- Je suis vétérinaire moi bordel !

J'ai sûrement crié un peu trop fort. Assez pour le regretter à l'instant suivant en tout cas, en voyant sa mine décomposée.
Je le regarde en soupirant, je sais bien qu'il est gêné, et que s'il a fait appel à moi c'est qu'il n'avait pas le choix.

- Ok... Ecoute - Je me lance en chuchotant, regardant le bout de mes chaussures neuves - ta nana là, je ne veux pas savoir d'où elle sort, je ne veux même pas savoir pourquoi tu préfères m'appeler moi plutôt qu'un vrai toubib...

Je l'ai senti se détendre tout à coup, le poids des explications allégeant ses épaules jusque là affaissées.

- Par contre je peux te dire 3 choses : premièrement, il faut lui refaire une santé à ta gamine. Elle est à bout de force là... Alors commence par nourriture équilibrée, 3 repas par jour, sommeil, pas d'excès, pas de drogue, alcool ou que sais-je. Deuxio, tu la retapes avec ce petit programme au moins une semaine, tu peux ajouter toutes les conneries de vitamines que pourra te refourguer ta pharmacienne mais entre nous çà vaudra pas un bon steak, et tu pries pour que s'ajoute pas à la liste un sevrage à la con du type héro ou ché pas quoi. Parce que elle a pas l'air net quand même... et Trois tu vas me devoir un sacré paquet de bières pour ce que je viens de faire pour toi !

L'inquiétude sur son visage a laissé place à un faible sourire.
J'espère sérieusement qu'il n'est pas entrain de se foutre dans la merde mais je suis persuadé qu'il vaut mieux que je n'en sache rien pour le moment. De toute façon, je suis le seul pote qu'il lui reste depuis le départ de Patricia, il finira bien par m'en parler un jour.

- Elle t'a dit quelque chose sinon ?... Enfin, pendant que tu étais avec elle je veux dire.
- Non. Pas un mot. Elle semblait assez apathique à vrai dire. Elle comprenait ce que je lui disais c'est sûr mais... je sais pas. Ce serait un chien je dirai qu'il... Et merde oublie çà. De la fatigue sans doute, un état de choc, une déprime... Tu me prends pour un putain de psychiatre maintenant ?
- J'espérais juste...
- Je suis désolé Jean, je peux rien faire de plus vraiment. Même pas te conseiller quelqu'un de fiable...

Au moment de prendre mon manteau je regarde vers la chambre où je viens de passer le quart d'heure le plus génant de toute ma vie. Quinze longues minutes de silence, à parler dans le vide en subissant le regard de braise de cette fille.
Une auscultation maladroite et illégitime, mais demandé comme un service par un ami. Et dans son regard c'était comme si elle savait. Mes mains tremblaient en se posant sur elle, et ses yeux les rendaient malsaines. Elle obéissait comme une automate "Expirez fort ", livrant son corps mais pas un bout de son âme et condamnant du regard...
Décidément, mon père avait raison, je n'aurai pas pu être médecin. Avec les animaux au moins pas de tension ou de trouble de ce genre. Ils se livrent en entier.

Je me décide à partir, enfin, prêt à sortir cette histoire de ma tête et je sens bien que çà ne va pas être si facile. Le moment me hante déjà...

-Et là prochaine fois que tu m'appelles pour du domicile... j'espère que ce sera pour une bonne bière ou pour Max !

J'essaye de me faire sourire moi-même alors qu'à peine le dos tourné, je frissonne à nouveau du regard de cette fille, qui en interdisant silencieusement a finalement tout suggéré.


She eyes me like a pisces when I am weak
Ive been locked inside your heart-shaped box for weeks