Perdre une Plume

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mercredi 10 février 2010

Du doute

Ancrée là, dans le sol, alourdie par un poids au creux du ventre, et une gorge serrée comme pour retenir les mots qu'on pourrait y mettre.

Regarder en arrière, sans toutefois y voir où il faut aller et des interrogations lancées aux quatre vents, qui ne trouvent d'écho que dans des probabilités le plus souvent contradictoires.

Ouvrir grand ses yeux pour tenter d'y voir clair, et pourtant se sentir aveuglée, chancelante, toute certitude envolée. Vouloir être dure comme le roc mais se sentir fébrile tout de même.

Souhaiter par moment, que quelqu'un surgisse avec une évidence, cette réponse qui nous échappe.

Etre soudain extrait du monde en marche, de son train-train si confortable et relever la tête dans un moment de vertige désagréable et pourtant essentiel. Pour contempler le chemin parcouru, et, devant soi, le champ oppressant des possibles ; prendre le temps malgré le malaise de faire son choix...


vendredi 11 septembre 2009

Elle et moi

- Hé ! Te voilà à nouveau dans les parages ?
- On dirait bien
- Je commençais à douter de te revoir un jour !
- C'est que j'ai été pas mal occupée ces derniers temps tu vois. Ce n'est pas l'envie qui manquait mais...
- Ah mais là je t'arrête tout de suite ! Je ne voudrais certainement pas que Madame me prenne pour une obligation !
- Ce n'est pas ce j'ai voulu dire, tu le sais bien. Tu compliques toujours tout.
- Parfaitement. Et c'est çà aussi que tu as toujours aimé chez moi : mon exigence, mon côté absolu et entier. Celui qui faisait que tu ne pouvais pas te passer de moi, que tu avais besoin de moi.
- Mais j'ai toujours besoin de toi ! Tu le vois bien là !
- Oui mais il semble que je ne fasse plus vraiment partie de tes priorités.
- Tu deviens mesquine...
- ...
- Il y a juste des moments où j'ai le tête remplie de tellement d'autre choses que...
- Que quoi ?
- Que je ne sais plus quoi te dire à toi.
- Tu te moques de moi là ?
- ...
- Toi et tes grands principes : l'acte plutôt que le contenu ! Tu veux que je te la ressorte celle là ?
- Disons que tout s'évapore. Les mots sont là, s'ordonnent et hop disparaissent.
- Alors c'est plus grave que ce que je pensais...
- Et tu penses à quoi exactement ?
- Que si tu ne fais pas un effort, doucement tu vas t'éloigner de moi, m'oublier puis ne plus avoir besoin de moi ou alors juste pour de l'insipide.
- Un peu comme maintenant tu veux dire ?
- Exactement.
- En effet, çà devient grave.
- Grave, oui. C'est le mot.
- Tu as raison, il faut qu'on se rabiboche toutes les deux, qu'on redevienne de bonnes copines de tous les jours.
- On peut toujours essayer.
- C'est décidé, je me remets à écrire.

mercredi 25 mars 2009

Point de vue (8)

En raccrochant, son coeur s'est serré.
Elle cru un instant qu'il allait cesser de battre, étouffé par la compression.
Finalement, elle ferma les yeux, ravala un début de sanglot monté dans sa gorge en se mordant fort la lèvre inférieure, serra les mains à s'en faire blanchir les jointures et prit une longue inspiration.

Elle avait espéré, au fond, qu'il lui apporte le soulagement qu'elle n'arrivait pas à s'imposer. Pourtant, tout était clair. Elle devait s'éloigner de lui. Pour toujours. Et personne ne pourrait le faire à sa place. Tout comme personne ne pourrait lui dire que faire ensuite. Elle devait affronter çà seule.
Jean lui avait bien dit qu'elle pouvait rester le temps qu'il faudrait, mais elle ne voulait pas profiter de son hospitalité.

Perdue dans ses pensées, elle sursauta lorsque Max vint coller sa truffe froide sur son bras, en attente d'une caresse.
Sa surprise fit reculer le chien, dubitatif.

- Viens là, gros béta !

Sa voix se brisa, quand, en s'adressant à lui, elle plongea son regard dans les grands yeux noirs de Max : interrogateurs et inquiets.
Elle éclata en sanglots, la tête sur celle du mastodonte collée contre elle et qui émit un léger gémissement plaintif.
Quand elle relâcha son étreinte, il se mit à lécher minutieusement ses larmes, réussissant à lui arracher un sourire.


C'est à ce moment là que Jean choisissait de faire son entrée.


Trépignant depuis plusieurs minutes derrière la porte de la chambre où il s'était réfugié pour la laisser passer son appel au calme, il l'avait entendu pleurer, hésitant sur la marche à suivre.
La rejoindre ? au risque de la gêner, la prendre dans ses bras et... non trop cliché. Il allait juste franchir la porte et rester là, stupide et désemparé. Planté comme un piquet et il aurait encore l'air ridicule.

Il savait comment prendre soin d'elle ; lui faire de bonnes soupes maisons avec des légumes frais, lui proposer une promenade avec Max ou une bonne tasse de café, lui céder rapidement la salle de bain le matin pour qu'elle puisse prendre un bon bain, mettre des fleurs dans le vase de la table basse du salon, lui conseiller un bon film et finalement l'emmener au cinéma, la regarder dormir et remonter la couverture sur ses épaules, dire quelque chose de stupide quand ses yeux devenaient sombres... mais çà.

Alors qu'il en était là de ses réflexions, les sanglots cessèrent. Il poussa la porte.


Ils tournèrent la tête en direction du nouvel arrivant en même temps.
Jean eu la sensation étrange de les avoir interrompu, si tant est que l'on puisse interrompre une jeune femme et un chien en pleine conversation.
Il s'apprêtait à faire demi-tour, mal à l'aise sous ces quatre yeux inquisiteurs...

- Jean ?


mardi 10 mars 2009

Point de vue (7)

Monsieur Dubois regardait encore le téléphone, pourtant raccroché depuis déjà plusieurs minutes.

Espérant qu'il sonne à nouveau, sans y croire. Cherchant dans sa mémoire et le regard voilé, le visage de sa fille, dans toutes les expressions et à tous les âges. Réalisant qu'il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus ajouté de scénettes et d'images d'elle à sa mémoire. Au point qu'elle devenait de plus en plus une étrangère.
Que valait un père qui ne pouvait prétendre connaître son unique enfant ?

Sa vie paisible de retraité à la campagne, une vie de ballades en forêt, de pêches à la truite solitaires et de lectures l'avait plongé dans une intemporalité, loin du monde. Les trois derniers mois sans nouvelles de sa fille n'avait pas réussi à l'inquiéter, l'idée ne l'avait même pas effleuré... que la vie pour les autres puissent être moins douce.
Pas de manque, de vide ou d'inquiétude. Il ne se souvenait même pas avoir songé à elle une seule fois.

Et maintenant, il ne pouvait pas la rappeler. Il avait été dur, injuste même sous le coup de la soudaine inquiétude transformée en colère, comme si toute celle négligée de ces derniers mois s'était cristallisée et exprimée, en une seule fois.
Sa fille était adulte maintenant et débrouillarde... et pourtant, il n'arrivait pas à se défaire de la culpabilité qui lui pesait sur les épaules et le clouait là, sur son fauteuil, à fixer le téléphone.

- Et tu attends quoi au juste ? Hein ? Que j'arrive tel Superman et que je te dise quoi faire, que j'agisse encore à ta place ? Il faudrait songer à grandir maintenant, tu ne crois pas ?
- Non, je voulais juste... Je voulais juste parler un peu. Tu sais, j'ai enfin compris que je ne dois plus rien attendre de personne.
- ...
- Au revoir papa, prends soin de toi.

Cà ne lui ressemblait tellement pas. Il voulait lui dire qu'il ne voulait que son bien et qu'il s'était emporté pour de mauvaises raisons, qu'il s'excusait.
Mais au fond, il savait bien que même si elle rappelait aucun de ces mots ne sortiraient de sa bouche. Il s'adoucirait et essaierait de se faire pardonner mais il ne lui dirait jamais ces mots là. Un parent ne dit jamais ces choses là à son enfant.

Le remord lui faisait maintenant danser de nouvelles images devant les yeux, superposées à celle du téléphone ; des images d'elle, démunie, décharnée, droguée et errante...
D'où est-ce qu'elle avait dit qu'elle appelait déjà ?
Elle ne l'avait peut-être pas précisé au fond, il ne se souvenait pas.
Qu'aurait-elle eu véritablement à lui dire, elle, si il avait pris la peine d'écouter justement ?

L'interrogation et sa réponse avortée ajoutée aux images persistantes lui retournèrent soudain l'estomac en une nausée angoissante.

"J'ai enfin compris que je ne dois plus rien attendre de personne"

Elle ne rappellerait pas.

mercredi 4 mars 2009

Fils...

Merci à Zoridae pour le fil de textes sur le thème du "Fils...".
Thème qui m'a donné du fil à retordre puisque je n'ai pas de fils moi-même et que je n'en suis pas un non plus.
C'est justement la piste que j'ai décidé de suivre.


Mon père voulait un fils.
Il avait été fils lui-même. Mais un fils mal estimé, souvent critiqué, jamais encouragé ou félicité : le fils d'un homme dur, autoritaire et distant.

Il aurait donc un fils. Se fantasmant dans le rôle de ce qu'aurait du être son propre père ; il ne reproduirait pas les mêmes erreurs.

Après ma naissance, selon la théorie qui dit que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit, il était décidé que me succéderai un garçon. Le résultat est que ma soeur porte encore aujourd'hui un prénom masculin, convaincu qu'il était qu'il ne pourrait en être autrement.
La quatrième et résolument ultime tentative, fut sans aucun doute celle qui lui porta le plus au coeur. J'ai cru entrevoir une larme brillante et retenue dans son oeil le jour de l'annonce.
Le destin avait tranché : de fils, il n'aurait point.

Jamais reproche de notre condition de fille ne nous fut énoncé et pourtant, tacitement, le poids de ce fils invisible et idéalisé nous a été imposé.
Naturellement, sans même le préméditer, ce manque je me suis attelée à le combler, avec toutes les ressources dont je disposais.
J'ai fait du sport, pour qu'il puisse assister aux matchs et crier depuis les gradins, j'ai fait mon maximum pour être forte en mathématiques, la discipline considérée comme hautement masculine, je me suis écorchée les doigts sur une guitare peu reconnaissante pour qu'il veuille bien m'apprendre et partager quelque chose. J'ai bu sans grimacer de la bière trop amère en me forçant à m'intéresser au football, maugréant même contre l'arbitre à travers le poste de télévision.
L'entrainant à des concours de pêche fuyant les concours de chant ou de beauté, me déposant aux cours d'arts martiaux plutôt qu'à ceux de gym...

Tenter, tant bien que mal, de lui faire oublier un instant le fils que je n'étais pas.

Mais avec le temps, il a bien fallu reconnaître que malgré tous mes efforts pour lui plaire, j'étais une fille et bientôt une femme à qui le rôle de garçon manqué correspondait de moins en moins.

Le jour où pour la première fois, j'ai présenté un homme à mon père, tout est devenu clair.
J'étais très inquiète ce jour là, rongée par mes contradictions. Je voulais bien sûr qu'il approuve mon choix, qu'il partage ma tendresse pour cet homme avec lequel je voulais continuer ma vie, et pourtant j'étais terriblement angoissée à l'idée qu'il l'apprécie trop et de voir naître sous mes yeux une complicité masculine dont j'aurai été exclue et que je n'avais jamais obtenu.
Au départ méfiant, il a rapidement été charmé par ma conquête. J'étais à l'affut de la moindre de ses réactions.

"Allez reprends un peu de rôti, va. Un grand garçon comme çà, il faut que çà mange."

Et d'un regard, s'assurant que la recommandation serait suivie et appréciée.
Paternel et bienveillant...

Comme toutes les fois où il avait été heureux et fier de moi, que je me sois comportée en fille ou pas.

dimanche 1 mars 2009

Shoes



St Lazare, terminus.
En mode retour vers mon chez-moi, les pensées dans le vague et les yeux sur le sol.
C'est bien connu, dans le métro, on regarde toujours ses pieds... ou ceux de ses voisins.
Voyageurs qui courbent l'échine, gênés d'éventuels regards qui ne viendront pas... puisque tout le monde regarde ses pieds.

Devant moi, sur la marche d'escalator supérieure, un petit pied dans une chaussure trop grande. Chaussure à talon haut, noire, vernie. Détail qui me fait lever le regard pour juger un instant la propriétaire.
C'est un petit pied asiatique donc, dont le talon ressort de la chaussure à chaque pas, comme les miens enfant lorsque je me déguisais et enfilais les escarpins de ma grand-mère devant la glace.

Petit pied qui doit fort souffrir à frotter ainsi à chaque pas, bien que la démarche de la propriétaire n'en laisse rien paraître. Frottement qui provoque mon indignation, un regard circulaire me confirme que je suis bien la seule à m'en indigner d'ailleurs.

Ce pied m'obnubile par sa petitesse et cette maltraitance injustifiée me laisse perplexe. Ces chaussures ne sont pas assez belles ou originales pour qu'on les ait acheté "malgré" le problème évident de la taille. Trop grandes également pour avoir été prêté par une de ses deux acolytes qui ont, selon mes estimations, une pointure quasi-identiques à celle du pied concerné.

Elles semblent neuves pourtant. Possiblement une erreur de taille ou de traduction de la taille en magasin, et la paire n'aurait pas été essayé... Peut-être même une tradition ou une réserve nippone que de ne pas se déchausser en public ?
Quoique... de telles réserves seraient-elles encore appliquées par un pied si jeune et apparemment si loin de chez lui et de ses traditions ?

Me reviens alors en mémoire, celle qui faisait qu'on bandait les pieds de ces jeunes filles pour leur assurer de petits pieds, signes de leur féminité.
Soudain, cette chaussure trop grande devient le contre-point et la juste critique de cet outrage fait aux corps de ces femmes pendant des siècles.
Cette chaussure trop grande pour ce pied trop petit s'éloigne non plus sous mon indignation mais sous mon admiration...

mardi 17 février 2009

Point de vue (6)

- Je suis vétérinaire moi bordel !

J'ai sûrement crié un peu trop fort. Assez pour le regretter à l'instant suivant en tout cas, en voyant sa mine décomposée.
Je le regarde en soupirant, je sais bien qu'il est gêné, et que s'il a fait appel à moi c'est qu'il n'avait pas le choix.

- Ok... Ecoute - Je me lance en chuchotant, regardant le bout de mes chaussures neuves - ta nana là, je ne veux pas savoir d'où elle sort, je ne veux même pas savoir pourquoi tu préfères m'appeler moi plutôt qu'un vrai toubib...

Je l'ai senti se détendre tout à coup, le poids des explications allégeant ses épaules jusque là affaissées.

- Par contre je peux te dire 3 choses : premièrement, il faut lui refaire une santé à ta gamine. Elle est à bout de force là... Alors commence par nourriture équilibrée, 3 repas par jour, sommeil, pas d'excès, pas de drogue, alcool ou que sais-je. Deuxio, tu la retapes avec ce petit programme au moins une semaine, tu peux ajouter toutes les conneries de vitamines que pourra te refourguer ta pharmacienne mais entre nous çà vaudra pas un bon steak, et tu pries pour que s'ajoute pas à la liste un sevrage à la con du type héro ou ché pas quoi. Parce que elle a pas l'air net quand même... et Trois tu vas me devoir un sacré paquet de bières pour ce que je viens de faire pour toi !

L'inquiétude sur son visage a laissé place à un faible sourire.
J'espère sérieusement qu'il n'est pas entrain de se foutre dans la merde mais je suis persuadé qu'il vaut mieux que je n'en sache rien pour le moment. De toute façon, je suis le seul pote qu'il lui reste depuis le départ de Patricia, il finira bien par m'en parler un jour.

- Elle t'a dit quelque chose sinon ?... Enfin, pendant que tu étais avec elle je veux dire.
- Non. Pas un mot. Elle semblait assez apathique à vrai dire. Elle comprenait ce que je lui disais c'est sûr mais... je sais pas. Ce serait un chien je dirai qu'il... Et merde oublie çà. De la fatigue sans doute, un état de choc, une déprime... Tu me prends pour un putain de psychiatre maintenant ?
- J'espérais juste...
- Je suis désolé Jean, je peux rien faire de plus vraiment. Même pas te conseiller quelqu'un de fiable...

Au moment de prendre mon manteau je regarde vers la chambre où je viens de passer le quart d'heure le plus génant de toute ma vie. Quinze longues minutes de silence, à parler dans le vide en subissant le regard de braise de cette fille.
Une auscultation maladroite et illégitime, mais demandé comme un service par un ami. Et dans son regard c'était comme si elle savait. Mes mains tremblaient en se posant sur elle, et ses yeux les rendaient malsaines. Elle obéissait comme une automate "Expirez fort ", livrant son corps mais pas un bout de son âme et condamnant du regard...
Décidément, mon père avait raison, je n'aurai pas pu être médecin. Avec les animaux au moins pas de tension ou de trouble de ce genre. Ils se livrent en entier.

Je me décide à partir, enfin, prêt à sortir cette histoire de ma tête et je sens bien que çà ne va pas être si facile. Le moment me hante déjà...

-Et là prochaine fois que tu m'appelles pour du domicile... j'espère que ce sera pour une bonne bière ou pour Max !

J'essaye de me faire sourire moi-même alors qu'à peine le dos tourné, je frissonne à nouveau du regard de cette fille, qui en interdisant silencieusement a finalement tout suggéré.


She eyes me like a pisces when I am weak
Ive been locked inside your heart-shaped box for weeks

jeudi 5 février 2009

Point de vue (5)

Dix heures !!
Et merde j’ai déjà raté deux cours et je vais être en retard pour mon déjeuner avec Flore !
Oh puis çà m’apprendra à enchaîner les soirées comme çà.
Faut dire que la fac ce n’est vraiment pas fait pour les études ! Entre les profs inabordables, l’administration en RTT, les étudiants sans visages et les bouquins insipides, il ne reste que les soirées étudiantes.

Bon, chrono en route.
J’ai 45 minutes devant moi max pour ne pas dépasser 20 minutes de retard avec Flore. Elle va encore gueuler mais bon. Je crois qu’elle aime bien çà aussi, me gueuler dessus. Cà lui donne l’impression de dominer.
45 minutes pour une douche rapide, un peu de gel, m’habiller, faire mon sac et m’engouffer dans le métro. C’est jouable.

Mais bon, je vais quand même commencer par un petit café vite fait au micro-onde et une clope sur le balcon pour me réveiller.
De toute façon sans çà, elle va encore griller que je ne me suis pas levé, elle en déduira que je suis sorti, et là pour le coup elle gueulera pour de bon.

Le café est vraiment dégueulasse, ou alors c’est le goût que j’ai dans la bouche. De toute façon je fais avec, j’ai pas de cafetière et encore moins de la place où en mettre une.
C’est vrai qu’il est petit cet appart. Petit et bordélique, mais c’est un peu comme tous les studios sous les toits pour les étudiants du quartier. Et encore je m’en sors à bon compte que mes parents puissent aligner le loyer, je me verrais mal encore coincé entre l’autre alcoolo et ma névrosée de mère, ou pire à la résidence universitaire.
Si j’ai choisi celui-ci c’est juste pour le minuscule balcon.
Comme çà mon café lyophilisé dégueulasse je le bois sur mon balcon, et çà c’est du luxe.

Cà va il fait bon.
Je crois que s’il avait plu, j’aurai envoyé un texto à Flore pour lui dire que je suis malade. Un truc bien gore, style une gastro pour pas qu’elle vienne jouer l’infirmière. Pourquoi les filles croient toujours qu’elles doivent nous dorloter quand on est malade ? Sans blague on est juste comme tout le monde, on veut avoir la paix avec nos chiottes et dormir.
Mais il fait bon.
Allez une petite clope et je file sous la douche.

« Rouhrou rouhrou »
Ah ! Il sort d’où ce connard de pigeon, juste au moment où je trempe les lèvres dans le café bouillant.
J’me suis brûlé le palais et la langue.
Remarque, il a eu peur lui aussi, il s’est mangé l’antenne en s’enfuyant. Reviendra pas faire chier de si tôt.
« Aie ! » Hum ? C’est pas le pigeon çà !

-C’est à vous çà ?

Merde en sursautant, j’ai échappé ma cigarette qui a atterri sur quelqu’un du balcon d’en dessous.
C’est bizarre, c’est le vieux qui habite là normalement et je ne l’ai jamais vu sur son balcon.
-Oui désolé, je l’ai échappé.
-…
-Vous n’avez rien ?

Une jeune femme. Sa fille peut-être, ou sinon c’est un sacré pervers le mec. Elle est plutôt jolie, peut être une pro qui sais ?

-Non çà va. Mais faites attention

Sacrément jolie même.
Bon allez faut que je m’active. Direction la douche !


jeudi 29 janvier 2009

Point de vue (4)

Tiens, Monsieur Jean qui jette son tapis.
Il a l’air ridicule entrain de se battre avec le container à ordures.

C’est étrange tout de même, il l’avait ramené y’a peu de temps. Je me souviens qu’il avait déjà eu l’air d’un clown pour le sortir du taxi. Un vrai sketch.
A bien réfléchir çà me fait penser à un de ces films où on jette un tapis plein de sang pour effacer les traces d’un meurtre…
J’devrais peut être bien appeler la police ?
Non, ils vont encore se moquer de moi. Ces abrutis bedonnants me prennent pour une vieille chouette un peu folle. Alors que quand même si y’a quelqu’un qu’a la bonne place pour tout voir c’est bien moi !
En appel anonyme ? Sont bien capables d’avoir enregistrer mon numéro. Ce qu’on fait plus de nos jours.
Puis faut dire que ce bonhomme là, il a pas vraiment une tête à tuer quelqu’un…

Toujours est-il que jeter un tapis comme çà tout neuf, qu’on s’est donné tant de mal à ramener de je ne sais quel pays c’est plus que louche.
Il s'rait marié, je me dirais qu’il divorce et qu’il balance les affaires de sa rombière. Comme tous ces couples qui se font la guerre de nos jours. Maintenant les gens ne s’enquiquinent plus à supporter quelqu’un toutes leurs vies. Pour le coup, çà se marie à tout va. Y’a plus de sérieux, tout part à vau-l'eau.

J’appellerai Madame Varenne pour avoir son avis.
Cà a peut être un rapport avec la fille qu’il a ramené hier soir. Elle avait l’air d’avoir son compte celle là ! Elle tenait à peine debout ! Car les femmes boivent maintenant, et comme des hommes !
Ah si mon pauvre André voyait çà, il en serait tout retourné ! Il est parti au bon moment, tout se dégrade depuis.
Même ce bon Monsieur Jean qui a pas l’air dépravé pour un sou ; il se ramène ici avec une putain. Même plus en état de faire office de d’ailleurs.
Et peut être même bien qu’il l’a tué et qu’il détruit les preuves là sous mes yeux !


-Bonjour !
-Monsieur Jean
-Toujours aussi en forme madame Léonie ?
-Oui, oui. Enfin mieux que votre tapis apparemment.
-Ah oui. Un petit incident voyez-vous.
-…
-Et puis il était un peu encombrant. C’était un souvenir de voyage, plus qu’une affaire de goût.
-Je vois.

-Bonne journée !

Oui je vois très bien même ! Un petit incident, j’suis pas née de la dernière pluie moi mon mignon.
J’appelle Madame Varenne. Sûrement que de chez elle, elle verra queq’chose.


vendredi 23 janvier 2009

Point de vue (3)

Elle, là sur le canapé, je ne sais pas qui c'est.
Mais elle ne sent pas comme les filles de d'habitude... comment dire ? elle ne sent pas la fleur ou les sucreries. Elle sent plus le placard de l'entrée, voilà c'est çà : le renfermé.
Je crois qu'elle dort. Il l'a posé là hier soir comme un gros coussin et il l'a recouverte de sa couverture pour "soirée télé"... Après l'avoir un peu secoué par la fenêtre, il ronchonnait parce que " j'en mettais partout".
Je n'y peux rien après tout.
Mais comme le ton ne m'a pas trop plu je me suis isolé dans mon coin et du coup je n'avais pas pu trop voir la fille.

Il vient de sortir. Il est pas gonflé lui quand même. Il part je ne sais où, avec le tapis, il me dit « Veille bien sur elle » et il me laisse en plan comme çà, alors qu’elle occupe la meilleure place de la maison.
Et j’étais censé faire quoi moi hein ? Rester assis là sagement à la regarder roupiller ?
Il faut que je force un peu les choses, je vais un peu l'aider voilà tout.
Je vais y aller doucement quand même hein ! Je ne suis pas un sauvage, ou du moins plus depuis des générations. Et surtout, j’ai peur qu’elle pense que je lui veuille du mal et qu’elle se mette à hurler.
Parce que s’il rentre et qu’elle hurle, je peux dire adieu au canapé pour quelques temps.

Je me suis assis pas très loin pour la surveiller du coin de l'oeil.
Pas envie qu'elle s'en aille en vidant le frigo en son absence.

Ce que j'aimerai surtout c'est qu'elle me rende mon canapé en fait.
Mais je n'ose pas trop la réveiller. Avec lui je me permettrai mais elle je ne sais pas... vue la manière qu'il a eu de faire avec elle, j'ai l'impression que c'est quelque chose de fragile et j'ai peur de la brusquer.
Peut être même qu'elle est blessée ?
Peut être même qu'elle est dangereuse ? Après tout avec une odeur pareil c'est peut être une sorte de clochard.

Enfin... Cà existe les filles clochards ?


Je devais probablement la renifler un peu trop fort, pour m'assurer de son odeur pestilentielle, car elle s'est réveillée brusquement.
Deux grands yeux noirs soudain ouverts juste devant les miens.
Elle n'a pas sursauté, même pas eu un geste de recul.
Elle s'est juste redressé doucement, comme si elle avait peur que je lui saute soudain au visage.

J'ai été un peu vexé tout de même, je dois reconnaître.
Comme si j'étais le dernier des malotrus. Je suis bien éduqué moi mademoiselle ! Je ne saute pas sur les jeunes filles tous crocs dehors. Ce n'est pas dans mes habitudes.

J'ai repris ma place sur le canapé, bien droit juste à ses côtés.
Sans même lui adresser un regard. Elle qui ne me lâche pas des yeux et moi qui la snobe de toute ma superbe. En lui faisant bien comprendre qu'ici, c'est elle l'étrangère.
Elle ne m'intéresse pas, je fixe la porte guettant le retour de Jean.
Après quelques minutes la situation est pesante et j'ai vraiment hâte qu'il passe cette porte pour me sortir de là.
Ses grands yeux noirs sont toujours rivés sur moi. Je n'ose pas baisser la garde ou prendre mes aises, j'ai peur qu'elle bondisse telle une furie tout à coup.

Je crois que oui, finalement. Sûrement même. Les filles clochards çà doit bien exister.

C'est elle qui brusquement décide de rompre la glace :
- Salut toi
Elle n'a toujours pas bougé et continue de me regarder de ses yeux neutres quand surpris par sa voix je me tourne vers elle.
Elle semble un peu perdue mais pas méchante. Je lui fais ma mine un peu abrutie pour la rassurer, elle sourit et elle n’a pas vraiment l’air d’avoir envie de se mettre à hurler.

Elle se tape les cuisses doucement « Viens ».
Je viens, jamais contre une petite caresse.


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