Il est vraiment difficile de résumer Lunar Park. Certains diront "fiction biographique", d'autres "délires de l'écrivain", les sceptiques parleront de "récit halluciné sous l'emprise de stupéfiants".
Rien de tout cela n'est faux, mais rien de tout cela ne peut le résumer à lui seul.
Le jeu de ce roman réside dans la mince frontière entre la biographie, le vécu donc, et la fiction, entre peur et désir. Dualité que doit affronter tous les écrivains.
Ellis joue parfaitement de cette ambiguïté.
En nous plongeant tout d'abord dans sa vie houleuse d'écrivain célèbre et richissime ; une vie d'excès bien semblable à celle de certains de ses personnages romanesques, jusqu'à ce qu'il se range. Essayant au mieux de se satisfaire d'une vie plus terne de riche banlieusard américain. Ensuite intervient la fiction, à mi-chemin entre le délire et le fantasme, l'écrivain se fait rattraper par son oeuvre. Et quand on la connait un peu, l'idée n'a rien de réjouissant.

Et justement, quand on connait un peu Ellis et ses romans (mais qui aujourd'hui ne connait pas au moins de réputation Americain psycho ?), on lit Lunar Park avec étonnement. Sa prose est toujours impeccable mais ne porte plus le regard d'un autre. L'auteur se livre, se dévoile et on le découvre hanté par ses créations.

Personnellement j'ai beaucoup apprécié cette lecture. Malgré son côté parfois loufoque et délirant, elle offre un point de vue à la fois biographique, fictionnel et allégorique du rapport de l'écrivain à son oeuvre. Le tout sous une forme prenante et plaisante.

 

Bret Easton Ellis, Lunar Park