Le narrateur raconte son enfance en Russie, en Pologne puis à Nice, le luxe et la pauvreté qu'il a connus tour à tour, son dur apprentissage d'aviateur, ses aventures de guerre en France, en Angleterre, en Ethiopie, en Syrie, en Afrique Equatoriale, il nous raconte surtout le grand amour que fut sa vie. Cette " promesse de l'aube " que l'auteur a choisie pour titre est une promesse dans les deux sens du mot : promesse que fait la vie au narrateur à travers une mère passionnée ; promesse qu'il fait tacitement à cette mère d'accomplir tout ce qu'elle attend de lui dans l'ordre de l'héroïsme et de la réalisation de soi-même. Le caractère de cette Russe chimérique, idéaliste, éprise de la France, mélange pittoresque de courage et d'étourderie, d'énergie indomptable et de légèreté, de sens des affaires et de crédulité, prend un relief extraordinaire. La suprême preuve d'amour qu'elle donne à son fils est à la hauteur de son cœur démesuré. Mais les enfants élevés par ces mères trop ferventes restent toujours, dit l'auteur, " frileux " de cœur et d'âme, et chargés d'une dette écrasante qu'ils se sentent incapables d'acquitter. Rarement la piété filiale s'est exprimée avec plus de tendresse, de sensibilité, et cependant avec plus de clairvoyance et d'humour.

C'est toujours un plaisir de se laisser porter par la plume de Gary, doublement ici puisqu'il prend position d'auteur-narrateur et - même si le tout reste très romancé - que l'on s'approche de la biographie, de l'homme donc.

Et finalement peu importe où commence la mise en scène et où s'arrête la vérité. Après avoir lu ce roman je n'ai pas envie de le savoir ! À mon sens, cette partie de sa vie vue par sa plume ne souffrirait pas qu'on l'altère, à l'Histoire je préfère et de loin cette version ;)

Il faut dire que dès l'enfance, ce roman autobiographique a tout des grandes chroniques de vie de Dickens ou Irving : un fils sans père, élevé par une femme courageuse dans la pauvreté puis dans un pays étranger et qui se charge de rêver pour deux.
Tableau à la fois drôle, émouvant, cynique parfois, critique moins souvent mais toujours respectueux. Surtout envers cette mère, qui pourrait pourtant être accusée de bien des maux, Gary arrive à retrouver et transmettre son regard d'enfant ; impressionnable, sous le charme, prêt à tout...

Pourtant La Promesse de l'aube n'est pas uniquement le portrait d'une femme, ni même la description d'une relation mère-fils particulière. Au-delà c'est aussi la construction d'un homme de l'arrivée en terre promise française à la Seconde Guerre Mondiale, d'un grand artiste du XXème siècle et d'un hommage aussi à sa première muse, celle qui depuis toujours l'a poussé en avant et a cru en lui, parfois même trop pour son propre bien, sur le destin et les tours qu'il nous joue, sur les promesses que placent tous les parents sur les épaules de leurs enfants...
Un roman riche et prenant, que l'on connaisse déjà Roman Gary ou pas (mais bien plus intéressant quand on connait un peu son œuvre) et qui m'a donné envie de le relire et notamment Les Racines du ciel

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Romain Gary, La promesse de l'aube

C'était la lecture du mois d'avril (encore plus en retard :p )
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