Shalom est un homme accompli et pourtant hanté. Hanté par Dieu, et ce n'est pas peu dire.
Issu d'une famille juive orthodoxe très pratiquante et d'une communauté toute aussi stricte, il a grandi dans la peur de Dieu, celui qui voit tout et puni. Une religion vécue comme une souffrance morale et qu'il rejette à l'age adulte... Alors quand Shalom apprends qu'il va devenir père, il doute et se souvient. Cet enfant sera-t-il l'instrument de la justice divine ?

Il est toujours difficile de parler de religion sans heurter les sensibilités et croyances de chacun, sans être vite affublé d'adjectifs peu enviables.
Cette difficulté me semble encore plus exacerbée quand il s'agit de la religion juive. Le peuple juif est très soudé, uni par ses traditions et son histoire et on imagine mal, quand on est aussi peu versé dans la religion que moi, à quel point cet héritage peut être vécu comme un fardeau, les auto-critiques étant rares.

Le jeune Shalom n'a pas eu une mauvaise enfance au sens générique du terme. Il n'a pas été maltraité, il a mangé à sa faim, vécu dans une belle maison, été à l'école... Cependant cette jeunesse est empreinte de terreur et de honte.
Terreur face à un Dieu omniscient dont on lui a appris à ne pas provoquer la colère, un genre de père fouettard hystérique qui, pour un rien, peut vous foudroyer sur place vous ou votre famille... Et quand cet avertissement vous ai répété à tout bout de champs par vos amis, parents, voisins, professeurs etc il y a de quoi devenir parano.
Honte également quand il porte sur ses épaules l'avenir du peuple juif, celui pour lequel tant d'entre eux ont souffert et se sont sacrifiés. Face à une mère qui use des camps de concentration pour faire naître le remords à la moindre incartade.

Une souffrance psychologique sur laquelle l'auteur revient (sur ce point on ne sait pas tout à fait où s'arrête l'autobiographie et où commence la fiction mais peu importe) avec son regard d'adulte empreint d'ironie. Le résultat donne une narration de faits difficiles mais contés avec humour, peut être un peu trop parfois.
Il faut reconnaître à Auslander un certain courage, après une telle enfance et face à une communauté si soudée, d'élever la voix pour dénoncer un système éducatif religieux et devenir ainsi le vilain petit canard.

J'ai vraiment passé un bon moment avec ce roman, et même si il faut nuancer la part fictive, j'ai la sensation d'avoir beaucoup appris. L'idée toute simple que l'on puisse vivre une religion dans une telle terreur ne m'avait jamais effleuré l'esprit.
Ajoutez à cela l'humour souvent décapant, et on ne voit pas vraiment défiler les pages, à l'exception cependant de petites répétitions dans les anecdotes et les procédés de narration qui portent un peu préjudice à l'ensemble.

Pour résumer un roman sympathique, et je relirai cet auteur avec plaisir !



Shalom Auslander, La lamentation du prépuce

Ce roman a été lu dans le cadre du Prix littéraire des blogueurs 2010, catégorie Indiana. Ma note secrète a été transmise à George Sand.
Les avis des autres membres du jury ICI


2/10