En passant la porte, j'ai tout de suite senti qu'elle n'était pas là.
Je ne saurai trop l'expliquer, j'ai pensé "elle est partie" comme j'aurai dit "on s'est fait cambriolé". Avec à la fois incrédulité et désarroi...

Depuis je cherche à comprendre à travers les objets, comme si la réponse était là sous mes yeux.
Le téléphone est resté décroché... d'où la ligne en dérangement. La porte était fermée à clé. Le frigo ne contient quasiment rien et surtout des trucs périmés. Il y a une bouteille de vodka vide renversée au pied du lit et un cendrier plein sur la table de chevet à côté de son portable éteint. Les volets sont fermés. Ses vêtements sont toujours là, éparpillés, il y a en a même sur le sol. Le dressing est resté allumé. Tout est en place dans la salle de bain, sa serviette roulée en boule sur le panier à linge.

La question qui m'obsède à l'instant, je veux juste savoir... depuis combien de temps. L'inquiétude et la colère viendront ensuite, je le sais.
Bien qu'au fond, je sais aussi que cette inquiétude sous-jacente m'est destinée, à moi et uniquement à moi comme si le mot "SEUL" était inscrit en surexposition sur tout ce sur quoi mon regard se porte.

Se composer un air détaché, et aller voir le gardien. L'air de rien, demander le courrier et là je saurai.

Deux putains de semaine ! Salope ! et même pas un appel, un mot rien... elle qui soit disant ne pouvait se passer de moi...
J'ai envie de casser un truc, là tout de suite. Me faire çà à moi ! Après tout ce que j'ai fait pour elle ! Non mais sérieux, elle n'a pas à se plaindre même quand je ne suis pas là elle a tout ce qu'il lui faut et c'est pas grand chose vu qu'elle fout rien de sa putain de vie : vodka, clope, une télé, quelques belles fringues siglées où foutre son petit cul quand elle doit se traîner dehors ou que je la sors un peu.

Ou alors elle a flippé, une petite crise d'angoisse alcoolisée et... Mais où est-ce qu'elle peut bien être bordel ? Avec un mec ? Ah putain si elle est avec un mec... Non aucun risque, à se trainer ici à longueur de journée et avec sa tête de défoncée elle risquait pas de... mais merde et si... non elle n'aurait pas pu se retaper en un mois sans m'en parler, je l'aurai senti, au téléphone.
J'ai du mal à me souvenir de notre dernière conversation, elle devait voir une fille, soit disant. Laquelle ? Putain je me maudis sur ce coup là, je m'étais pourtant bien dit de ne pas l'appeler défoncé... mais bon, je l'étais un peu H24 ces derniers temps. Il faut juste que me concentre un peu.

J'ai peut-être un peu déconné, un mois quand même. Mon mois est passé vite, mais le sien ?
Quand je revois les bribes de défonces qui me reviennent, les images comme des photos d'un autre je suis presque écœuré. Je me demande même pourquoi elle s'était pas déjà tirée depuis longtemps.
Mais elle savait pourtant que j'allais revenir, je reviens toujours ! Et qu'est-ce que j'étais content de revenir, la savoir à m'attendre, à me sauter dessus dès que je mettrais la clé dans la serrure, puis à me bouder un peu et finalement à me faire les gros yeux quand je lui dirai qu'elle a une tête de déterrée et puis l'emmener dîner et danser, boire trop et lui faire l'amour le nez encore empoudré...

Le nom de la fille, réfléchis, réfléchis !