La jeune Tess est issue d'une grande lignée aristocratique éteinte ; les d'Uberville.
Sa famille désargentée vit dans le Wessex, région champêtre et isolée. Alors que son père rêve de redorer le blason familiale, Tess est envoyée pour servir dans la maison d'Uberville, dernier vestige de la grandeur passée... Ses parents espèrent secrètement un mariage mais sont loin de se douter de la frivolité des moeurs du maître, qui va perfidement "séduire" la jeune femme contre son gré et l'abandonner à son sort de fille-mère.

Ce triste épisode allié à la honte et à la nature franche de Tess vont faire de sa vie une succession de drames, dans une Angleterre de la fin du XiXème où la réputation d'une femme est un bien fragile...


Roman sombre et difficile que Tess. J'ai à la fois aimé et enduré ce roman, il est donc difficile de vous en parler sans paraître mitigée.


Tess ne se déplace presque qu'exclusivement à pieds et ne se lasse pas de contempler la nature environnante, seul réconfort s'il en est dans sa triste vie.
Il y a une grande dualité dans l'écriture, qui se retrouve dans l'alternance entre les tourments de Tess et les magnifiques descriptions de la campagne anglaise.

Bizarrement cette dualité produit aussi une certaine gêne au niveau du récit. Le style narratif de Hardy est très empesé, on a souvent recours au dictionnaire face à des termes presque scientifiques, il fait preuve d'un vocabulaire très riche (Ce n'est pas une question de traduction, j'ai vérifié. D'ailleurs de grands écrivains de l'époque lui reprochaient cette "emphase lexicologique") et qui correspond assez peu à la description de la vie campagnarde et des travaux des champs.
On sent tout de même que les évènements sombres et terre à terre du destin de l'héroïne sont compensés par une nature riche, foisonnante et lumineuse qui élève l'esprit.


Pour autant, je ne peux m'empêcher de penser que la vie de cette femme est une vraie descente aux enfers où jamais rien de s'arrange. Même quand en apparence il y a du mieux ce n'est que pour présager le pire.
Une femme pourtant sans défaut ; vive, joyeuse, dévote, prude, belle, pure dans ses intentions... qui ne doit son malheur qu'à un soupçon de naïveté et à la méchanceté d'un homme.
Il y a un grand désir de justice inassouvi jusqu'à la fin du roman... et c'est peut-être çà qui me dérange le plus.


Associé à cela, le roman traite beaucoup de religion et de dévotion religieuse (les rares longueurs y trouvent leur compte), au point que l'absence de morale finale est presque insupportable. Après une telle succession de malheurs, de déchéances on est tellement pris de pitié pour Tess qu'on espère une rédemption, un soulagement.
L'héroïne est apaisée, mais pas vraiment le lecteur qui reste plongé dans le tragique de cette vie gâchée.


Tess d'Uberville est un roman fort, d'une autre époque indéniablement mais dans laquelle il est bon de se replonger pour le style tout d'abord mais dans ce cas aussi pour la cause féminine toute entière. Je ne me considère pas comme féministe et pourtant il me semble que par certains points ce roman l'est : il nous livre la vie d'une femme soumis à l'injustice de sa condition, et qui par la faute d'une maltraitance masculine aura une vie véritablement tragique.



Thomas Hardy, Tess d'Urberville

3/14