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vendredi 27 juillet 2012

[Redif de l'été] Petit bonhomme

metro-paris-01.jpg


En sortant du métro Château de Vincennes, je le vis de loin assis sur le dossier d'un banc.
J'ai su, d'instinct, que je n'avais rien à faire là. Que je m'étais si bien apprêtée pour rien, que ma fébrilité digne d'une adolescente n'était pas justifiée.
J'avais laissé cette vie derrière moi depuis des années, ce fantôme là y compris, et ici, dans ce décor, il n'avait pas sa place.
S'en était même grotesque.

Je me suis tout de même dirigée vers lui, dissimulant ma moue agacée sous un sourire de circonstance.
Alors qu'il se levait pour s'approcher lui aussi je fus immédiatement saisie par sa taille. J'aurai pu poser mon menton sur le dessus de sa tête même en ôtant mes talons.
Lui qui, dans mes souvenirs, surplombait tout le monde par la décontraction procurée par ses quelques années de plus et sa popularité, qui physiquement m'égalait, n'était plus aujourd'hui que cet homme vers lequel je devais me pencher.

L'embrassade amicale fut maladroite, en faisant ce geste pourtant bien naturel, je réalisais que dans notre cas c'était une première fois.
Il sentait un peu le mécano, cambouis et tabac à rouler. Une odeur rance et familière qui, je m'en souviens parfaitement, m'avait autrefois fait chavirer, un subtil signe de virilité, mais qui sur le moment ne me fit que frousser le nez.
Alors que je me disais qu'il n'avait pas changé, et m'apprêtant à le lui dire sur le ton le plus neutre possible, je vis que son regard sur moi lui aussi était identique : un mélange de plaisir et d'admiration. Je me souvenais parfaitement de ce regard, aussi de combien j'adorais çà, à quel point il me rendait fière. Peu de gens m'ont regardé de cette manière depuis.
Et pourtant là, il ne me mettait que mal à l'aise. Renforçant l'idée que décidément je n'avais vraiment rien à faire là.
Je me décidais finalement à l'entraîner dans un café, pressée d'en finir et au plus vite, de retourner à ma vie présente et à nouveau le laisser derrière moi.

En marchant vers la brasserie je l'écoutais d'une oreille distraite, comme j'aurai écouté un inconnu avec lequel je me serai retrouvée coincée dans un ascenseur et essayant de détendre l'atmosphère.
Bien qu'en réalité il avait l'air plutôt ravi et enthousiaste d'être là, de découvrir Paris, de me revoir et de me raconter ces quelques années.
Pour ma part j'étais obnubilée par bien autre chose : ses chaussures.
Il faut dire que je fus presque prise de nausées à la vue de ses santiags à talons si familières.
À dire vrai, j'eus honte de moi, d'être là en sa compagnie, d'avoir anticipé ces retrouvailles et pire encore, qu'il ait pu un jour occuper une place si importante dans ma vie. Et à la fois, culpabilité à penser une chose pareille.

Au fur et à mesure que le niveau de son verre descendait, niveau que je guettais fébrilement ayant avalé le mien en deux gorgées, ses yeux devenaient de plus en plus tristes. Parallèlement, plus je sentais croître sa déception plus mon envie à moi de prendre mes jambes à mon coup se faisait pressante, et dans ma tête je faisais défiler les prétextes plausibles, pas trop vexant, sauvegardant les apparences.

Finalement, je n'ai pas osé et enduré jusqu'à la dernière gorgée.
Jusqu'à cette seconde et ultime bise d'adieu, toute aussi maladroite que la première.
Et je me détournais, soulagée, de ce petit bonhomme au regard déçu, aux épaules voutées sous l'attente insatisfaite.

En m'engouffrant dans le métro, secrètement je remerciais Paris pour ce contraste saisissant, pour m'avoir à ce point fait grandir et me disant aussi qu'en d'autres lieux et d'autres temps j'aurai bien pu me faire avoir une seconde fois...



mardi 3 janvier 2012

De l'empathie

Il y a l'évidence, qui dit que c'est un don, utile, avantageux. C'est un fait.
Il y a ce qu'on tait ; le prix à payer...

On la confond parfois avec le syndrome du cœur d’artichaut alors qu'au contraire pour lui c'est du tout-venant relationnel, il ne fait pas de tri, il a un désir d'intimité initial.
L'empathie force à sélectionner, à bien s'entourer.
Parce qu'on sait qu'à être proche on prend aussi les peines, toutes.

Quand on comprend que les malheurs des autres fait le malaise de soi on a même tendance à être plus que sélectif, à ne pas pousser trop loin le degré d'amitié, d'intimité, de proximité. L'empathie est une malédiction qui pousse à la solitude.

C'est aussi, instinctivement cerner les gens dès la première rencontre, leurs failles surtout et ne pas prendre le risque. Déjà tourner la page sans même de mise à l'essai...

"Savoir se mettre à la place de l'autre". Un des premiers principes de communication, tous les psychologues de magazines féminins vous le diront, le premier commercial venu, le dernier des piliers de comptoirs...
Et savoir rester à la sienne ? Garder un point de vue extérieur ? Quand on ne sait pas faire çà pour ses proches, on se force, on devient froid de neutralité contrainte avant de succomber une fois le dos tourné.

C'est comme une maladie coupable ; il faut être bien faible pour se laisser atteindre ainsi. Alors on lutte contre soi, en permanence, à en devenir des blocs d'insensibilité pour tous les autres yeux que les siens... Juste histoire de s'isoler un peu plus finalement, espérer un jour ne souffrir que pour et par soi.
Honteuse au même titre. Il y a aussi une part d'égocentrisme là dedans, dans cette manière détournée de toujours tout ramener à soi au point d'en ressentir par procuration.

La seule porte de sortie : le contrôle.
En amont apprendre à faire le tri entre ses émotions et celles qui émanent des autres. En aval être capable de se vider de toutes ces émotions contenues. Au quotidien réduire les nuisances en évitant les gens hypersensibles ou qui vivent en permanence dans le drame, apprendre à ne pas culpabiliser quand on n'a pas réussi à contrôler...


Something in the Way by Nirvana on Grooveshark

lundi 20 juin 2011

Point de vue (10) : Plan large

Au suivant :)

Pour rappel les premiers épisodes, au cas où un petit coup de frais s'imposerait !

Point de Vue (1/2)
Point de Vue (2/2)
Point de Vue (2)
Point de vue (3)
Point de vue (4)
Point de vue (5)
Point de vue (6)
Point de vue (7)
Point de vue (8)
Point de vue (9)

Ou l'ensemble avec le tag : Point de vue

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jeudi 17 mars 2011

La soupe

Elle prend son temps, en sifflotant les chansons habituelles et bien connues entre deux appels pour la Valise. À ce moment là, un petit frisson en regardant la radio, baissant un peu le volume ; est-ce pour elle, est-ce aujourd'hui que le téléphone sonnera ?
Non, pas cette fois. Elle peut à nouveau remonter un peu le son, pour la chanson suivante et se remettre à son épluchage. Les mains pleines de terre, à en avoir les ongles noirs, le manche du couteau aussi.
Elle râpe, tranche, découpe en petits dés, d'autres plus gros aussi et sur la table c'est comme un tableau de Monet, tout un champ de petites tâches colorées.

Une belle palette qu'elle contemple un instant, pour vérifier que rien ne manque, que tout est là et qu'aucun légume n'a été délaissé. Elle en oublie même de siffloter. Avant de finalement reprendre l'air en cours, en s'essuyant les mains sur son tablier noué à la taille, qui a du être blanc un jour mais plus depuis un certain temps, et dont les initiales brodées sont effilochées.
Sur les fourneaux, la grande marmite au-dessus de laquelle elle se penche. Oui, elle bouillonne tout juste, ce qui lui donne le sourire. Juste à temps, comme d'habitude, il faut dire que la partition est millimétrée.

Un à un les monticules colorés plongent, ne laissant plus que le tas des épluchures sur la table carrelée.
Le couvercle de sa marmite dans une main, elle inspecte un placard et cherche parmi les étagères. En sort un cube, du poivre puis bougonne, elle était pourtant sûre de l'avoir laisser là, certaine même c'est toujours là qu'elle la range.
En soufflant, elle pose son couvercle sur la table, veillant à ne rien faire tomber, pour retourner et plonger à deux mains entre les rayonnages. Elle déplace, s'agace, renverse le bocal de farine qui merci mon dieu ne s'ouvre pas, avant de renoncer, et de reculer d'un pas, perplexe, pour réfléchir.
Elle hausse légèrement les épaules, se disant finalement que bon, elle finira par réapparaître, sûrement son mari qui une fois de plus est venu farfouiller dans ses affaires, incapable qu'il est de remettre les choses à leur place.

À petits pas, elle passe de l'autre côté de la table et ouvre le tiroir à couverts qui coince depuis des années, il faut tirer fort à la fin pour finir de le faire coulisser et les couverts tintent toujours un peu en s'entrechoquant.
Non, pas là non plus. Mais la louche fera l'affaire, tant pis pour cette fois.
Elle s'en empare donc, un demi-sourire aux lèvres devant cette solution de fortune, referme le tiroir qui chante à nouveau.
Derrière, il est temps, la marmite aussi se fait entendre. Le cube, le poivre.... un coup de louche, le couvercle.

Satisfaite, elle expire et repose la louche juste à côté sur le petit plan de travail adjacent. C'est son mari qui lui a ajouté quand il a refait la tapisserie, pour déposer ses ustensiles de cuisson et... La cuillère en bois est là, dans un pot avec les autres pinces, couverts à salades et couteaux divers.
Un pot en terre cuite, qu'elle n'a jamais vu de sa vie et qui lui déplait souverainement pour tout dire, même si elle ne sait pas très bien au juste si c'est par goût ou vexation. Mais enfin qu'est-ce que ce pot fait là ?

Elle est là, immobile, les yeux fixés sur le pot et les mains cramponnées au bord du plan de travail quand derrière une voix l'interpelle : "Mamie ?". Elle se retourne, déjà décidée à oublier ce maudit pot et à faire bonne figure.
- Oui ?
- Mamie, mais qu'est-ce que tu fais ?
- Mais la soupe ma chérie, je fais de la soupe tu le vois bien.
Elle répond en souriant. D'un sourire comme on en adresse aux enfants quand ils nous forcent à énoncer quelques paroles évidentes, bien que la femme devant elle ne soit plus une petite fille.
La femme ne répond pas, son regard balaye la cuisine ; le tas d'épluchures, le tiroir mal fermé, la marmite et son couvercle, la louche reposée et la petite flaque qu'elle a formée.
On n'entend plus que le bouillonnement de la soupe, et le silence en devient pesant, étrangement calme...Elle s'en étonne justement quand un soupir l'interrompt :
- Mais mamie, il est trois heures du matin...
- C'est toi qui a éteint la radio ?

Merci à Nana, pour l'inspiration :)

vendredi 18 février 2011

Petit bonhomme

metro-paris-01.jpg


En sortant du métro Château de Vincennes, je le vis de loin assis sur le dossier d'un banc.
J'ai su, d'instinct, que je n'avais rien à faire là. Que je m'étais si bien apprêtée pour rien, que ma fébrilité digne d'une adolescente n'était pas justifiée.
J'avais laissé cette vie derrière moi depuis des années, ce fantôme là y compris, et ici, dans ce décor, il n'avait pas sa place.
S'en était même grotesque.

Je me suis tout de même dirigée vers lui, dissimulant ma moue agacée sous un sourire de circonstance.
Alors qu'il se levait pour s'approcher lui aussi je fus immédiatement saisie par sa taille. J'aurai pu poser mon menton sur le dessus de sa tête même en ôtant mes talons.
Lui qui, dans mes souvenirs, surplombait tout le monde par la décontraction procurée par ses quelques années de plus et sa popularité, qui physiquement m'égalait, n'était plus aujourd'hui que cet homme vers lequel je devais me pencher.

L'embrassade amicale fut maladroite, en faisant ce geste pourtant bien naturel, je réalisais que dans notre cas c'était une première fois.
Il sentait un peu le mécano, cambouis et tabac à rouler. Une odeur rance et familière qui, je m'en souviens parfaitement, m'avait autrefois fait chavirer, un subtil signe de virilité, mais qui sur le moment ne me fit que frousser le nez.
Alors que je me disais qu'il n'avait pas changé, et m'apprêtant à le lui dire sur le ton le plus neutre possible, je vis que son regard sur moi lui aussi était identique : un mélange de plaisir et d'admiration. Je me souvenais parfaitement de ce regard, aussi de combien j'adorais çà, à quel point il me rendait fière. Peu de gens m'ont regardé de cette manière depuis.
Et pourtant là, il ne me mettait que mal à l'aise. Renforçant l'idée que décidément je n'avais vraiment rien à faire là.
Je me décidais finalement à l'entraîner dans un café, pressée d'en finir et au plus vite, de retourner à ma vie présente et à nouveau le laisser derrière moi.

En marchant vers la brasserie je l'écoutais d'une oreille distraite, comme j'aurai écouté un inconnu avec lequel je me serai retrouvée coincée dans un ascenseur et essayant de détendre l'atmosphère.
Bien qu'en réalité il avait l'air plutôt ravi et enthousiaste d'être là, de découvrir Paris, de me revoir et de me raconter ces quelques années.
Pour ma part j'étais obnubilée par bien autre chose : ses chaussures.
Il faut dire que je fus presque prise de nausées à la vue de ses santiags à talons si familières.
À dire vrai, j'eus honte de moi, d'être là en sa compagnie, d'avoir anticipé ces retrouvailles et pire encore, qu'il ait pu un jour occuper une place si importante dans ma vie. Et à la fois, culpabilité à penser une chose pareille.

Au fur et à mesure que le niveau de son verre descendait, niveau que je guettais fébrilement ayant avalé le mien en deux gorgées, ses yeux devenaient de plus en plus tristes. Parallèlement, plus je sentais croître sa déception plus mon envie à moi de prendre mes jambes à mon coup se faisait pressante, et dans ma tête je faisais défiler les prétextes plausibles, pas trop vexant, sauvegardant les apparences.

Finalement, je n'ai pas osé et enduré jusqu'à la dernière gorgée.
Jusqu'à cette seconde et ultime bise d'adieu, toute aussi maladroite que la première.
Et je me détournais, soulagée, de ce petit bonhomme au regard déçu, aux épaules voutées sous l'attente insatisfaite.

En m'engouffrant dans le métro, secrètement je remerciais Paris pour ce contraste saisissant, pour m'avoir à ce point fait grandir et me disant aussi qu'en d'autres lieux et d'autres temps j'aurai bien pu me faire avoir une seconde fois...

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mercredi 16 février 2011

Point de vue (9)

Oui, j'ai mis le temps je sais...

Pour rappel les premiers épisodes, je pense qu'un petit coup de frais s'impose !

Point de Vue (1/2)
Point de Vue (2/2)
Point de Vue (2)
Point de vue (3)
Point de vue (4)
Point de vue (5)
Point de vue (6)
Point de vue (7)
Point de vue (8)

Ou l'ensemble avec le tag : Point de vue
Et donc, le 9...

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vendredi 28 mai 2010

Non

Parce que j'ai mis du courage dans mon coeur, de la volonté dans mes yeux, ce sera non.
Parce qu'un oui gagné et à répétition n'a plus de valeur, aucune.
C'est un non qui en sortant m'a presque coupé le souffle, mais il s'est imposé avec évidence.

Je ne dis pas non uniquement pour le plaisir de dire non, bien que je le fasse avec plaisir tout de même ; celui de m'assumer, m'affirmer et de refuser la concession.
C'est un non qui me fait dresser fièrement la tête et les épaules, un "non" qui donne le sourire face à ton regard désemparé.

Je ne suis pas butée, je suis de marbre. Tu ne le vois pas ?
Tu peux hurler, cajoler, implorer, questionner... çà ne changera rien.
Le non n'est pas la voie de la facilité, et j'ai fait mon choix.

Le pire, je crois, c'est que plus tu te débats et plus je comprends toute l'intelligence de ce non.
J'ai trouvé une force contre laquelle tu ne peux rien : ce sera non pour de bon...

dimanche 25 avril 2010

J'me fais mal

Sois polie, dis merci, souris, sois gentille...

Et quand le masque tombe,
Je n'ose plus regarder mes rêves dans les yeux.
J'ai peur qu'ils se détournent de moi une bonne fois pour toute, comme un enfant au regard déçu et blessé.

On a la vie qu'on se fabrique et j'ai trahi la mienne. Et dans ces moments de lucidité je me demande pourquoi...
À quoi bon se fondre dans cette masse qui ne me le rends pas, devenir spectateur de ce que je ne suis pas ? Regarder sa vie comme on va au cinéma.

Je suis ma propre tortionnaire, celui de l'enfant au fond de moi

j'me fais mal je m'en rends bien compte

J'ai laissé mes espoirs sur le bord du chemin, et parfois ils se dressent au dessus de mon épaule, me forçant à regarder en arrière.
À me demander si cet abandon en valait la peine. Certes les jours coulent et sont plus simples, mais au fond qu'y ai-je gagné ?

Dans ces moments là, je fuis les miroirs. Plonger en moi-même et affronter mon propre regard, ce serait craquer pour de bon.

J'ai dans la tête des mélodies

Derniers vestiges de mes humeurs naturelles, celles que je ne contrôle pas.
Mais elles ont perdu leur sens et leur pouvoir sur moi ; celui de me faire bouger et réagir, pour faire place à celui de la conduite à tenir.

Sois polie, dis merci, souris, sois gentille... et tends l'autre joue

J'me fais mal à chaque seconde où je deviens ce que je ne suis pas



dimanche 18 avril 2010

La flaque où on nage, où on se noie

Il avait au moins compris çà.
Pas d'égalité dans le bonheur, pas de modèle universel.

A croiser tous ces gens, les étudiant de loin, y cherchant une quintessence commune qui lui aurait manqué, il du se résoudre à admettre qu'elle n'existait tout simplement pas.
À voir ceux qui devaient se créer leur propre drame pour mieux rebondir ; ceux qui s'engluaient dans un bonheur fade comme sous un fardeau ennuyeux ; ceux qui exultaient uniquement dans l'opposition et la révolte, crachant au visage d'un bonheur éphémère ; ceux qui n'y pensaient même plus, assommés par leur quotidien comme des enfants désillusionnés à qui on aurait dérobé une part de conscience ; ceux qui pensaient avoir tout pour être heureux, et en fait pas tant que çà ; ceux qui entretenaient l'attente en s'imaginant un bonheur hors de portée et toujours repoussé ; ceux qui ne savaient qu'être malheureux aussi...

Il en vint même à penser que l'humain n'était pas fait pour le bonheur. Une chimère de plus.
Un monde fait de survivants, où chacun espère pouvoir sortir une bonne carte du jeu.

Un monde où chacun, à sa manière, tente de garder la tête hors de l'eau.
Une grande flaque où les uns nagent, et où les autres se noient.



samedi 10 avril 2010

De la confiance

Il y a ceux qui sont généreux, la distribuent comme une richesse, à profusion, à partager, aveuglément. Au risque de se voir qualifier de "naïf". Ils n'en n'ont cure, se sentent bien comme çà, ne regrettent même pas les fois où elle a été donnée à tort, extirpée et abusée. Un accident de parcours, tout juste.

Ceux là, même si on chuchote dans leurs dos, même si certains les mettent en garde, suscitent une certaine admiration, une admiration officieuse. Parce qu'ils ne vivent jamais dans la crainte, la suspicion, la méfiance. Ces mots leur sont étrangers, ils en riraient presque : pourquoi les a-t-on inventé ? Ils ne devraient pas exister.


Il y a ceux qui la donnent avec parcimonie et sagesse, comme un trésor, selon une liste de critères connus d'eux seuls. Cette clairvoyance semble naturelle et est bien rarement trompée, comme si la seule certitude y inscrivait la véracité.

De ceux là la compagnie est recherchée. En un sens c'est une belle reconnaissance que de se la voir attribuer par cette caste mystérieuse qui semble voir là où les profanes sont aveugles.


Il y a aussi ceux à qui il faut l'arracher, la batailler et la revigorer sans cesse. Ils veillent sur elle comme un dragon sur son tas d'or, prêts à mordre le premier qui s'en approche, qui hésitent, en cèdent un peu puis reviennent l'arracher brusquement. Ceux là seront souvent ceux qui finalement l'orienteront mal, se promettant de mordre plus tôt la prochaine fois...


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