Dans la campagne anglaise, à l'arrivée de l'été, une ferme se révolte et les animaux prennent le pouvoir.
Sous la coupe d'un cochon utopiste, les animaux édictent les commandements de leur nouveau royaume avant de se lancer dans cette toute nouvelle liberté qui elle aussi requiert bien des sacrifices.
Mais de la révolution au totalitarisme, il n'y a qu'un pas bien vite franchi...


Et Orwell se charge ici de nous montrer les étapes qui y mènent.
Cette "fable" écrite après la Seconde Guerre Mondiale, n'a pourtant pas vieilli au même titre que certaines morales animales de Lafontaine.

Sous couvert d'animaux parfois un peu bêtes et ridicules la thématique est pourtant dure et la leçon facile à retenir.
L'utopie libertaire qui sert de base à cette fable est sincère, on ne remet pas une seule fois en cause l'injustice que peuvent vivre ces animaux et la pureté de leurs motivations : égalité et travail pour tous contre confort et sécurité.
Cependant, peu à peu, l'égalité s'effrite puisque ce sont les dirigeants (dont on reconnaîtra un simulacre de Napoléon Bonaparte assez aisément) qui s'attribuent le plus de confort, le moins de travail etc... le tout en usant de l'argument de sécurité et du bien-être générale pour exiger ces sacrifices de la majorité des animaux !
Cela semble tout bête (sans jeu de mot) comme çà, mais même si le lecteur sent bien venir la pente glissante dictatoriale qui se met en place, il comprends aussi aisément que la plupart des animaux n'y voient que du feu : on réécrit l'histoire et les commandements (puisque seule l'élite est lettrée), on évince puis calomnie les protestataires qu'on accusera ainsi de tous les maux, on crée des ennemis et des menaces potentielles afin de préserver l'argument infaillible de la sécurité...

Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres.


Orwell mène le tout d'une main de maître, ses personnages animaux sont caractérisés, identifiables et jouent tous un rôle particulier dans cette composition structurée et sans fausse note.
À la lecture on assimile bien trop souvent des évènement ou des personnages à des faits historiques et même, d'autant plus effrayant, à l'actualité.

Une fable politique essentielle, à la fois constat et mise en garde, qui se lit facilement même pour les plus jeunes à condition que la lecture soit suivie d'une explication.
Un conte mi-amer encore bien trop moderne par bien des aspects et qui nous décrit un processus menant à un totalitarisme encore bel et bien d'actualité.



George Orwell, La Ferme des Animaux




5/14