Je n'aime pas les cartes postales. Elles disent si peu et surtout mal.
Les formules sont convenues, les images balourdement drôles pour ne pas dire beaufs ou mensongères...

Pas plus qu'une photo de moi devant un lieu, un bâtiment, un paysage. Je crois même que mis à part peut-être enfant, ces photos n'existent pas.
Je préfère les faire les photos, déjà. Mais pour autant je ne serai jamais de ceux qui disent "mets toi là, on l'enverra à..."

Je ne voyage pas pour les autres.

C'est un acte de pur égoïsme, j'assume et j'adore çà. Peut-être même est-ce la raison pour laquelle j'adore çà.

Au-delà, je n'ai besoin de rien pour inscrire mes souvenirs.
Ceux de vacances sont faits de sensations : l'odeur de la mer, la chaleur du soleil, le goût d'une nuit d'ivresse, la mélodie d'un instant, un fou rire inexpliqué... Plus que d'une image c'est de çà dont je veux me souvenir, et tant pis si j'oublie.
Au contraire même. Car lorsque, nostalgiques, on reparle de ces vacances j'aime justement qu'un souvenir me revienne, me prenne par surprise parce qu'un de mes compagnons de voyage lui se souviendra, parce qu'il aura vu le détail qui m'aura échappé, parce qu'il aura vu les choses différemment lui à ce moment T...

Mes albums restent donc désespérément vides. Quand je pars en vadrouille pour faire des photos, c'est un moment dédié. En dehors de ce cadre je déteste mitrailler, et on ne fait pas des albums de plan larges et de paysages, de terres désertes et de rues remplies d'inconnus.

Pourtant je me sens riche, d'anecdotes vécues, de moments pleinement offerts pendant lesquels je ne me souciais pas encore du souvenir, juste de celui de profiter, d'ouvrir grand les yeux non pas pour enregistrer mais juste pour le plaisir de l'instant.

Et après tout, est-ce que ce n'est pas çà justement le rôle des vacances ? Ce petit espace temps où on mets les "si" les "peut-être" et le futur au repos, la caboche en RTT ?

Alors voilà, mes vacances sont faites de rires, de complicité, de soleil et de pluie, de moments de flous, de gueules de bois, de brèches de souvenirs qui nécessitent ceux des autres pour être complets, de scènes loufoques et souvent improbables pour qui ne les a pas vécus avec moi, de tas de visites dont je me souviens volontiers de la beauté mais rarement du nom, de cabines téléphoniques, de sandwichs vite avalés, de longues siestes en plein après-midi, de lectures toujours, de voyages en train entre amis, de jeux de raquettes sur la plage, de randonnées encore et encore, de soirées autour du feu, de musique, tellement, d'étouffants embouteillages en voiture sur l'autoroute, de guides dans le sac à dos, de problèmes de traduction et de jetons pour l'eau chaude de la douche, d'engueulades, de maisons à la campagne, de jeux de société...

Mais je ne peux rien vous en montrer, je n'ai que mes mots pour en parler, et je crois qu'au final c'est encore de cette manière, qu'à ma façon, j'en suis au plus près :)


Merci à Painteau pour l'inspiration :)