Quand le sommeil ne suffit plus à vider ma tête, quand je la saoule avec des images, des ordinateurs, des écrans de télé et des reportages à la chaîne, la zapette dans une main et les gens qui défilent sans que les sons passent la barrière de mon esprit anesthésié. Plus de fantôme rêvé à lentement étrangler.

Faut que je bouge quand je maudis les gens intérieurement plus de 20 fois par jour, pour un strapontin pas levé, un café renversé, un merci oublié, une file d'attente bruyante, un chewing-gum sur un siège, une musique trop forte, un empoté en plein milieu à contourner.

Il faut que je me bouge quand je sens que mon poing serré dans ma poche, les ongles qui réveillent ma paume meurtrie, ne demande qu'à se transformer en coup porté, en nez cassé, en lunettes envolées, en mauvais exutoire à portée.

Il faudrait que je bouge quand les malheurs des autres me font souffler, quand je m'en balance comme de ma première cigarette en en allumant une autre justement, juste pour passer le temps et continuer de faire semblant d'écouter, essayant de ne pas laisser mon regard errer sur la rue, les gens, à cette terrasse de café où peu importe qui est de l'autre côté de la table. Une tête à claquer de plus, certainement.

Je devrais bouger quand je ne trouve plus de raison de me lever le matin, ni de me coucher le soir, que sourire me fait mal au ventre, d'être agréable avec les connus et les uns... les autres quoi.

Alors un besoin viscéral de soleil, de repos, de farniente ? On va dire çà, on va dire çà... Sûrement même.

Une nouvelle vague de rage passagère, je tiens encore les griffes mais pour combien de temps ? Il parait qu'on s'arrange pas en vieillissant... Et quand on explose avant, çà se passe comment ?

D'ici là, fais le pour moi, pour toi, pour qui tu voudras, mais fais toi petit, tout petit, minuscule que j'oublie même que tu es là. Il ne fait pas bon être sur mon chemin dans ces moments là, tu pourrais y laisser de la peau, des larmes, un bout de coeur, une once de fierté, une dose de courage et même tous les mots de ta bouche. Parce que çà me donne grande gueule, tu sais, et on apprécie rarement ce qui en sort, elle griffe, lamine, lacère, empoisonne, cogne.

De mon côté, je fais ce que je peux. Faut juste que je bouge...