La jeune Susie, 14 ans, est violée et assassinée par un de ses voisins en rentrant de l'école.
Cette mort violente fait d'elle un ange, coincée entre deux mondes elle contemple le gouffre béant qu'elle a laissé au sein de sa famille, l'enquête qui n'aboutit pas et le quotidien tranquille de son bourreau...
Elle erre entre sa famille, ses amis et ses souvenirs, jusqu'à apprendre peu à peu à lâcher prise.

On s'en doute, rien de bien réjouissant dans ce roman tout en émotion.
La première partie du récit qui débute par ce crime violent et révoltant est assez rude, à la limite du supportable puisqu'il est raconté par la victime elle-même, narratrice de tout le roman.

Pour autant la suite paraît plus "plate".
L'idée de la victime devenu ange et continuant de partager les douleurs, interrogations, souffrances puis guérisons de son entourage est pourtant bonne, pleine d'émotions aussi mais on finit par tourner un peu en rond.
Parce que ce regard se prolonge pendant des années, au point qu'on en perd un peu la finalité. Tout comme la famille et Susie, on renonce au dénouement heureux, à la punition du coupable...
On referme le livre avec ce goût de nostalgie et de dégoût mêlés, un goût d'injustice.

Sinon l'ensemble est assez réaliste, pas de grands anges avec des ailes, de description d'un paradis merveilleux. On est dans du fantastique soft qui se concentre surtout sur les vivants et les souvenirs de Susie.
On découvre donc sa famille, en plein drame et qui va devoir vivre avec lui comme un cancer rongeant la famille : on évite le sujet dans la maison, le père obsédé par le coupable, la sœur qui devient "la fille dont la sœur a été tué", le petit frère à qui personne n'explique rien et qui ne comprend pas...
Chacun tente de faire face à sa manière et de guérir cette plaie béante que l'absence de corps, de coupable et d'explications rend encore plus insupportable.

Un roman dur donc, assez choquant dans les premières pages et qui s'adoucit peu à peu, comme une cicatrisation douce-amère.
Alice Sebold joue de toute sa sensibilité pour donner vie aux émotions de ses personnages et, si ce n'est quelques longueurs qui alourdissent un peu l'ensemble du roman, nous livre une histoire réaliste et émouvante.
Le roman a été porté à l'écran par Peter Jackson sous le titre "Lovely Bones", sorti en DVD au mois de juin dernier. Je ne l'ai pas vu et les critiques semblent mitigées. Si l'un de vous l'a vu je serai curieuse d'avoir son avis :)



Alice Sebold, La nostalgie de l'ange

Merci à Blog-o-Book et aux éditions J'ai Lu pour cette lecture