Catherine Morland est une jeune fille de la campagne anglaise, issue d'une famille relativement modeste. Rien ne semble la discerner particulièrement : sa beauté est assez fade et elle ne possède aucun don spécifique. Seul son esprit romanesque et son goût prononcé pour la lecture en font pour le lecteur un personnage attrayant et atypique mais cependant en total discordance avec les valeurs et qualités prisées à cette époque chez une jeune femme.
Catherine est invitée par ses amis les Allen à venir séjourner quelques semaines à Bath, et c'est pleine d'émoi et de rêveries que la jeune héroïne se plonge dans l'univers des salons, du faste, de la manipulation et des jeux de l'amour.

Ce roman est très différent des autres oeuvres de Jane Austen. Elle dépeint une fois de plus, sur fond d'histoire d'amour, une société relativement mysogine encline à ne faire valoir que les richesses, mais par des procédés tout autre que ceux que l'on connait à Orgueil et Préjugés ou encore Emma.
Jane Austen incarne elle aussi un rôle dans ce roman, à travers le narrateur (qui était jusque là absent de ses romans) qui se considère comme le biographe de Catherine Morland. Elle s'adresse ainsi de nombreuses fois au lecteur, que ce soit pour demander son indulgence sur la précision des faits rapportés, pour l'interpeler sur des faits condamnables, ou encore pour glisser ci et là des critiques acerbes sur la littérature reconnue de l'époque.

Ainsi, quand on a lu un peu de Jane Austen, ce choix d'écriture surprend quelque peu : le lecteur n'est plus seul avec son héroïne. Les critiques sous-jacentes habituelles laisse place à un narrateur beaucoup moins ambigüe qui nous laisse comprendre toute la verve dont l'écrivain était capable, mais aussi tous les jugements contenus et diffusés de manière plus légère dans les autres romans. (J'ai particulièrement été surprise par le passage concernant la valeur du roman qui était alors fortement décrié par ses contemporains).
La notion de "roman" a une grande importance tout au long du récit (au delà de la critique émanent pour la défense et la reconnaissance du genre). Anne Radcliffe tout particulièrement y trouve une place d'honneur. Les différents personnages parlent de littérature, la mère de Catherine prône particulièrement le genre pour l'apprentissage, et l'imagination débordante de la jeune femme est directement influencée par ses lectures.

Pour tout le reste, on retrouve une Jane Austen aux personnages bien trempés et fantastiquement réalistes. Isabelle Thorpe incarnant le personnage insupportable (quoique son frère lui retirerait presque la palme), Henry Tilney l'homme ténébreux parfait. Ajoutons qu'à la différence d'Emma ou d'Elisabeth, Catherine n'a que peu d'esprit : elle est très naïve, n'a guère d'opinions arrêtées et a peu connaissance de la nature humaine. Ce sont ces traits de caractère associés à son incroyable gentillesse qui feront tourner les coeurs ! (qu'elle le désire ou non), et l'attachement du lecteur.

Un roman différent mais tout aussi savoureux qui démontre une fois de plus le génie et la grande ressource littéraire de Jane Austen.



Jane Austen, Northanger Abbey

Prochain billet austinien sur Mansfield Park !