Perdre une Plume

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Nouvelles de plume › La plume à l'envers

Parce qu'un blog çà enregistre à l'envers, pour raconter une histoire autant commencer par la fin.

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vendredi 18 avril 2008

Devenir père (1/7)

(Merci à Zoridae pour le thème "Changement de sexe : si j'étais un homme")


Cà m'est tombé dessus comme çà. Sans prévenir.

Elle me dit de m'asseoir et paf ! "je suis enceinte".
" Tu es sûre ?"

Avant même la réponse j'avais déjà pris vingt ans, là d'un coup.
Je pense même à une blague ridicule l'espace d'un instant histoire de détendre l'atmosphère et surtout parce que je ne sais pas quoi dire, mais à voir sa mine soucieuse je comprends que non, ce n'est pas vraiment le moment.

Elle me laisse quelques instants, pour digérer, et enchaîne d'une traite (sans respirer) :

"Je sais qu'on n'en a jamais vraiment parlé mais voilà, c'est là et je compte bien que çà y reste."

Re paf vingt ans dans ma gueule.

"Je commence à avancer dans la vie et jusqu'à présent avec toi. J'en suis ravie mais là l'occasion se présente et plus j'y pense et plus j'en ai envie. Plus tard sera peut être trop tard, voire même jamais. C'est le bon moment. De toute façon personne n'est jamais prêt à çà, il faut se lancer c'est tout."

Ok ok, détends toi, respire par le nez.
Je devrais m'asseoir... bon, je suis déjà assis.

"Donc voilà, pour moi, la décision est prise. Je comprendrais que tu ne la partages pas et que tu aies envie de fuir. Alors réfléchis bien, et si tu dois fuir... fuis maintenant"

Cash, comme çà. C'est ma femme tout craché.
J'ai choisi le modèle "guerrière", sûre de ses choix et qui affronte tout sans peur. Son regard déterminé m'effraie pour la première fois, et tout à coup je me sens piégé. Fait comme un rat. Je manque d'air.

Je peine à articuler un lamentable "Mais et nos projets ?"
"C'en est un... et un beau"
...
Suivi d'un ridicule "Mais on n'est même pas marié !", qui lui déclenche un fou rire qu'elle a bien du mal à calmer.

Je suis dépité, elle est radieuse. Elle sait déjà qu'elle a gagné.
Je n'ai pas fui. Je n'ai pas pu.
J'étais englué dans le canapé...


Conseil n°1 : On ne part pas au front sans préparation. Ne jamais éluder les points sensibles et discussions importantes avec une femme, elle y aura déjà bien réfléchi avec ou sans vous.

jeudi 10 avril 2008

Devenir père (2/7)

Je m'étais fait toute une idée de la femme enceinte. On est tous plus ou moins bardé de clichés au final...

Bref, ma femme ne s'est pas transformée en tigresse au bord de l'hystérie. Elle est même plutôt sereine, et incroyable mais vrai : elle n'est pas malade.
Dans mon esprit c'était inévitable : femme enceinte = vomi du matin, maux de ventre et mauvaise humeur.
Et bien non. Elle est radieuse au contraire. En pleine forme.

S'en est même inquiétant. Rien n'indique qu'elle soit enceinte. C'est peut être juste son imagination en fait, il m'arrive de me demander. J'ai vu que çà arrivait parfois, des femmes qui pensent être enceintes, qui en ont même les symptômes, et en fait non. Un p'tit tour chez le psy et on en parle plus.

J'ai vraiment douté, et j'en doute encore un peu par moment. Cà me semble tellement irréaliste.
Mais il y a quelques signes en sa faveur tout de même.
Il y a quelques jours, j'ai eu la malheureuse idée au moment du coucher de me laisser aller. Elle s'était pourtant habituée depuis le temps au prout sous la couette. On en a même rit bien souvent. Au pire elle ronchonnait, se retournait de mon côté en me traitant de "Bidochon".

Là, j'ai eu droit à un scandale : que je la rends malade, que je suis un "gros dégueulasse", que je lui donne la nausée. Un moment j'ai vraiment cru qu'elle allait gerber là dans les draps et je me suis senti un peu con.
Elle m'a même menacé de finir la nuit sur le canapé si je recommençais.

C'est mauvais signe non ?


Conseil n°2 : Pet puant, canapé au tournant

mercredi 2 avril 2008

Devenir père (3/7)

Bon ben plus de doute...

Il y en a un d'après la gynéco féministe.

Faut déjà être un peu tordu pour se dire "tiens tiens combien il peut y en avoir là dedans". Elle m'a tout de suite paru louche.
Avec sa manière d'acquiescer en souriant à tout ce que pouvait lui dire ma femme et le petit air narquois et compatissant quand elle lui parlait de moi ou de mes craintes. Son air de dire que oui j'y comprends rien et surtout que je me taise.
Elle m'a d'ailleurs royalement ignoré cette garce, à ne s'adresser qu'à ma femme pendant l'écho. Elle me tournait le dos, limite à me cacher l'écran (ok ok j'étais resté à l'entrée près de la porte mais c'est pas une raison)

Vous voyez là madame ? C'est sa tête.
On va lui mesurer


Verdict 52mm au total. Une crevette quoi. Qui d'après ce que j'ai pu entendre a "tout ce qu'il faut où il faut".

Son ventre est devenu le centre du monde depuis et s'en est insoutenable.
Tout le monde s'inquiète pour sa santé, ses humeurs, sa fatigue, son stress, de l'avis de la gynéco, le choix du prénom, sa prise de poids, de l'achat de pantalons de grossesse, le choix de la maternité, de ses nausées...

Et moi alors ?
Personne ne me demande rien à moi. Ce que çà fait d'être ignoré par une gynéco qui parle de mon enfant, de voir un ventre qui s'arrondit sans rien savoir de ce qui s'y passe, de ne plus savoir où est sa place sur le canapé quand elle rentre en contemplation devant son nombril, de ne pas savoir quoi répondre "la couleur de la tapisserie du bébé, mauve ou vert selon toi ?", et bordel moi aussi j'ai la nausée ! Le monde m'écrase de son poids et l'idée d'une telle responsabilité me met le coeur au bord des lèvres...

Elle m'avait prévenu que je voudrais fuir.
Je comprends maintenant... je me bats contre tous les jours.

Je tourne plus trop rond je crois. J'ai rappelé mes deux vieux potes à la rescousse : Jack & Daniel. Histoire de, de temps en temps, juste un petit verre, remettre mon estomac à sa place.

Cette nuit j'ai rêvé qu'en m'endormant accidentellement je laissais s'échapper un pet très bruyant. Elle se retournait vers moi en hurlant et son ventre gonflait, gonflait vers moi jusqu'à m'étouffer.

Les femmes ont le beau rôle une fois de plus.


Conseil n°3 : Arrêter le whisky le soir avant de dormir

vendredi 21 mars 2008

Devenir père (4/7)

Le jour J approchant, future maman est désormais priée de rester à la maison.

A mon grand soulagement... Elle va pouvoir se reposer un peu.

Etre enceinte et travailler çà devrait être interdit ! Sans rires.
Dans l'état où ils me la mettaient quand j'y pense.

Déjà, énervée au possible (qui a dit pour rien ?) et surtout épuisée.
Je vous raconte pas la vie de couple ^^.

Depuis deux mois je rentre la retrouver, tel le chien maltraité, la queue entre les jambes et oreilles rabattues.
Elle qui est si coulante en temps normal se transforme en vraie tigresse à la moindre encartade (chaussettes qui trainent, rabat de la cuvette, télé trop forte, jus de fruit terminé, arrivée imprévu d'un pote, clés de la voiture pas accrochées, tâche sur la cravate, plus de sacs pour l'aspirateur, retard d'un quart d'heure, portable pas décroché...) (liste non exhaustive).
Le tout pour, une fois calmée, piquer du nez à 21h devant la télé.

Autant vous dire que la grossesse, c'est pas folichon.

En ce moment je me sens plus revenu en arrière de 20 ans, à coups de branlettes discrètes sous la douche (elle a jamais eu de si beaux seins et c'est même pas la peine de lui parler de sexe c'est à la limite de l'insulte) et de "Putain je vais encore me faire engueuler", qui me rapprochent plus de mon adolescence que de l'ère de l'adulte responsable et bientôt parent.

J'ai peut être trouvé une utilité finalement : être son souffre-douleur.

Bref.
Son congé maternité devrait permettre un retour à la normale. Enfin, j'espère...
Hein ?


Conseil n°4 : Pour ne pas se faire enguirlander à coup de chaussettes sales devant un pote, mettre le nid en quarantaine.

vendredi 14 mars 2008

Devenir père (5/7)

Aujourd'hui première frayeur.

Je rentre assez tôt (pour une fois) et je trouve ma femme en pleurs sur le canapé...

Il faut le préciser, je n'avais jamais vu ma femme pleurer avant.
Je pense donc immédiatement catastrophe et pour qu'elle soit dans cet état, au bébé.

Mon dieu il est arrivé quelque chose !
Elle avait un rendez-vous aujourd'hui ?
J'ai oublié ?
Quel jour on est ?
Ne pas paniquer.
...
Arreter de rester figé sur place comme une andouille et trouver les mots pour la rassurer... Réagir comme il faudrait... je peux le faire.

Je prends deux minutes pour me préparer au pire. Etre prêt à tout encaisser sans rien laisser paraitre et la soutenir elle.
Ne penser qu'à elle.

Ne pas paniquer.

Je me précipite auprès d'elle, prêt à affronter la nouvelle et sa détresse, très prévenant, tout en douceur pour ne pas ajouter à son malaise.

- " Et bien mon amour ? Qu'est ce qui te mets dans un état pareil ? "
Elle me fait un signe du bout de son keenex, désignant l'autre bout de la pièce.

Réaction typique : elle ne veut pas que je m'approche.

- " Tu veux que je m'en aille ? "
Non de la tête.
- " Il est parti c'est çà ? hein ? "
Les yeux déjà humides
- " Mais enfin, mais de quoi tu parles ?
- ...
- Tu ne vois pas là *renifle* que le chien de Laura Ingalls *renifle* il est mort ? *renifle* là ? Ecrasé par le cheval *renifle* regarde ! "
Désignant la télévison à l'autre bout de la pièce
- "...
- C'est vraiment trop injuste. *renifle* Elle l'aimait trop ce chien...*sanglote* "

Et de pleurer dans mes bras pendant dix bonnes minutes...

Moi je ne sais plus où j'habite. C'est bien la bonne planète ?
C'est bien ma femme çà ? Cette petite femme potelée et sanglotante, au visage rouge et humide ?
Ma guerrière sur talons aiguilles, elle est où ? au juste ?


Conseil n°5 : Ne pas laisser une femme enceinte seule avec une télé.

mercredi 12 mars 2008

Devenir père (6/7)

C'est une fille !
Une fille...

Pas d'erreur possible selon madame féministe.

En apparence, je suis heureux : le bébé va bien, tout va bien.
Mais au fond de moi, j'ai honte de l'avouer, une certaine tristesse tout de même.

Une fille...
Que vais-je bien pouvoir faire d'une fille ?
Enfin... "faire"
C'est que les femmes me sont tellement étrangères ! J'ai au moins réalisé çà avec cette grossesse : je ne sais rien, ne comprends rien et ne comprendrais probablement jamais rien aux femmes.
Alors une fille ?

Une fille qui papotera avec sa mère, qui voudra qu'on lui fasse des tresses, qui me demandera de lui prendre des tampax sans que jamais je ne prenne les bons, qui jouera à la maman bardée de poupées blondes et qui ramènera des garçons à la maison...
Où sera ma place ? Je ne veux pas être le père fouettard qui pourchasse garçons, strings et maquillage ! Je veux être un "papa"... qui chatouille, qui fait rire, qui accompagne au foot crampons à la main, qui choisit les protège-tibias mieux que personne, qui soupçonnera malicieusement les premières masturbations et se félicitera discrètement des premières conquêtes pelotées dans la chambre !

Une fille...
C'est fragile une fille ! C'est tout le temps malade, çà pleure à tout bout de champ et c'est encombrant une fille ! Cà te remplit une salle de bain de flacons roses à paillettes en 10 secondes...

Ma femme a bien vu que j'étais un peu déçu. Elle ne m'en veut pas, elle "comprend". Elle dit que je m'y ferai.


...
De toute façon ces dernières semaines, elle flotte sur un nuage. Rien ne l'atteint...
Les hormones à ce qu'il parait...


Conseil n°6 : Ne pas acheter de crampons avant la naissance

mardi 11 mars 2008

Devenir père (7/7)

Mon dieu ! Ca y est, elle est là !

Une petite merveille, fragile, irréaliste, avec de grands yeux... même s'ils ne sont pas souvent ouverts pour le moment (ma femme dit que c'est normal).
J'ai peur de la toucher, peur de l'abimer. Mes mains me paraissent si grosses, si rudes, mes gestes si maladroits. Alors à défaut de la toucher, je la dévore des yeux... des heures durant.
... Ce p'tit bout de femme, ce p'tit bout de nous.

L'arrivée m'a paru interminable. J'ai vraiment compris ce que c'était qu'être impuissant et spectateur, pendant ces quelques heures çà a pris tout son sens.
Dire que je me plaignais d'être mis à l'écart, peu impliqué et que je jalousais ma femme à tout bout de champ. Je peux vous dire que, là, pour rien au monde je n'aurai voulu être à sa place ! Quelle expérience qu'un accouchement ! Je n'ai jamais ressenti à la fois autant de peur, joie, émerveillement et dégout.
Définitivement je n'aurai pas pu être une femme. Trop de souffrance, de courage et... et d'élasticité réunis.

La mienne a été exemplaire. C'est encore elle qui me rassurait en partant pour la clinique : "Tout se passera bien". J'aurai aimé avoir cette sérénité et répondre à ses sourires quand les siens devenaient grimaces de douleur. Mais non. Je suis resté bête comme mes pieds, le souffle court, grimaçant avec elle.
Je ne saurai dire qui de nous deux tenait la main de l'autre. Je me suis accroché à la sienne comme un homme à la mer.
Je vous passe les sombres détails (et il y en a).

Et finalement, voilà. Deux femmes à moi.
Je me demande si je sortirai un jour de cet état d'émerveillement...

On l'a tout de même "arrosée", la petite, avec les potes. J'étais heureux de les voir tous là. J'avais oublié combien ils m'avaient manqué ces derniers temps (et faire la fête aussi).

"Alors ça va ? soulagé ou angoissé le papa ?"
"Oh tu sais c'est pas si terrible que çà au final"
"Pour toi c'est sûr, t'as pas fait grand chose"

Purée je sais pas ce qu'il lui faut à celui là !
"On en reparlera quand ton tour viendra !"
"Tu parles ! moi ? un gosse ? Jamais, on est bien comme çà avec Isa"
"On en reparlera..."



Conseil pratique n°7 : Ne goutez pas le lait directement à la mamelle juste "comme çà pour voir", vous aurez l'air ridicule quand l'infirmière entrera.

mercredi 16 janvier 2008

La pièce 1/6

(Merci à NeK pour le thème imposé : huit-clos consenti)

Nous y voilà...
La décision s'est imposé à nous il y a trois jours.
Un couple d'amis est venu diner à l'appart et... justement rien. Ils étaient juste là. "Non pas de canapés je suis au régime" pour lui et "Sans alcool s'il te plait, on essaye de faire un bébé" pour elle. Bien loin des plans tirés sur la comète, de la vie déjantée et rebondissante qu'on leur a connu.

Après leur départ, un grand silence dans le salon.
On s'est regardé et c'était fait. Pas de doute à avoir, nous aspirons à autre chose et l'occasion venait de se présenter.

Antoine a donc rappelé : "On est partant". En guise de réponse, une invitation à "quelques" tests pour vérifier notre "condition physique".
Après trente minutes de vélo, dix à souffler dans un tube, cinq passées dans un appareil radio étrange, deux prises de sang et avoir donner tous les détails de notre alimentation, on nous a renvoyé à la maison avec pour mission de "couper temporairement" le contact avec parents, famille, voisins, amis. Pour ce faire, un discours bien rôdé à apprendre par cœur.
Officiellement ce sera donc : "Vie trop pressante, besoin d'être utile aux autres, envie de voir un peu le monde, sortir de son quotidien, le faire pendant qu'on est encore jeune" jusqu'ici je n'aurais pas vraiment l'impression de mentir et "Nous partons en mission humanitaire en Centre-Afrique pour au moins 18 mois", l'unique mensonge est là.

Le résultat, c'est le drôle de regard de l'épicier, les félicitations des voisins, l'admiration de certains amis, les tentatives de découragement des autres et les larmes de maman au téléphone qui décidément "ne m'aura jamais compris".
J'écoute son sermon sur "la vie la vraie et la stabilité" d'une oreille inattentive pendant que je rédige les cartes de voyage qu'elle recevra au fil des mois, je joue au faussaire et je commence à aimer ça.

mardi 4 septembre 2007

La pièce 2/6

A notre arrivée aujourd'hui, ils ont vérifié que tout était bien en ordre avant de nous dépouiller de toutes nos affaires, nous déguiser en touristes grâce à un kit bien rôdé : autobronzant, bob, lunettes de soleil, bermudas... Je m'attendais presque à la chemise hawaïenne. Tout çà pour faire des photos...
Maman sera contente de voir qu'on a approché un lion, lié amitié avec de petits enfants d'un village africain, résidé dans une belle maison de style coloniale. En tout cas, c'est ce que nous explique le photographe : "elle n'y verra que du feu".
Après une bonne heure à jouer au mannequin, ou plutôt à la poupée de chiffon, on nous dirige vers deux vestiaires où nous attendent nos tenues, et désormais seules panoplies pour le reste du "séjour" : chemise et pantalon de lin blancs.

Un nouvel entretien, bien plus détaillé et exposant clairement toutes les conditions, nous retient encore deux heures. Enfin approximativement, je n'ai plus ma montre pour en juger. La discussion s'achève par la signature du contrat, épais comme un annuaire, qui reprend juridiquement tout ce dont l'homme vient de nous parler. Il se retire un instant pour nous laisser réfléchir et discuter une dernière fois avant de s'engager.
L'exposé m'a donné froid dans le dos : les commodités, l'''enfer''mement absolu, la nourriture, la surveillance non-stop, l'absence totale de contact avec l'extérieur et de divertissement, la fréquence des rapports écrits, l'absence des notions temporelles, l'annihilation de la couleur et du confort, la contraception forcée, l'impossibilité de rompre le contrat une fois engagé, la clause de confidentialité et de non-divulgation, l'impossibilité du suicide pendant la durée du contrat, et les conséquences éventuelles d'un décès accidentel ou non : bref l'abnégation totale.
Tout est prévu d'avance et je ne sais pas ce qui m'effraie le plus : tant de rigueur et de règles ou la réalité de ce qui nous attends qui prend forme. Ma détermination s'effrite, Antoine le sait. Il prend ma main, hoche la tête, je lis dans ses yeux un "tout ira bien" et devant moi il signe...Il vient de se mettre le collier autour du cou, objet qui signifiera la fin ou le début de tout, çà dépend désormais de moi.

Nous y voilà donc. Le fatidique relevé d'empreinte et la pièce : aseptisée, blanche, dénudée, insonorisée.
Une porte, aucune vue ou accès sur l'extérieur, une douche transparente à porte verrouillée dans un coin, elle ne sera accessible qu'à certains moments on nous l'avait expliqué, un wc, deux lits de camps. Voilà ce qui nous attends...

mercredi 28 mars 2007

La pièce 3/6

p>"Mi parcours"
C'est ce qu'annonçait le mot glissé sous la porte ce matin.
Jusqu'ici tout va bien. Le temps commence un peu à s'allonger et je pense que la moitié restante nous paraîtra deux fois plus longue que la première. L'ennui commence à se faire sentir. La sensation d'être un rat en cage, rien d'anormal à bien y réfléchir.
Ce petit mot est comme une note d'espoir. Il me rappelle deux choses : il y a bien des êtres humains derrière là quelque part, bien que nous ne soyons pas en contact avec eux ils sont là, et aussi la fin qui approche ! J'ai hâte d'y être et j'imagine déjà la suite. Rien de bien religieux ou déliranto-excentrico-luxueux ! Non, juste un bon bain chaud et pouvoir enfin me glisser dans mes propres vêtements. Au moins sur le moment, la folie des grandeurs viendra ensuite c'est une certitude. C'est ce que nous avons décidé, les plans que nous avons tracé et qui nous encouragent à mener ça à bien.
Hier soir au dîner, (enfin dîner ils nous font toujours avalé leurs sachets dégueulasses de protéines en poudre et autres gélatines de cosmonaute), on se disait justement qu'on avait de la chance d'être là. Même si ce n'est pas une expérience très enrichissante (humainement parlant), ni même très agréable il faut bien l'avouer, ben on a quand même de la chance que ce soit tombé sur nous. En quelques mois, on aura transfigurer nos possibilités d'avenir et pour rien.
Si au moins on pouvait abandonner ! Mais avec les conditions posées, on serait bien incapable lui comme moi de renoncer comme çà. La vie n'a rien de si terrible ici pour en arriver à une telle extrémité. C'était une règle du jeu, obsolète en notre cas. On ne paye pas la taxe de ses propres hôtels au Monopoly et ici nous sommes en territoire conquis.
Comme s'il lisait dans mes pensées, Antoine lève une main dans un désir de trinquer. Nous cognons donc nos verres invisibles et je savoure déjà l'idée du champagne qui coulera..

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