable de respirer. Que c'est cette capacité à vouloir plus, à se rebeller, à crier fort qui me permet de ne pas devenir terne à mon tour quitte à passer pour celle jamais satisfaite, trop exigeante, intransigeante et autres adjectifs qu'on a bien à tort ranger dans la case défaut.

Je voudrais que plus de gens voient "grand", osent tout simplement, se lancent des défis même à petite échelle et tentent leur chance. Et peu importe le résultat, l'exultation et la libération sont dans la tentative, bien plus que dans la réussite ou dans l'échec. Il n'y a pas d'évolution sans prise de risque.
Et puis parce que se contenter de ce qu'on a par comparaison, c'est comme si au lieu de regarder de belles photos, on préférait contempler les négatifs...



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Commentaires

1. Le vendredi 23 septembre 2011, 08h02 par Cathy

j'aime beaucoup ta comparaison avec la photo et le négatif, et c'est tellement vrai...
Il y a une citation du dalai lama qui, dans le même genre d'idée, dit: La sensation d'être heureux ou malheureux dépend rarement de notre état dans l'absolu, mais de notre perception de la situation, de notre capacité à nous satisfaire de ce que nous avons.
C'est vraiment ça... essayer de tirer le positif de chaque situation, ça change la vie... il suffit de mettre un peu de philosophie dans notre vie, de positivisme, et de rebondir à chaque mauvais coup de la vie en en tirant les leçons à tirer...
Très joli billet, en tous cas...

2. Le samedi 24 septembre 2011, 08h32 par Bleue Azur

J'aime beaucoup ton billet.
Changer son regard, oser tenter des défis, je n'imagine pas la vie autrement... Pourtant, les défis des uns et des autres seront-ils les mêmes ? Est-ce que certains ne paraîtront pas trop grands... ou trop petits... Finalement, est-ce là l'important ? Ou bien s'agit-il simplement de combattre la tristesse ambiante en tentant ce qui nous tient à coeur...

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