Je suis la génération 35h, celle dont on dit qu'elle a perdu la valeur travail et n'a goût que pour les loisirs.


Je suis de cette génération qui rêvant d'un CDI  a battu le pavé, banderole au poing, pour défendre ce doux avenir qui semblait bien normal.

Je suis de ces jeunes qui au travail sont considérés comme jeunes jusqu'à 35 ans, et payés en conséquence, avant de passer du côté des vieux ; comme çà d'un coup, frémissant de perdre leur postes et de ne plus être employables.

Je suis de ces anciens étudiants qu'on a laissé à la dérive, mener des études en leur disant qu'elles ne servaient à rien.

Je suis de ces jeunes travailleurs qui cotisent pour les autres, et dont on dit qu'ils n'auront jamais de retraite ; "soyez prévoyants, épargnez !"

Je suis de cette bande de feignants qui refusent de travailler le dimanche et le soir après 20h, qui ne vivent que pour des vacances et des loisirs imaginaires que leur pauvres salaires ne peuvent s'offrir.

Je suis cette jeunesse égoïste en quête de reconnaissance et d'accomplissement plutôt que d'une gloire illusoire, et le rôle d'éternel faire-valoir.

Je suis de ces désenchantés à qui le travail n'apporte rien mais qui doit bien se lever le matin, remplir le frigo et payer le loyer...

Je suis un box anonyme d'open space, un être automatique, interchangeable et sans intimité exécutant des tâches sans intérêt mais urgentes.

Je suis le "jeune actif" qui frémit devant son banquier, ce père fouettard moderne.

Je suis cet adulte qui tire la gueule dans le métro tous les matins, et se presse vers son job sans même savoir pourquoi.

Je suis de ceux à qui on présage monts et merveilles, en échange d'un peu de patience, mais qui ne voit jamais rien venir.

Je suis les abstentionnistes, convaincu et vaincu à ce que rien ne change.

Je suis assailli de toute part, coupable sur tous les fronts : achète bio ! trie tes déchets ! ne prends pas ta voiture ! bouche le trou de la sécu !


Je suis jeune mais sans âge à l'intérieur, résigné avant l'heure mais décidé à ne pas m'échiner pour un avenir qu'on me promets terne.
Alors la "valeur travail" vous pouvez vous la carrer où je pense...