Vienne, 1777. Une chance inouïe se présente pour le célèbre médecin Mesmer, le premier magnétiseur de l'histoire : on lui amène une jeune prodige du piano – la fille aveugle d'un haut fonctionnaire à la cour. Lorsque Maria Theresa Paradis recouvre une partie de sa vue, l'opinion publique et le milieu médical se déchirent, soupçons et jalousies vont bon train.Des personnages historiques forts, originaux, et une langue moderne, retenue, parfois très poétique, font de ce livre une belle oeuvre sensuelle et musicale.

À une époque où la science et la médecine plus particulièrement ici, tiennent plus du mysticisme que de l'expérimentation et du savoir, la pathologie de la jeune pianiste est incomprise.
Le magnétiseur prodige met tout en œuvre pour aider la jeune fille, contre sa famille bien trop oppressante, envers les critiques du milieu scientifique...
Pourtant, bien que la trame de fond soit centrée sur ces balbutiements de la médecine moderne, ce roman est avant tout celui d'une rencontre. Celle d'un praticien compatissant et clairvoyant et d'une demoiselle fébrile au psychisme malmené.
D'un côté le "docteur" est plus obnubilé par la guérison et le bien-être de sa patiente que par les conséquences d'un succès et la reconnaissance potentielle, de l'autre la peur de guérir tout comme celle de l'échec et l'usure des traitements précédents cicatrisent peu à peu.

Le tout est servi par une écriture sensible, musicale, attachée aux détails, qui s'accorde parfaitement avec l'époque décrite et son art du détour, ses lenteurs aussi... Une plume qui livre des scènes plutôt que des descriptions, sans pour autant donner un sens à chacune d'elles.
Les autres personnages gravitant autour de cette rencontre effleurent les stéréotypes (la femme avare, le médecin bourgeois et pompeux...) et ne sont finalement là que pour donner matière à ce duo central.

La fin elle est plus doux-amère, même si l'on sent bien le changement et l'évolution des deux protagonistes. Walser ne donne pas complètement satisfaction à son lecteur, tout en évitant une fin facile. Elle ne tranche pas en réalité, comme dans le reste du roman on ne sent aucun parti pris, juste un certain regard.

Pour conclure un roman sur fonds historique et scientifique qui donne la part belle au côté humain de la rencontre praticien-patient plutôt qu'à ces deux points fondamentaux de la trame.
J'ai lu, et survolé, cette histoire avec curiosité et amusement mais sans plus.

Sortie le 7 septembre 2011

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Alissa Walser, Au commencement la nuit était musique