Il est certaines chansons qui nous sont liées, parce qu'écoutées pendant un chagrin d'amour, une période particulière de la vie ou partagées avec quelqu'un qui nous a marqué. D'autres qu'on n'écoutera plus jamais, parfois pour les mêmes raisons, mais qui de cette même façon ne nous laissent pas indifférent.
Personnellement j'en ai très peu. Non pas que je n'aime pas la musique, bien au contraire, mais pour qu'un morceau me laisse une telle trace il faut déjà qu'il soit vraiment particulier au niveau de l'émotion transmise et qu'il soit associé à un phénomène vraiment marquant.

Je n'en citerai donc que peu :
Roads de Portishead parce que cette chanson a été ma meilleure compagne de route. Dans mes solitudes et errances nocturnes (à divers degrés de lucidité), cette chanson me ramenait chez moi à chaque fois. Oreilles bercées, paroles fredonnées. Elle représente donc grande partie de mon adolescence. Les autres chansons de l'album aussi, mais celle-ci plus particulièrement.
Ensuite viens Linger des Cranberries. Tout simplement parce qu'elle est arrivée comme un cadeau, au moment où j'en avais vraiment besoin. Lors d'un été pourri, où je m'étais dit que le plus facile pour oublier et guérir était encore de fuir (et non ce n'était pas un chagrin d'amour d'ados à 2 balles), ce qui a eu pour résultat un isolement encore plus insoutenable. Je m'étais tourné vers mes amis pour un peu de réconfort (et quand j'en arrive à ce point là c'est que çà ne va vraiment pas fort), et malgré la distance, qui n'est pas un facteur facilitant quand on doit venir en aide à quelqu'un, j'ai reçu tout ce dont j'avais besoin. Un colis rempli de toute la gentillesse du monde. Ce jour là, la vraie drogue que j'ai reçu c'était cette chanson. Aujourd'hui encore elle garde ce pouvoir d'apaisement et de positivisme. Allez savoir pourquoi.

Donc voilà jusqu'ici rien de très passionnant me direz-vous, et vous avez raison, mais ici c'est chez moi j'écris ce que je veux et je vous merde.

Au delà de ces deux chansons, il y en a une plus particulièrement. Une qui m'a suivi toute ma vie, du berceau à aujourd'hui et qui m'a offert mon petit bonheur de la journée hier.

Petite mise en situation :
Journée morne et ennuyeuse. Au juste milieu entre "rien à faire je glande et je pars tôt" et "trop de boulot j'ai pas vu la journée passer"
En fin d'après-midi je décide donc que "merde je finirai demain là çà me gave", et que je vais profiter du temps vacant pour aller chercher un peu de réconfort : j'ai opté pour l'achat d'un nouveau sac, un grand qui pourra contenir le gros tome de fantaisie que je lis en ce moment et qui m'encombre une main dans les couloirs du métro (oui il n'en faut pas plus à une fille pour partir à la recherche de l'achat compulsif). Et comme je suis un peu maso, même si je sais que c'est les soldes et que je risque fort de me faire marcher sur mes nouvelles chaussures au prix exorbitant, je me rends dans un de mes "spots à sac", l'espace maroquinerie où je trouverais le plus de choix, le plus de tentations mais aussi le plus de monde.
J'aurai aimé avoir tort, il n'en fut rien. Le lieu, malgré l'heure encore raisonnable (entendez avant la sortie du travail de mesdames) était déjà chargé en Putafrange et autres Madame Seizième.
Au milieu de la cohue générale, je commence mon exercice de recherche, parce que bien évidemment le temps du métro j'ai eu le temps de me fixer sur un style, un format, une matière, une couleur et pour finir une marque.


Et là... les trois premières notes.

Je me stoppe net dans le rayon, des mois que je ne l'ai pas entendu. Je l'aurai presque oublié et voilà qu'elle vient à moi. Je maudis le monde alentour d'être si bruyant.
Je profite de la longue intro pour me faufiler dans un recoin plus isolé (l'espace bagagerie, peu de ces dames sont là pour çà), juste à temps pour finir de l'écouter tranquillement avant qu'il ne commence pour pouvoir fredonner en coeur les yeux fermés...

Remember when you were young,
You shone like the sun.




Pink Floyd, et ce morceau là en particulier c'est comme mourir et voir défiler ma vie devant mes yeux. Des images et des émotions qui se succèdent, comme des diapositives, et toutes plus agréables les unes que les autres.

C'est, enfant, le grand disque noir qui tourne, envoutant, dans la première platine Technics de mon père.
C'est la musique qui résonne partout dans la maison et dans ma tête, qui envahit mon espace pour la première fois.


Now there's a look in your eyes,
Like black holes in the sky.
Shine on you crazy diamond.



C'est aussi, les premières notes de guitare sèche, cent fois répétées et dont le rendu est si inaudible à comparer.
C'est la première électrique de mon père, encore. Le bois lisse et les formes épurées de la si belle Fender Stratocaster made in USA noire plaque en nacre qui était comme un membre de la famille et dont la vente m'a déchiré le coeur.
C'est l'anniversaire de mon père, et l'ouverture de son Multi-effet Marshall qu'il s'empresse d'aller régler en son clair pour nous jouer cette chanson.


You reached for the secret too soon,
You cried for the moon.



C'est mon salon, sur le canapé, la faire écouter à Spike à la fin des cours. Lui qui semblait s'en délecter autant que moi.
Ce sont des dizaines de fin de soirée, l'esprit embrumé, Titi et Alex à côté.
C'est aussi le point de départ de mon voyage découverte des années 70.


Well you wore out your welcome
With random percision,
Rode on the steel breeze.




C'est connaître chaque note qui va suivre la précédente.
C'est fermer les yeux et voir tout çà...


Come on you raver, you seer of visions,
Come on you painter, you piper, you prisoner, and shine !



C'est que, quoi qu'il arrive : vit et brille...


Réconfort acquis, je suis rentrée sans sac, mais avec le coeur léger...

...and shine

A mon papa que j'aime tant, à tout ceux qui ont écouté cette chanson avec moi, à tout ceux qu'elle touche...