Il y a ceux qui sont généreux, la distribuent comme une richesse, à profusion, à partager, aveuglément. Au risque de se voir qualifier de "naïf". Ils n'en n'ont cure, se sentent bien comme çà, ne regrettent même pas les fois où elle a été donnée à tort, extirpée et abusée. Un accident de parcours, tout juste.

Ceux là, même si on chuchote dans leurs dos, même si certains les mettent en garde, suscitent une certaine admiration, une admiration officieuse. Parce qu'ils ne vivent jamais dans la crainte, la suspicion, la méfiance. Ces mots leur sont étrangers, ils en riraient presque : pourquoi les a-t-on inventé ? Ils ne devraient pas exister.


Il y a ceux qui la donnent avec parcimonie et sagesse, comme un trésor, selon une liste de critères connus d'eux seuls. Cette clairvoyance semble naturelle et est bien rarement trompée, comme si la seule certitude y inscrivait la véracité.

De ceux là la compagnie est recherchée. En un sens c'est une belle reconnaissance que de se la voir attribuer par cette caste mystérieuse qui semble voir là où les profanes sont aveugles.


Il y a aussi ceux à qui il faut l'arracher, la batailler et la revigorer sans cesse. Ils veillent sur elle comme un dragon sur son tas d'or, prêts à mordre le premier qui s'en approche, qui hésitent, en cèdent un peu puis reviennent l'arracher brusquement. Ceux là seront souvent ceux qui finalement l'orienteront mal, se promettant de mordre plus tôt la prochaine fois...