Un explorateur anglais navigue vers le pôle quand il sauve in extremis un homme à la dérive sur un bloc de glace.
Le rescapé du nom de Frankenstein semble torturé par un lourd secret quand il décide de se livrer à son sauveteur.
On a tous en tête Frankenstein et sa créature, personnages devenus aussi mythiques que Dracula dans l'univers littéraire et cinématographique.
J'aime cependant ce retour au source et la découverte des textes orignaux fondateurs.

Nous sommes en pleine période du roman gothique anglais, son déclin est proche et les auteurs cherchent à faire évoluer le genre ; transition dont Shelley deviendra emblématique avec ce roman qui a posteriori sera considéré comme la première œuvre SF.
Dracula n'a pas encore vu le jour et les romanciers s'amusent à faire peur, à soumettre leurs personnages à l'effroi et aux tourments de la folie...

Ici, en s'inspirant des légendes de Golem ou de Prométhée modernisées, un scientifique sous le coup d'une frénésie inconsciente donne la vie à une créature monstrueuse. Regrettant son geste, il s'en détourne jusqu'à ce que le monstre vienne le hanter.

La trame en soit est assez bonne et équilibrée, le thème juste.
Pour moi, lectrice du XXIème siècle, ce qui pêche c'est le récit en lui même.

Sur la forme déjà, les propos rapportés, les différents narrateurs tous s'expriment avec le "je" et le style invariant, ce qui crée des confusions parfois (qui parle ? est-ce du vu ou du rapporté ? etc...)
De plus, Frankenstein, narrateur principal, en proie avec le remords et le chagrin se décrit surtout lui-même ; soit pour expliquer son geste initial, soit pour montrer son désespoir.
La créature, elle, ne vient qu'en second plan, on en sait peu de choses au final, ni sur sa création ni sur son apparence détaillée.

Ensuite, il y a de fortes incohérences qui rendent le tout peu crédible.
Le passage récit de la créature par exemple. Rien que sa manière de s'exprimer, parfaitement égale à celle de son créateur n'est pas plausible, trop humanisante et sonne faux. Tout comme les nombreuses références littéraires évoquées, qu'on survole plus comme un catalogue que comme des éléments de description ou de compréhension.

Au final çà manque de rythme. Frankenstein s'étendant trop sur son tourment, sa culpabilité...
Seule la fin, avec son dénouement ouvert donne satisfaction.

Pour résumer un roman certes classique et fondateur mais qui, au-delà de l'idée géniale du scientifique créateur d'une vie monstrueuse, n'a rien de plus à offrir.
Décevant !



Mary Shelley, Frankenstein : Ou Le Prométhée moderne


C'était la lecture du mois de février
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