Alice et Mattia sont comme deux nombres premiers jumeaux : bien que très proches, ils n'arrivent jamais à se toucher.
Une relation bancale, forte et asymétrique mais qui ne pouvait pas ne pas être puisque tout les rapproche : enfance difficile et ambiance familiale pesante, exclusion et mal-être, repli sur soi...
L'histoire d'un couple éternellement en devenir qui alterne retrouvailles, séparation et absence, rendez-vous manqués, rapprochements, fuites, espoirs et déceptions.

Une lecture par moment assez dure, bien que riche, aussi ne pensez pas vous évader avec ce roman mais bien faire face à l'humain et pas toujours sous son meilleur jour.

Rien de glauque cependant, mais une vérité, nue et non enjolivée ; celle de deux ados un peu paumés qui tentent tant bien que mal de se raccrocher l'un à l'autre, qui par peur et manque de confiance se ratent et se lancent dans la vie en trébuchant sur leur passé.
Un chassé croisé entre ces deux vies intéressant mais qui selon moi manque de finalité (mais je suis sûrement aussi influencée par La septième rencontre, lu récemment et qui traite la thématique différemment, mieux à mon goût).

Autant j'ai vraiment apprécié toute la première partie sur l'enfance des deux personnages et leur rencontre, le déroulement de leur vie adulte autant la dernière partie jusqu'au dénouement m'a fait oublié cette première impression. Un sentiment de fin qui se précipite un peu, d'une inéluctabilité pesante et presque imbécile jouée jusqu'au bout et qui donne un côté grotesque aux caractères des personnages... Bref petite déception.
Ajoutons aussi les quelques paragraphes barbares sur les maths en fin de volume (qui pourtant étaient bien maîtrisés au départ) et j'étais assez contente de refermer le livre.

Un roman bien pensé et vraiment vivant, qui nous livre deux personnages cabossés mais qui suscitent une véritable empathie à la lecture, dont la relation sera un perpétuel acte manqué. Modèle auquel se soumettra finalement le roman avec un dénouement lui aussi sous la forme d'un rendez-vous manqué !



Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers