A notre arrivée aujourd'hui, ils ont vérifié que tout était bien en ordre avant de nous dépouiller de toutes nos affaires, nous déguiser en touristes grâce à un kit bien rôdé : autobronzant, bob, lunettes de soleil, bermudas... Je m'attendais presque à la chemise hawaïenne. Tout çà pour faire des photos...
Maman sera contente de voir qu'on a approché un lion, lié amitié avec de petits enfants d'un village africain, résidé dans une belle maison de style coloniale. En tout cas, c'est ce que nous explique le photographe : "elle n'y verra que du feu".
Après une bonne heure à jouer au mannequin, ou plutôt à la poupée de chiffon, on nous dirige vers deux vestiaires où nous attendent nos tenues, et désormais seules panoplies pour le reste du "séjour" : chemise et pantalon de lin blancs.

Un nouvel entretien, bien plus détaillé et exposant clairement toutes les conditions, nous retient encore deux heures. Enfin approximativement, je n'ai plus ma montre pour en juger. La discussion s'achève par la signature du contrat, épais comme un annuaire, qui reprend juridiquement tout ce dont l'homme vient de nous parler. Il se retire un instant pour nous laisser réfléchir et discuter une dernière fois avant de s'engager.
L'exposé m'a donné froid dans le dos : les commodités, l'''enfer''mement absolu, la nourriture, la surveillance non-stop, l'absence totale de contact avec l'extérieur et de divertissement, la fréquence des rapports écrits, l'absence des notions temporelles, l'annihilation de la couleur et du confort, la contraception forcée, l'impossibilité de rompre le contrat une fois engagé, la clause de confidentialité et de non-divulgation, l'impossibilité du suicide pendant la durée du contrat, et les conséquences éventuelles d'un décès accidentel ou non : bref l'abnégation totale.
Tout est prévu d'avance et je ne sais pas ce qui m'effraie le plus : tant de rigueur et de règles ou la réalité de ce qui nous attends qui prend forme. Ma détermination s'effrite, Antoine le sait. Il prend ma main, hoche la tête, je lis dans ses yeux un "tout ira bien" et devant moi il signe...Il vient de se mettre le collier autour du cou, objet qui signifiera la fin ou le début de tout, çà dépend désormais de moi.

Nous y voilà donc. Le fatidique relevé d'empreinte et la pièce : aseptisée, blanche, dénudée, insonorisée.
Une porte, aucune vue ou accès sur l'extérieur, une douche transparente à porte verrouillée dans un coin, elle ne sera accessible qu'à certains moments on nous l'avait expliqué, un wc, deux lits de camps. Voilà ce qui nous attends...