Suite au suicide de son père adoptif, l'auteur revient sur les années passées avec ce père inespéré : l'amour discret mais confiant, mais aussi l'homme sa nature et sa raison d'être.
L'hommage d'un fils, tout en douce nostalgie, pour, à travers les mots, offrir au personnage une part d'immortalité.

À nouveau, une lecture autour du deuil mais une fois encore traité différemment.

J'ai eu un peu peur au premier abord que le récit soit une monotone recherche du "pourquoi" à travers le passé du défunt. En réalité on s'en approche par moment, mais j'aurai tendance à dire comment faire autrement face à un suicide ?
Pour autant le principal message n'est pas là, il s'agit avant tout de se souvenir, de dire merci à sa manière à cet homme qui tout au long de sa vie a beaucoup compté pour le romancier. On est face à une douleur consciente et en quelque sorte apprivoisée qui doit s'exprimer.

Mais voilà, je me suis un peu ennuyée. En partie parce que je sortais d'une lecture très prenante qui me trottait encore en tête, mais aussi parce que quelque part on est dans l'intime et il y a une part d'insaisissable dans ces évocations et souvenirs. L'homme décrit était le père d'Éric Fottorino, plus qu'un portrait il nous en donne des moments clés, des scènes qui l'ont marqué lui enfant ou adulte mais son lecteur n'est pas toujours perméable à l'émotion suscité chez ce fils qu'il n'est pas !
Ce n'est pas évident à expliquer mais c'est un peu comme si un inconnu se mettait à vous raconter des scènes, parfois banales, de sa vie ; au bout d'un moment on décroche un peu.

Malgré tout l'écriture est impeccable, il y a tout de même de l'empathie pour ce fils qui à sa manière dit adieu à son père et aussi pour la motivation qui active le romancier. On comprend que déjà dans ses précédents romans, au travers de différents personnages, son père était présent, qu'il avait pour son écriture un rôle capitale et que par là même ce roman dédié est une nécessité.
Et puis, il a de très bons passages :)

Mon père m'a laissé mes mots et la force d'écrire ces pages pour lui dire mon attachement.

  Si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui.

Tu m’aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas oublier l’ordre des choses. Tu m’aimais tout bas sans le dire, sans éprouver le besoin d’élever la voix. C’était si fort - la force de l’évidence - que tu ne l’aurais pas crié sur les toits...



Éric Fottorino, L'homme qui m'aimait tout bas

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Folio pour cette lecture.