Biographie fictive du jeune Edwin Mulhouse, auteur méconnu du roman "Cartoon" et décédé à l'âge de 11 ans, par son camarade de classe et voisin Jeffrey.
Les premières années de ce qui serait sans conteste devenu un génie littéraire d'après le jeune biographe.
Il s'agit donc d'un roman, complétement fictif sous la forme d'une biographie d'un jeune romancier en devenir et écrite par son meilleur ami.
Le côté loufoque est donc évident rien qu'avec le quatrième de couverture mais on le retrouve au fur et à mesure du récit même si l'ambiance vient à changer en cours de lecture.

On démarre donc avec les premières années, par se familiariser avec le style de narration. Le biographe autoproclamé est au final tout autant présent que son sujet puisque ces deux là, nés à quelques mois d'intervalle, ne se quittaient presque pas.
Pour autant, même si au travers du récit ressort un parfum d'enfance, le narrateur ne s'exprime pas comme un enfant (il aurait commencé la biographie à la fin de la vie d'Edwin, et terminé pour publication âgé de 29 ans) et parfois même de manière trop sérieuse. On sent au final un personnage qui même dans son comportement est de prime abord plus insolite que son sujet. Edwin est rêveur, tête en l'air, obsédé par des choses de son âge (puzzle, BD...) quand Jeffrey pose un autre regard sur la vie, se voit déjà biographe et voue un véritable culte à son ami.

Le récit de cette vie d'enfant vu par un autre a un aspect nostalgique (comme pour la Guerre des boutons ou le Petit Nicolas) mais qui reste contrebalancé par l'étrangeté de la situation qui est elle-même renforcée par de nombreux points : les enfants qui philosophent, le côté "génie" d'Edwin, un petit quelque chose d'effrayant dans le regard que porte cet enfant de 11 ans sur son sujet et sur le monde (comme si le prisme de l'enfance habituel était ici faussé).
De même les longues descriptions, certaines scènes inconséquentes viennent brouiller le tout ; jeu entre le regard de l'enfant de 11 ans et l'écriture du jeune biographe de 29 ans je suppose. Le tout ne simplifiant pas la lecture.

Un autre résumé en 4ème de couverture évoque "un quelque chose de Kafka". Et je dois avouer que même si je trouve le terme un peu fort je ne trouve pour autant pas de meilleure définition.
Et "une ambiance un peu étrange avec des éléments invraisemblables dans un contexte atypique" c'est un peu long et c'est moins parlant :p
Je crois qu'en fait, on est face à un véritable "ovni littéraire" et que mis à part mes sensations de lecture je n'ai pas les outils pour classer, catégoriser ou comparer ce roman à rien d'autre.

Le dénouement m'a vraiment mis mal à l'aise jusqu'à la révélation finale qui bien que sombre est à mes yeux géniale ! (et je me force vraiment pour ne pas en dire plus).

Pour résumer un roman complexe et inclassable, dont le style peut dérouter, une lecture "à ambiance" loin de laisser présager sa fin, une nostalgie de l'enfance et de l'innocence qui se délite peu à peu.
Une lecture atypique mais pas universelle je le crains !



Steven Millhauser, La Vie trop brève d'Edwin Mulhouse

Merci à Blog-o-Book et au Livre de Poche pour cette lecture