Deux ados amoureux, d'à peine 14 ans, s'enfuient ensemble de leur petite bourgade anglaise pour rejoindre la ville. Nico fuit son père, alcoolique et violent, Gemma le suit par soif de liberté, goût du défi et amusement.
Seulement la ville, quand on est jeune et sans ressource peut vite devenir dangereuse, et malgré des rencontres favorables le couple va vite se retrouver sur la pente glissante : isolement, alcool, drogues de plus en plus dures, vol, prostitution...

J'ai découvert ce roman grâce à la première sélection du Prix Indiana des blogueurs 2010, n'ayant pas été retenu j'ai tout de même décidé de le lire.

Je dois dire que ce roman me laisse perplexe. À la fois je le trouve assez soft par rapport à ce dont je m'attendais de l'auteur (en même temps je commence à avoir pas mal de lectures sur la drogue et les toxicomanes au compteur, peut être l'effet choquant s'est un peu atténué...), et pour autant je le trouve bouleversant.
Burgess a fait le choix du jeu des regards croisés, et notamment ceux des deux ados, ce qui plonge son lecteur dans l'intimité de tous les intervenants (et ils sont assez nombreux). Ce mode de narration permet aussi de saisir toute la naïveté des deux jeunes et de leur compagnons d'infortune, et de mettre en relief la banalisation de l'héroïne et du mode de vie allant de paire avec la notion d'addiction.
En effet, tout au long du roman, Nico et Gemma se pensent plus forts que la drogue, ne se considèrent pas comme "accro", rejettent le terme de junkie. L'apogée du récit réside dans la réalisation et l'acceptation de leur addiction, puis dans les choix qui en découlent...

Je n'aime pas entendre dire que "tous les jeunes devraient avoir ce livre dans les mains", et pourtant je dois reconnaître qu'il y a ici un rôle de prévention évident. Les deux ados plongent sans même le savoir car ils ne connaissent rien à la drogue, n'ont entendu que des "on dit" qui sont vite rejetés par les autres jeunes sous forme de moqueries. Il me semble que tout comme pour le préservatif, en parler est essentiel, et qui mieux que deux ados de 14 ans pour leur en parler ?
Pour ma part j'avais eu droit à la lecture de Christiane F au même âge (merci papa), qui m'avait terriblement choquée mais assurée aussi que jamais au grand jamais une telle aiguille ne franchirai mes veines par curiosité ou goût du risque comme c'est bien souvent le cas. Possible toutefois que ce roman ai quelque peu veilli, Junk quant à lui est dans l'air du temps.



Melvin Burgess, Junk